Photo : © Michael Snow, permission de Jack Shainman Gallery, New York, Galerie Martine Aboucaya, Paris et Àngels Barcelona, Barcelone
À la fin des années 1990, Michael Snow fut l’un des premiers professeurs invités au Fresnoy1 1 - L’exposition Solo Snow a été présentée au Fresnoy – Studio national des arts contemporains à Tourcoing (Nord), du 10 février au 24 avril 2011 ; commissaire Louise Déry.. L’établissement a confié récemment à Louise Déry le soin d’exposer son travail. Elle a pour cela effectué une sélection d’œuvres peu connues du public européen qui appartiennent pour la plupart à la collection personnelle de l’artiste.
Pour comprendre le parti pris de l’exposition, il faut avoir à l’esprit que la lecture de l’œuvre de Snow est parfois paradoxale. Son travail a été abordé dans une perspective moderniste comme étant caractéristique d’une spécificité du médium2 2 - C’était, par exemple, ce que l’on pouvait lire dans l’introduction à l’exposition du Centre National de la Photographie, à Paris, en 2000 : Michael Snow, Panoramique. Œuvres photographiques et films, 1962-1999., révélateur d’une pureté photographique, picturale, cinématographique ou sonore – approche qu’il a pu revendiquer, en effet. Cependant, pour John Chandler et Lucy Lippard, certaines de ses œuvres sont aussi typiques de la dématérialisation de l’œuvre d’art3 3 - Lucy Lippard et John Chandler, « The Dematerialization of Art », Art International, vol. 12, no 2 (février 1968)., mouvement antiessentialiste s’il en est, avec par exemple Wavelenght (1967), le film en zoom continu mettant l’accent sur le temporel. Comme le fait remarquer la commissaire, la dimension multidisciplinaire et protéiforme de l’œuvre de Snow représente en soi un défi lorsqu’il s’agit d’écrire sur son travail ou de l’exposer. L’exposition revient sur cette complexité et met en avant des aspects moins commentés de son travail à travers une notion transversale : la « faktura4 4 - Alexis Gan, Constructivisme, Tver, 1922, cité dans Gérard Conio, Le Constructivisme Russe, Paris, L’Âge d’homme, 1987, p. 440. La faktura concerne les matériaux et leur fabrication. Le terme est mis au point par les acteurs du constructivisme russe dans les années 1910-1920 ; il s’agit, à côté des notions de « tectonique » et de « construction », de l’un des principes de cette théorie. », qui, pour le constructiviste Alexis Gan, est « le traitement du matériau dans sa totalité et non pas le traitement de sa seule surface ». Il s’agit de faire émerger la récurrence de certains motifs et de montrer ce qui se cache derrière le faire-image de Snow, notamment dans les relations complexes qu’il établit entre « regard et vision, manière et matière et œuvre et manœuvre ». En prenant ce parti, l’exposition souligne aussi l’importance sonore du travail de Snow. Plusieurs œuvres témoignent de l’étendue de ses recherches, qu’il s’agisse de jeux sonores avec le souffle ou le sifflement (W in the D, 1970) ou d’investigations ethnomusicologiques (The Last LP, 1987).
Ce contenu est offert avec un abonnement Numérique ou Premium seulement. Abonnez-vous pour lire la rubrique complète et avoir accès à tous nos Dossiers, Hors-Dossiers, Portfolios et Chroniques !
Vous avez déjà un abonnement Numérique ou Premium ?
Vous ne souhaitez pas vous abonner ? Sachez que d’autres contenus sont accessibles si vous avez un compte Esse. C’est gratuit et sans achat ultérieur requis ! Créez un compte ou connectez-vous :