Aux dernières nouvelles, près d’un milliard de personnes souffrent de la faim, le réchauffement climatique menace de s’emballer de façon irréversible, le taux de disparition des espèces vivantes incite les ­scientifiques à parler d’une « sixième extinction1 1  - Richard E. Leakey, Roger Lewin, La sixième extinction. Évolution et catastrophes, Paris, Flammarion, 1999. » : peut-on encore faire la fête ? Face au désastre appréhendé, l’exubérance joyeuse de la fête a presque quelque chose de déplacé. Faudrait-il ranger les ­confettis ? Malgré la gravité de la situation, il serait pourtant absurde de considérer comme suspecte toute réjouissance ou de dresser un réquisitoire sans appel contre la fête, et cela pour au moins deux raisons. 

D’abord, la question associe la fête à un loisir frivole, par ­principe coupable face au souci lucide et responsable. « Faire la fête », cela connote une manifestation particulière – s’amuser, « s’éclater », en langage familier –, à laquelle la fête ne saurait pourtant se réduire. Car fêter, c’est aussi célébrer, notamment pour commémorer. Ainsi il y a fête et fête : si la commémoration participe de la fête, alors l’anniversaire des attentats du 11 septembre recoupe en partie la « fête », mais n’a rien de ­réjouissant à l’évidence. Si la festivité permet de nous amuser, de nous enivrer, voire d’oublier, en revanche la fête existe surtout pour que l’on se souvienne. Bref, il y a des fêtes où l’on festoie, et d’autres où l’on s’acquitte d’un devoir de mémoire. Mais la fête peut aussi ­s’improviser hors de tout cadre public ou civique : c’est le festin, le souper bien arrosé entre amis, la virée tapageuse. Cette fête-là n’a pas de place fixe dans le calendrier et peut n’avoir d’autre sens que celui d’une relâche, relevant du loisir plutôt que du culte. À la fête comme institution sociale, événement ­civique ou religieux, s’opposent ainsi des festivités libres et « gratuites » ; pour le dire autrement, il y a la fête et il y a le festif. La fête recoupe la ­réjouissance, mais le festif, plus diffus, ne se limite nullement à la fête : comportement, humeur ou ambiance, il est la fête intransitive qui peut surgir en toutes circonstances sans nul besoin de prétexte.

Ce contenu est offert avec un abonnement Numérique ou Premium seulement. Abonnez-vous pour lire la rubrique complète et avoir accès à tous nos Dossiers, Hors-Dossiers, Portfolios et Chroniques !

S’abonner (à partir de 20 $)

Vous avez déjà un abonnement Numérique ou Premium ?

Se connecter

Vous ne souhaitez pas vous abonner ? Sachez que d’autres contenus sont accessibles si vous avez un compte Esse. C’est gratuit et sans achat ultérieur requis ! Créez un compte ou connectez-vous :

Mon Compte

Cet article parait également dans le numéro 67 - Trouble-fête
Découvrir

Suggestions de lecture