Marcel Broodthaers, Lingot d’or, Musée d’Art Moderne, Section Financière, Département des Aigles, 1970-1971. © Estate of Marcel Broodthaers / SODRAC (2012)
photo : permission de | courtesy of The Estate of Marcel Broodthaers, Bruxelles & Galerie Chantal Crousel, Paris
Le retour aux objets dans les pratiques actuelles semble être une des conséquences quasi naturelles du reflux de la vague de l’art relationnel. Une question reste cependant ouverte : les objets avaient-ils véritablement disparu dans les années 1990-2000 ou n’avons-nous pas plutôt refusé de les voir ? La dernière Triennale québécoise nous invite à faire preuve de nuance en la matière puisque cet événement faisait dialoguer des artistes émergents, qui insistent en effet sur les objets et les matériaux (Jacynthe Carrier, Mathieu Latulippe, Julie Favreau...), avec des artistes qui ont incarné au Québec la mouvance relationnelle, comme Massimo Guerrera, chez qui les objets et le savoir-faire sont pourtant tout aussi présents1 1  - Voir l’article de Johanne Sloan dans le catalogue de la Triennale qui analyse les travaux de Valérie Blass, de BGL, de Michel de Broin : Johanne Sloan, « Objets courants, matériaux énigmatiques », La Triennale québécoise 2011. Le travail qui nous attend,  Montréal, Musée d’art contemporain de Montréal, 2011, p. 325-335..

J’aimerais prendre ici l’exemple de quelques propositions récentes qui entretiennent de nombreuses affinités dans la façon dont elles posent la question des objets, et plus particulièrement la question du fétichisme de la marchandise, qui a connu un regain d’intérêt ces dernières années. En effet, le fétichisme de la marchandise constitue certainement l’aspect le plus spectaculaire du retour, réel ou supposé, des objets dans la dernière décennie et a culminé dans certaines propositions de l’art néopop qui ont été portées par le boom du marché de l’art en 2006-2008, lorsque les œuvres à plus d’un million de dollars s’arrachaient en salle des ventes. Qu’il suffise d’évoquer quelques œuvres emblématiques de cette époque : For the Love of God, le crâne serti de milliers de diamants que Damien Hirst a vendu en 2007 pour 100 millions de dollars ; l’exposition la même année de Takashi Murakami au MOCA de Los Angeles, qui présentait les sacs que l’artiste avait dessinés pour la marque de luxe Louis Vuitton ; ou encore Guilty, le yacht du collectionneur grec Dakis Joannou, décoré par Jeff Koons en 2008. Ce qui surprend dans ces œuvres, outre les sommes faramineuses qu’elles mobilisent, c’est la candeur avec laquelle elles se transforment en marchandises ou en objets de luxe. Elles semblent en effet avoir renoncé à toute fonction critique pour se contenter du pouvoir de fascination qu’elles exercent sur les collectionneurs2 2 - C’est un phénomène que j’avais déjà pointé en 2008. Voir Jean-Philippe Uzel, « Les objets trickster de l’art actuel », dans Thérèse Saint-Gelais (dir.), L’indécidable. Écarts et déplacement de l’art actuel, Montréal, Les éditions esse, 2008, p. 39-50..

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Cet article parait également dans le numéro 75 - Objets animés
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