À la lumière de la situation qui prévaut aujourd’hui, le sort et le développement des musiques actuelles semblent reposer fondamentalement sur l’indépendance de ceux qui y œuvrent. Si, historiquement, les musiques actuelles furent certes généralement l’affaire de musiciens et de maisons de disques indépendants, l’implication des grandes maisons de disques, qui étaient moins multinationales par le passé, il est vrai, ne fut pourtant jamais aussi inexistante. En effet, d’un point de vue contemporain, il semble que l’intérêt des grandes maisons de disques envers les musiques actuelles, tout marginal fut-il, soit bel et bien révolu quoiqu’elles maintiennent une présence et représentent souvent une force majeure dans les autres secteurs considérés comme marginaux de l’industrie du disque : musique classique, musique contemporaine, jazz, etc. Pis, le simple fait d’envisager que des musiciens tels Derek Bailey ou John Zorn aient pu attirer l’attention de telles compagnies relève de la fabulation ! Quant à savoir s’il faut déplorer cette situation ou s’en réjouir, il s’agit d’une toute autre question...
Le panorama contemporain des musiques actuelles se compose donc de moult artistes s’auto-produisant et d’une pléiade de maisons de disques indépendantes. Ces dernières sont plus souvent qu’autrement l’œuvre de musiciens ou de passionnés qui s’en occupent parallèlement à leurs activités musicales ou leur emploi, selon le cas. Conséquemment, leur envergure et leur durée de vie sont essentiellement fonction des fonds disponibles. Or, malgré cette fâcheuse contrainte, elles reproduisent habituellement le modèle mis de l’avant par l’industrie musicale traditionnelle. La principale différence en est plutôt une d’échelle. Là où une multinationale peut lancer des dizaines de nouveautés et en vendre des centaines de milliers d’exemplaires sur une base hebdomadaire, les Ambiances Magnétiques, Erstwhile Records et autres Emanem parviendront à en éditer une dizaine à chaque trimestre et en écouleront plusieurs centaines d’exemplaires annuellement dans le meilleur des cas. Nonobstant ces considérations, l’appréhension sous-jacente du disque est la même. Celui-ci est considéré comme un support permettant la diffusion de la musique. L’emballage qui l’accompagne, c’est-à-dire le boîtier, la pochette, etc., ne représente qu’un réceptacle pour ce qui compte vraiment, à savoir le disque lui-même, et s’avère en ce sens secondaire, voire accessoire. Par contre, quelques musiciens et maisons de disques actifs dans le milieu des musiques actuelles tirent profit de l’indépendance dont ils jouissent pour mettre de l’avant une logique de production régie par une démarche et des paramètres incompatibles avec le modèle traditionnel. Il en résulte notamment des projets qui tentent d’échapper à cette appréhension traditionnelle des objets que représentent le disque et son emballage.
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