Le corps de l’image : Reconstitution sculpturale et monumentale de la photographie de presse chez Anno Dijkstra
photo : permission de l'artiste | courtesy of the artist
On assiste au début des années 1960 à un renouvellement des rapports que la photographie entretient avec les pratiques artistiques contemporaines. Si elle avait jusqu’alors œuvré au sein de domaines circonscrits – presse illustrée, missions documentaires, amateurisme, art photographique –, la photographie devient alors le ferment d’une importante refonte des catégories artistiques. Elle s’incorpore notamment aux œuvres d’art elles-mêmes, en premier lieu celles du pop art, où ses qualités d’images reproductibles, populaires, médiatiques ou vernaculaires sont mises à profit. Plus que le matériau photographique à proprement parler, ce sont les fonctions testimoniales, historiographiques ou sémiotiques communément associées à la photographie qui sont en l’occurrence convoquées. Si bien que cette nouvelle présence de la photographie au sein des pratiques artistiques est à la fois matérielle et conceptuelle.
C’est ainsi que les images de presse se retrouvent parties prenantes de propositions artistiques engagées dans une entreprise de rénovation de la représentation de l’histoire contemporaine. Par le recours aux images de presse, le domaine de l’art tente une réhabilitation du genre historique – refoulé par les avant-gardes – dans la perspective d’une relecture critique de celui-ci. Les images canoniques du photojournalisme, soit ces clichés devenus notoires grâce à une médiatisation massive, sont dans ce contexte revisitées. Depuis lors, le photojournalisme demeure le banc d’essai des ambitions historiographiques de l’art contemporain. Prenons pour exemple les travaux de l’artiste néerlandais Anno Dijkstra qui reconstitue sous forme de sculptures des figures tirées d’images de presse célèbres. Les photographies en question, que ce soit celle de Nick Ut prise au Vietnam en 1972 ou celle de Kevin Carter, réalisées au Soudan en 1993, toutes deux récipiendaires de prix internationaux de photojournalisme, sont des monuments du genre. La photographie devient monumentale lorsqu’elle domine l’espace public, en l’occurrence l’espace médiatique, au moyen de reproductions et de transpositions diverses (affiches, CD-ROM, tirages d’exposition, cartes postales, web, etc.) assurant au cliché une stupéfiante ubiquité. Cette monumentalité de l’image est bien singulière puisqu’elle procède de l’absence de tout site désigné. L’image de presse devient alors un monument sans socle, sans lieu.
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