Photo : courtoisie de Dan Graham
Figure majeure et marginale du paysage artistique contemporain depuis les années 1960, Dan Graham s’est attaché de manière obsessionnelle ces trente dernières années à la conception de modèles architecturaux et urbains, et tout particulièrement à la production de « pavillons », des architectures-sculptures de dimensions humaines caractérisées par des structures aux lignes épurées et des surfaces réfléchissantes. Dans la lignée des réflexions qu’il a menées aussi bien dans ses écrits théoriques que dans les performances et installations qui ont marqué le début de sa carrière, ses pavillons de miroir et de verre, pensés le plus souvent pour des espaces publics, soulèvent les problématiques de la perception de soi et des autres dans l’environnement immédiat.
À l’instar de l’architecture moderniste en verre des grandes villes occidentales, Dan Graham joue des matériaux transparents et réfléchissants pour confondre observateurs et observés, espaces publics et privés, intérieurs et extérieurs. Entre art, architecture et design, c’est la fonctionnalité et la sociabilité mêmes des œuvres d’art qui sont questionnées à travers l’insertion de ces architectures-sculptures en milieu public. En réponse à l’invitation de la ville de Paris, qui pour célébrer l’ouverture de la première ligne de tramway ceinturant la capitale a lancé un programme d’aménagement urbain et paysager d’ensemble, Dan Graham a imaginé deux structures : From Boullée to Eternity et Mannerism/Rococo. Si la première a trouvé place pérenne pour orner et divertir la station Porte de Versailles, la seconde a été exposée à la galerie Marian Goodman de Paris au mois de février dernier. Ces deux projets, qui font référence à deux styles architecturaux opposés (néoclassicisme et baroque), sont le reflet de l’œuvre d’un artiste complexe et provocateur. En effet, l’art de Dan Graham, tissé de contradictions dans une entreprise de transgression systématique des codes établis, puise ses formes dans le minimalisme, tout en s’affirmant comme art social. Contre l’élitisme, ce sont les rues, les jardins et les musées qui y sont, en tentative, confondus et pervertis.
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