Photo : © Richard-Max Tremblay / SODRAC (2011), permission de Parisian Laundry, Montréal
Le statut ambigu du moulage dans le répertoire technique de la sculpture est un problème persistant en histoire de l’art. Traditionnellement écarté du discours des beaux-arts, mais aussi du domaine de l’artisanat en raison de son caractère mécanique, c’est-à-dire non manuel, ce savoir-faire particulier fait aujourd’hui l’objet d’une double revalorisation : d’un côté, dans les pratiques artistiques contemporaines ; de l’autre, dans la théorie, grâce à la contribution majeure de l’historien de l’art Georges Didi-Huberman. Son exposition L’empreinte, présentée au Centre Georges Pompidou en 1997, proposait un réexamen profond de la place du moulage dans l’art du 20e siècle. Près de quinze ans plus tard, l’ouvrage substantiel1 1 - Georges Didi-Huberman, L’empreinte, Paris, Centre Georges Pompidou, 1997. produit à cette occasion demeure l’ultime référence théorique sur la question. Quoique salutaire et féconde, cette relecture historique a une contrepartie. En effet, l’autorité consensuelle du discours de Didi-Huberman s’impose à travers un paradigme théorique qui tend à limiter l’appréhension phénoménologique et conceptuelle des œuvres. Sans nier la pertinence du paradigme de l’empreinte dont il est ici question, on peut se demander toutefois s’il est suffisant pour rendre compte de la diversité du travail des artistes actuels, qui sont de plus en plus nombreux à utiliser la technique du moulage.
Georges Didi-Huberman considère le moulage comme un cas exemplaire de « survivance technique ». La couverture du catalogue de l’exposition L’empreinte résume en un sens sa conception anthropologique, de laquelle émane une certaine forme de romantisme. On nous présente l’empreinte d’une main, celle du grand artiste Picasso2 2 - Reproduction de l’œuvre : Pablo Picasso, Main droite de Picasso, 1937. ; un choix qui n’est pas sans rappeler les idéaux esthétiques de la modernité. La main du créateur évoque le contact originel du corps humain avec la matière, ce qui constitue un geste fondamental de la médiation technique. L’image rappelle ainsi l’origine mythique de la ressemblance (non mimétique), par le transfert (presque) direct d’une forme dans une autre3 3 - Je fais référence à l’origine légendaire de la peinture racontée par Pline l’Ancien, soit la jeune fille qui trace sur un mur la silhouette de son fiancé à partir de son ombre portée. En outre, le caractère non mimétique de la ressemblance humaine renvoie aux effigies de cire dans l’Antiquité (imago), également traitées par Pline.. Par surcroît, elle exprime le désir – tout aussi mythique – de l’homme de laisser une marque durable de son existence.
Ce contenu est offert avec un abonnement Numérique ou Premium seulement. Abonnez-vous pour lire la rubrique complète et avoir accès à tous nos Dossiers, Hors-Dossiers, Portfolios et Chroniques !
Vous avez déjà un abonnement Numérique ou Premium ?
Vous ne souhaitez pas vous abonner ? Sachez que d’autres contenus sont accessibles si vous avez un compte Esse. C’est gratuit et sans achat ultérieur requis ! Créez un compte ou connectez-vous :