Photo : © DB-ADAGP Paris, permission de l’artiste
Dire que le commissaire est perçu par beaucoup comme étant une figure incontournable du monde de l’art actuel relève certainement de l’euphémisme tant le curator est aujourd’hui l’objet d’une vénération démesurée. Il suffit pour s’en assurer de consulter l’un des derniers numéros de la très sérieuse revue française Critique, consacré au rapport entre l’art contemporain et la théorie. On y trouve un article voué tout entier à la gloire de Hans Ulrich Obrist, ce commissaire européen prolifique qui, en 2009, a été sacré personne la plus influente du monde de l’art contemporain par la revue britannique Art Review1 1 - Donatien Grau, « Curating is now ! », Critique, n° 759-760 (À quoi pense l’art contemporain ?), août-septembre 2010, p. 748-757. . On peut y lire que le curating pratiqué par Obrist n’aurait plus rien à voir avec la découverte de nouveaux artistes, l’organisation d’expositions ou l’écriture de catalogues. Il s’agirait avant tout de la « production poétique de la réalité » : « Les preuves s’accumulent chaque jour de ce que, aujourd’hui, ce n’est plus simplement l’artiste comme figure créatrice, démiurgique, comme “faiseur de monde”, qui suscite l’intérêt, voire la passion, mais aussi des intermédiaires parfois infiniment poétiques eux-mêmes2 2 - Ibid., p. 748. ». Non seulement le commissaire se serait substitué à l’artiste, mais il en serait devenu, par un étonnant renversement, la source d’inspiration. Pour preuve, le livre O’BRIST que l’artiste allemand Gerhard Richter a consacré à son ami Obrist en 2009.
Il n’est pas très surprenant que ce genre d’apologie dithyrambique fasse grincer non seulement les dents des artistes, mais aussi celles de nombreux médiateurs. C’est ainsi que l’artiste new-yorkais Anton Vidokle a suscité en mai 2010 la polémique dans la revue en ligne e-flux journal en dénonçant l’arrogance de ces commissaires qui prétendent se passer des artistes3 3 - Anton Vidokle, « Art without artists? », e-flux journal, n°16, mai 2010, 9 pages :
www.e-flux.com/journal/issue/16. Voir également les nombreuses réactions qui ont été publiées dans le numéro 18 de la revue. . C’est aussi le cas du critique et historien de l’art français Paul Ardenne, qui déplore régulièrement l’orgueil et la vanité de certains commissaires contemporains, de même que la faiblesse des artistes qui accèdent trop rapidement aux exigences de ceux qui sont chargés d’exposer leur travail, à l’instar d’Olivier Dollinger qui, à l’occasion de l’exposition Offshore en 2005, à Paris, avait présenté une installation vidéo mettant en scène le commissaire Jean-Max Colard4 4 - Paul Ardenne, « Artistes, encore un effort pour devenir complètement serviles », Particules, n° 13, février-mars 2006, p. 3..
Ce contenu est offert avec un abonnement Numérique ou Premium seulement. Abonnez-vous pour lire la rubrique complète et avoir accès à tous nos Dossiers, Hors-Dossiers, Portfolios et Chroniques !
Vous avez déjà un abonnement Numérique ou Premium ?
Vous ne souhaitez pas vous abonner ? Sachez que d’autres contenus sont accessibles si vous avez un compte Esse. C’est gratuit et sans achat ultérieur requis ! Créez un compte ou connectez-vous :