Monuments commémoratifs immédiats
La célébration implicite du deuil communautaire

Harriet F. Senie
Norman Craig, Princess Diana tributes at Kensington Palace, Kensington Gardens, Londres, 2007.
photo : © Norman Craig
À première vue, cela ressemble à une célébration : de grandes foules apportent toutes sortes d'objets, et se rassemblent pour échanger des mots, des pensées, des émotions. Très répandu et régulièrement ­rapporté, ce genre familier de rassemblement constitue un rituel de deuil contemporain sur les lieux de morts subites, qui trouve son expression dans des amoncellements de fleurs, de chandelles, de croix, d'animaux en peluche, de photographies des défunts, de ­messages et de cartes personnelles. Décrits alternativement comme des ­monuments commémoratifs1 1  - J'analyse un autre aspect des monuments commémoratifs spontanés dans « Mourning in Protest : Spontaneous Memorials and the Sacralization of Public Space », Jack Santino (dir.), Spontaneous Shrines and the Public Memorialization of Death. New York, Palgrave MacMillan, 2006, p. 41-49., des lieux de pèlerinage spontanés ou de fortune, ces assemblages reflètent un besoin social de trouver du réconfort à l'­occasion d'une expérience commune de choc, de chagrin et peut-être de colère. Ils surgissent aussi près que possible du lieu d'une mort ­subite, et célèbrent implicitement la communauté au milieu du chaos créé par la perte de victimes locales d'accidents en bordure de la route ou à la suite de coups de feu tirés d'une voiture en marche ; de ­célébrités disparues subitement, ou des plus grands nombres de ­personnes perdues dans des tragédies davantage publiques, comme les attentats du 11 septembre 2001.

Étant donné que cette pratique est prévisible, on ne peut plus la qualifier de spontanée. Sa caractéristique fondamentale est l’immédiateté. Les morts subites publiques déchirent le tissu social de manière choquante et tragique. Elles brisent l’illusion de sécurité, détruisent les attentes de continuité et suscitent un élan général dans le but de faire quelque chose. La description de l’étalage d’objets laissés par les gens pour ­marquer le lieu d’un décès déprécie le caractère poignant des ­contributions ­individuelles, de même que la puissance visuelle et émotionnelle de ­l’ensemble. Rarement ou même jamais analysés dans le contexte de l’art, les monuments commémoratifs immédiats reflètent des sources ­d’inspiration communes à plusieurs artistes et proposent un vocabulaire visuel approprié par certain-e-s dans leurs installations.

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Cet article parait également dans le numéro 67 - Trouble-fête
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