Alexis Harding, Temporary Wet Painting No. 7 (Red freestanding/leaning), 2007.
photo : permission de | courtesy of the artist & Mummery+Schnelle, Londres
Tout acte de destruction d’une œuvre d’art provoque un certain trouble. Certains procédés menant à la création de toiles endommagées ou « détruites » ont pour effet d’entraîner non seulement une modification, mais aussi une mutation de la représentation, qui passe de quelque chose d’affirmatif à un territoire où le sens est disloqué et où elle acquiert un caractère performatif. La destruction des toiles peintes est un vaste domaine qui vaut la peine d’être exploré, et dont l’histoire de l’art permet de révéler certains aspects souvent négligés par les analyses universitaires. Dans la pratique de certains artistes contemporains, l’acte lui-même consistant à détruire une toile peinte peut être vu comme une façon de rendre abstrait le contenu de cette toile en minimisant sa charge narrative et en proposant une réflexion sur le vide sous-jacent qui habite toute forme construite. La destruction ou l’enlèvement de couches de peinture en tant que forme systématique de vandalisme se veut, dans certaines pratiques récentes, une exploration des processus de création et d’attribution de la valeur.

L’œuvre paradigmatique Passage a été exécutée en 1955 à Tokyo par Saburo Murakami, qui faisait partie du groupe Gutaï, un groupe d’avant-garde japonais dont la pratique était axée sur l’action et dont les expérimentations préfiguraient (bien avant l’avant-garde euroaméricaine) l’essence du happening, du nouveau réalisme, de l’abstractionnisme et du conceptualisme. Selon le Gutaï, qui s’intéressait à la matérialité et à la force des éléments, l’action était une façon de peindre avec les éléments. Murakami, dont la performance consistait à se propulser à travers plusieurs écrans de papier disposés en rangée – ce qui les déchirait complètement –, pratiquait la peinture comme une forme de spiritualité proche de l’animisme par son immersion dans la matière et ses processus de décomposition naturels. Pour Murakami, la peinture était une façon d’éveiller la matière, tout comme la perforation de ses propres tableaux était une façon d’éveiller la peinture. Voici un extrait du manifeste du Gutaï qui illustre cette nouvelle vision de la performativité : « Sous couvert d’apparences soi-disant signifiantes, la matière complètement massacrée n’a plus droit à la parole. Jetons tous ces cadavres au cimetière. L’art Gutaï ne transforme pas, ne détourne pas la matière, il lui donne vie1 1 - Jiro Yoshihara, « The Gutai Manifesto », proclamé en octobre 1956 et publié dans le Geijutso Shincho Art Journal (décembre 1956). http://web.archive.org/web/20070630202927/http : //www.ashiya-web.or.jp/museum/10us/103education/nyumon_us/manifest_us.htm [consulté en mai 2012].. »

Ce contenu est offert avec un abonnement Numérique ou Premium seulement. Abonnez-vous pour lire la rubrique complète et avoir accès à tous nos Dossiers, Hors-Dossiers, Portfolios et Chroniques !

S’abonner (à partir de 20 $)

Vous avez déjà un abonnement Numérique ou Premium ?

Se connecter

Vous ne souhaitez pas vous abonner ? Sachez que d’autres contenus sont accessibles si vous avez un compte Esse. C’est gratuit et sans achat ultérieur requis ! Créez un compte ou connectez-vous :

Mon Compte

Cet article parait également dans le numéro 76 - L’idée de la peinture
Découvrir

Suggestions de lecture