Si la vidéo est à l’évidence présente depuis longtemps dans l’univers des arts visuels, il semble bien qu’elle jouisse aujourd’hui d’un engouement tout particulier. Non seulement plusieurs artistes à s’être imposés dans les dernières années y recourent-ils largement (Shirin Neshat, Matthew Barney, Pierre Joseph ou Pipilotti Rist, par exemple), mais elle occupe une place croissante au sein des grandes expositions, le fort contingent d’oeuvres vidéographiques de la dernière Biennale de Venise en étant un exemple. Si bien qu’on se retrouve souvent, en pleine exposition d’art, s’asseyant pour regarder une projection. En accueillant ainsi les médiums de l’image animée, le champ des arts visuels se met à l’heure de l’industrie du divertissement et des médias électroniques qui dominent aujourd’hui la mimesis; il profite dès lors des effets de séduction qui leur sont inhérents, tout en se donnant les moyens d’étudier et de critiquer sur son terrain propre le fait de civilisation qu’ils constituent. Mais le phénomène a peut-être aussi à voir avec l’intérêt vivifié pour la réalité sociale et politique qui a cours aujourd’hui dans la création artistique. Tout en stimulant les forces vives de l’imaginaire par sa proximité avec le cinéma, la vidéo, en tant que technique d’enregistrement indiciaire, connote toujours une accointance avec les formes du reportage, de l’enquête, du document. Le second volet du diptyque La vie en temps réel, Mode ralenti, présenté au printemps 2002 à l’Espace Vox, constitue sans nul doute une pièce à verser à ce dossier. Des cinq oeuvres de cette exposition (de Jana Sterbak, d’Emmanuelle Léonard, de Vincent Lavoie, de Rodney Graham et de Klaus Scherübel, rassemblées sous le commissariat de Marie-Josée Jean}, trois usaient en effet de la vidéo – et cela bien que Vox ait pour mandat de se consacrer à la photographie contemporaine (en ce sens, Mode ralenti confirme la tendance observée lors du dernier Mois de la photo à Montréal). Nécessité de prendre compte des pratiques autres, limitrophes, pour témoigner des enjeux de la création photographique actuelle ? (Et pourquoi pas, après tout?) Obsolescence de la notion même de genre, due à la perméabilité croissante des frontières par lesquelles les différents arts étaient définis, naguère encore, par les aspects techniques de leur médium respectif ? Prédominance du dispositif de l’installation dans la façon dont les oeuvres se pensent aujourd’hui en vue du contexte de l’exposition ? Ou encore, serait-ce que le caractère de plus en plus englobant des technologies numériques réduit la pertinence d’une différenciation nette des arts de l’image ? On ne répondra pas à ces questions ici, mais on profitera de l’occasion qui nous est offerte de les poser pour nous pencher sur une exposition qui, en tant que telle, valait le détour. Et cela d’autant que par son thème même – le temps – , Mode ralenti porte précisément sur un objet dont la représentation a depuis toujours constitué une difficulté cruciale pour les arts de l’espace : comment en effet une image fixe comme l’est la photographie (et bien sûr, comme le fut avant elle la peinture) peut-elle arriver à figurer le temps, mobile et insaisissable par définition ?
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