Immédiatement après avoir appris la mort de Colin Campbell, je suis allé faire une course. Ce jour-là, le 31 octobre 2001, était la veille de mon départ pour l’Argentine, où j’allais passer dix jours. Comme l’anniversaire de mon compagnon tombait pendant cette période, je tenais à lui acheter un présent avant son retour du travail. En chemin vers la librairie, je sanglotais discrètement en me disant: « Voilà un moment que n’aurait pas renié Colin Campbell. » Je pouvais l’entendre dire lentement, de sa voix grave et posée : « Après avoir appris la mort de Colin Campbell, je suis allé faire une course. » Je me suis alors mis à rire, puis à pleurer, car ce que Colin Campbell nous a transmis, c’est la faculté de détecter ce type de situation ironique, où les événements graves de la vie sont accablés par le spectre du ridicule. L’ironie surgit soudain, malgré nous; comédie et tragédie font bon ménage. Voilà un paradoxe dont la vie s’accommode facilement, mais que les artistes et les écrivains préfèrent éviter. En effet, il n’est pas rare que ces moments de créativité sublime où nous nous prenons terriblement au sérieux soient court-circuités par le ridicule. C’est ce que Colin nous a montré. Et maintenant il n’est plus là.

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Cet article parait également dans le numéro 46 - Un regard sur la vidéo
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