Helena Martin Franco
Photo : permission de l’artiste
La femme éléphant
Le travail de l’artiste montréalaise d’origine colombienne Helena Martin Franco a pour fil rouge l’identité et l’altérité, étudiées par l’entremise du corps et la création d’autofictions. À partir de protagonistes fictifs (Cœur Déphasé, Fritta Caro, la femme éléphant) décrits comme « des collages identitaires », ses recherches se déclinent dans divers projets sur supports variés rendant visible la porosité des frontières entre les identités culturelles, nationales et de genre. En sont exemplaires les aquarelles de l’Étude pour habiller une femme éléphant (entre le cœur et la trompe), déployées autour d’un personnage inspiré de l’expression « tener el moco en el suelo » (« avoir la trompe par terre »). Personnifiant des sujets intimistes, la femme éléphant permet de fouiller les archétypes de genre hérités de la tradition judéo-chrétienne et consolidés par des modèles narratifs sclérosés (cinéma, feuilletons, chansons d’amour, publicité) qui valorisent la culpabilité et le conformisme des femmes. L’artiste s’approprie ces modèles répandus dans son pays d’origine et fait de la chambre à coucher son atelier pour élaborer des identités autres, souvent recomposées. Rappelant le slogan féministe « le personnel est politique », cette série attire l’attention sur la vie de couple comprise comme une microstructure où se jouent des dynamiques de pouvoir, et illustre la perméabilité des domaines public et privé.
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