Cindy Dumais
Cindy Dumais Excédez II : Les accidentés, Espace Virtuel, 2007.
Photo : Steven Ferlatte, courtoisie d’Espace Virtuel
Excédez II : Les accidentés, l’installation présentée en janvier dernier par Cindy Dumais sur les murs du centre d’artistes Espace Virtuel de Saguenay, poursuit le systématique débordement du cadre qui caractérisait déjà son Excédez présenté en 2004 à la galerie Séquence de la même ville. C’est dire qu’il s’agit d’une entreprise de longue haleine où du rapport cultivé entre automobile et autoreprésentation, cette artiste, que l’on pourrait qualifier de « polymorphe » en assumant pleinement le ­pléonasme de la formule, tire une série de rimes ou d’accords, de ­combinaisons en tout cas, qui toutes jouent, à des niveaux plus ou moins perceptibles, le paradoxe de l’intériorité.

Si l’on se laisse guider par les inscriptions discrètement ­biographiques (mais rien ne dit qu’il ne s’agit pas plutôt d’autofiction, certains effets en trompe-l’œil soulignant le mensonge assumé de la représentation) qui ponctuent les grappes d’images ou les « ­projections » vidéo disséminées à des endroits cruciaux de l’exposition, l’idée maîtresse est peut-être celle du lien, du lien affectif, du lien de mémoire surtout. Ce lien, par essence invisible, qui traverse les parois, celles de la tête d’abord – car l’âme ici est physique et l’intériorité se dit comme un effet de boîte – et jusqu’à celles de la galerie que quatre trous réels percent, ce lien en s’extériorisant se matérialise et se schématise : dès le mur d’entrée, en effet, des photos retouchées montées en relief sur des visages en papier thermoformé se déploient en réseau à partir de la tête de Dumais et, pour certaines, plus précisément de son regard. L’artiste est photographiée de face et ­rattachée visiblement à ces divers « ­personnages » par une sangle de nylon, qui ailleurs deviendra ceinture de sécurité automobile mais qui forme ici la trace symbolique laissée par la pensée (la tête) ou la contemplation (le regard). Il s’agit, en somme, de cette forme stylisée de représentation de la pensée et du regard à laquelle nous a habitués la bande dessinée avec ses bulles et ses phylactères. Pour cette rhétorique particulière, penser à quelqu’un, c’est partager le même espace dans le regard objectivant d’un tiers, lecteur ou spectateur ; c’est à la fois ­contenir l’altérité et la représenter en se projetant, en sortant de soi, c’est-à-dire en se faisant objet du regard d’autrui. L’identité ainsi se dit ­polymorphe et faite d’altérités plurielles, convergentes mais adverses dans leur ­irréductibilité.

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Cet article parait également dans le numéro 61 - Peur
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