photo : © 2012 Vanessa Beecroft
Allan Kaprow, qui invente le happening en 1954, affirme qu’il provient de l’action painting1 1 - Allan Kaprow, « In Response », dans Mariellen R. Sandford (dir.), Happenings and Other Acts, Londres et New York, Routledge, 1995, p. 219-220.. CaroleeSchneemann, qui est généralement identifiée à Meat Joy (1964), compare l’emploi qu’elle y fait de la chair animale à celui de la peinture2 2 - Carolee Schneemann, More than Meat Joy, New Paltz, Documentext, 1979, p. 62.. Ces deux artistes de la performance et d’autres grâce auxquels cette discipline est établie dans les années 1960 ne rejettent pas l’idée de la peinture – ils s’en réclament, plutôt. Pourtant, encore aujourd’hui, leurs œuvres sont régulièrement considérées comme étant à l’antipode de la peinture. Elles sont envisagées dans une histoire de la performance qui se situe en marge du paradigme moderniste et qui a comme origine les coups d’éclat de Marinetti et ceux des dadaïstes zurichois3 3 - Le livre de Roselee Goldberg synthétise cette histoire. Roselee Goldberg, La performance. Du Futurisme à nos jours, Paris, Thames & Hudson, [1988] 2006, 232 p.. Elles sont « immatérielles4 4 - Les performances ne perdurent que dans les documents, qui en donnent forcément une vue partielle et conditionnent l’idée qu’elles sont « immatérielles », même si elles sont éminemment physiques et matérielles pour qui en fait l’expérience. », transitoires et liées à l’immanence, contre la transcendance, l’autonomie et l’éternité qu’évoquent les tableaux5 5 - Carolyn Korsmeyer, Making Sense of Taste: Food and Philosophy, Ithaca et Londres, Cornell University Press, 1999, p. 28., créés, eux, pour être possédés et regardés longtemps.
Il n’en découle pas pour autant une opposition absolue entre les deux disciplines, comme le démontre Amelia Jones en expliquant l’importante influence exercée par Pollock sur l’art performatif depuis les années 1950 et 19606 6 - Amelia Jones, « The “Pollockian Performative” and the Revision of the Modernist Subject », dans Body Art: Performing the Subject, Minneapolis et Londres, University of Minnesota Press, 1998, p. 53-102. . Figure par excellence de la peinture moderniste, Pollock ouvre la voie à l’art performatif par son action, avec son corps qui « danse » sur la toile en y appliquant de la peinture, ce que mentionne Régis Michel : « [c]ette étrange chorégraphie nous est si familière qu’on a perdu la mesure de sa nouveauté. Or la danse du dripping est une grande rupture dans le système séculaire de la peinture occidentale, qui s’est toujours fondé sur la maîtrise du geste, où s’épanouit le mythe de l’artiste : sujet roi, vrai démiurge »7 7 - Régis Michel, La peinture comme crime ou La part maudite de la réalité, Paris, Réunion des musées nationaux, 2001, p. 260.. Tour à tour, les performeurs se sont réclamés de l’action de Pollock puis l’ont critiquée pour élargir à l’autre (femme, homosexuel) le discours sur le corps masculin et hétérosexuel auquel elle renvoie.
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