Red Room : la pop religiosité des années à venir selon Arseniy Zhilyaev

Vanessa Morisset
Arseniy Zhilyaev Vestment, 2018, Détail de l’exposition | Detail of the exhibition, M.I.R.: Polite Guests from the Future, Kadist art foundation, San Francisco, 2014.
Photo : Phillip Maisel, permission de | courtesy of the artist & Kadist Art Foundation
Dans les pays où elles ont longtemps été réprimées, les pratiques religieuses reviennent généralement en force par cet effet mécanique décrit par Montesquieu, qui, pour cette raison même, en appelait à la tolérance : « C’est un principe, que toute religion qui est réprimée devient elle‑même réprimante1 1  - Montesquieu, De l’esprit des lois, Livre XXV, chap. 9, Œuvres complètes, tome 2, La Pléiade, p. 744. . » Pire, les interdictions portant sur des gestes précis, tels que l’exemple donné de la danse sur un crucifix, peuvent suggérer de les exécuter alors que personne auparavant n’y avait songé. Plus l’interdiction est despotique, plus le retour de manivelle est marqué. 

Au cœur de cette problématique, le cas souvent oublié de la Russie est assez éloquent. Le régime soviétique avait banni la religion orthodoxe, considérée comme l’alliée des tsars (à juste titre) : quiconque a vu les films de Sergueï Eisenstein se rappelle les apparitions brumeuses de popes à la silhouette monstrueuse, enfumant le peuple à l’aide de leur encensoir. S’ensuivait la destruction par le peuple de symboles tsaristes et religieux. Aujourd’hui, l’Église fait son retour ; elle est appelée à jouer un rôle tant économique que structurant au sein de la nouvelle identité russe, après la restitution des biens aux diverses institutions religieuses par l’État en 20102 2 - Sur le rôle de l’Église orthodoxe dans la formation d’une identité nationale postsoviétique, voir Alexandre Verkhovski, « Religion et “idée nationale” dans la Russie de Poutine », Les cahiers Russie, Paris, CERI‑Sciences‑Po, 2006. Sur la restitution des biens à l’Église orthodoxe et ses conséquences, voir Denis Babitchenko, « Quand l’État lâche ses joyaux. La Sainte Russie privatisée », Courrier international, 11 mars 2010.

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Cet article parait également dans le numéro 83 - Religions
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