photo : Guy L’Heureux, permission de l’artiste | courtesy of the artist
Délaissant l’imagerie animale pour laquelle elle est généralement connue1 1 - On se souviendra, par exemple, de l’exposition intitulée Vivarium que lui consacrait le Musée des beaux-arts de Montréal (du 21 octobre 2004 au 13 mars 2005). Cette exposition rassemblait un ensemble de tableaux mettant en scène, ou en cage, toute une population animale – tigre, éléphant, singe et chien sauvage – qui semblait tirée de la faune sauvage de l’Inde. , la Montréalaise Christine Major travaille depuis 2011 à la production d’un ensemble de tableaux regroupés sous le titre Crash Theory. L’iconographie de ce projet est inspirée d’images provenant des bibliothèques, des archives, d’autres œuvres d’art ou d’Internet et qui relatent des événements de nature catastrophique : accidents de voiture, disparition d’Amelia Earhart, effondrement des tours jumelles à New York, etc. Le titre du projet fut d’abord attribué à un tableau bien antérieur, un grand triptyque présenté dans le cadre de l’exposition intitulée Terreurs intimes2 2 - Terreurs intimes, exposition individuelle présentée en 2000 à la galerie Axe Néo-7 Art contemporain de Hull (Québec) et à la Galerie La Centrale/Powerhouse de Montréal (Québec). (2000). En fait, le rapport qu’entretiennent les actes de désublimation et de désordre avec une certaine sensualité était déjà contenu, en germe ou de façon plus ou moins explicite, depuis près d’une décennie dans le travail pictural de l’artiste. La tension entre corps et chaos, quant à elle, a été plus ouvertement explorée dans la récente exposition Ninfa moderna3 3 - Ninfa moderna, exposition individuelle présentée en 2010 à la Galerie Donald Browne, à Montréal (Québec). (2010), qui mettait en scène des corps de jeunes femmes affalés, avilis dans des décors en ruines inspirés à l’artiste par les actes de violence relatifs à l’affaire Jaycee-Lee Dugard. Dans ce cas, le désordre de la mise en scène se trouvait associé à un érotisme pervers.
Crash Theory poursuit l’exploration d’un même registre de sentiments. C’est pourquoi, sur le plan thématique, on peut situer ce projet dans un parcours qui, partant de l’exploration d’une relative érotisation de l’angoisse (Terreurs intimes, 2000), passe par des sentiments d’aliénation et d’isolement (Vivarium, 2004), pour explorer enfin la dialectique entre déchéance et survivance (Ninfa moderna4 4 - Ce titre est emprunté à Georges Didi-Huberman, Ninfa moderna. Essai sur le drapé tombé, Paris, Gallimard, 2002. C’est de là que vient à l’artiste l’idée de la dialectique déchéance-survivance., 2010). D’ailleurs, Crash Theory intègre des réminiscences des corps écroulés, flottants, résistants, en suspension, fétiches ou obscènes qui peuplaient Ninfa moderna. Sauf qu’ici, collisions, fatras et dépotoirs automobiles sont juxtaposés à des types d’activités récréo-sportives où le corps féminin est communément érotisé. L’ensemble des tableaux fait se côtoyer des pom pom girls, des cow girls et des scènes tragiques d’accidents de voiture. Dans la culture cinématographique populaire, la pom pom girl et la cow girl correspondent généralement à des clichés qui les présentent comme des femmes superficielles et hypersexualisées. De fait, la juxtaposition d’accidents de voiture et de figures féminines évoquant de tels clichés peut certainement être interprétée comme une volonté de signaler la faillite de telles images sur le plan humain. Mais il me semble qu’à elle seule, cette lecture féministe qui pervertit le fantasme masculin femme/voiture n’épuise pas le sens des tableaux.
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