Holly Herndon & Mat Dryhurst The Call, 2024.
Holly Herndon & Mat Dryhurst The Call, vue d’exposition, Serpentine, Londres, 2024.
Photo : Leon Chew, permission des artistes

Un art à l’encontre de l’immersion et du design addictif de l’IA

Kevin T. Day
En juin 2025, le New York Times exposait en détail le phénomène croissant de la « psychose provoquée par ChatGPT1 1 - Kashmir Hill, « They Asked an AI Chatbot Questions. The Answers Sent Them Spiraling », The New York Times, 13 juin 2025, accessible en ligne. [Trad. libre] », dans lequel des utilisateurs et utilisatrices de grands modèles de langage (GML)2 2 - Selon Microsoft, les GML sont « des systèmes d’IA avancés qui comprennent et génèrent du langage naturel, ou du texte de type humain, en utilisant les données sur lesquelles ils ont été entrainés grâce à des techniques d’apprentissage automatique ». « Que sont les grands modèles linguistiques (LLM) ? », Microsoft Azure, accessible en ligne. affirmaient communiquer avec un autre plan de l’existence, vivre dans une simulation ou être les prochains messies, entre autres déclarations toutes plus délirantes les unes que les autres. Qu’on fasse ou non l’expérience de tels décalages par rapport à la réalité, il est sans aucun doute dans l’intérêt des entreprises d’IA de nous fidéliser en optimisant leurs modèles pour favoriser l’engagement. Une plus grande fréquentation de leur plateforme génèrera plus d’occasions d’extraire des données et de diffuser des publicités et se traduira probablement par une valeur plus élevée et une augmentation générale des revenus.

Le professeur de marketing et psychologue Adam Alter fait valoir que les choix relevant de la conception, comme la validation, la rétroaction ajustée et les boucles d’interactions infinies, sont délibérément utilisés par les géants de la technologie afin de créer des technologies addictives3 3 - Adam Alter, Irresistible: The Rise of Addictive Technology and the Business of Keeping Us Hooked, New York, Penguin Press, 2017.. De telles stratégies se manifestent certainement dans la manière dont les agents conversationnels alimentés par l’IA proposent des discussions personnalisées qui s’inspirent de l’historique de clavardage et des intérêts individuels, préconisent un renforcement positif et font souvent des suggestions ou des requêtes afin de prolonger le contact. Que ce soit à travers la tendance de Character. AI à sexualiser les conversations4 4 - Kevin Roose, « Can A.I. Be Blamed for a Teen’s Suicide ? », The New York Times, 23 octobre 2024, accessible en ligne. de ses robots compagnons ou celle de ChatGPT à tenter excessivement de plaire aux utilisateurs et utilisatrices, on peut supposer que les entreprises misent sur un design addictif, ce qui donne des modèles susceptibles de « valider les doutes, attiser la colère, inciter à des actions impulsives ou renforcer les émotions négatives5 5 - OpenAI, « Expanding on What We Missed with Sycophancy », OpenAI, 2 mai 2025, accessible en ligne. [Trad. libre] ». Alors, qu’est-ce que les entreprises technologiques maximisent pour cultiver ces expériences si ce n’est l’immersion ? Qu’y a-t-il de plus immersif, captivant et générateur de réalité que des discussions (ou même des relations) en ligne avec un interlocuteur conçu pour être un compagnon intime, assouvir sans relâche nos pensées et poursuivre les échanges par tous les moyens nécessaires ?

Ce contenu est offert avec un abonnement Numérique ou Premium seulement. Abonnez-vous pour lire la rubrique complète et avoir accès à tous nos Dossiers, Hors-Dossiers, Portfolios et Chroniques !

S’abonner (à partir de 20 $)

Vous avez déjà un abonnement Numérique ou Premium ?

Se connecter

Vous ne souhaitez pas vous abonner ? Sachez que d’autres contenus sont accessibles si vous avez un compte Esse. C’est gratuit et sans achat ultérieur requis ! Créez un compte ou connectez-vous :

Mon Compte

Image de la couverture du numéro Esse 116 Immersion
Cet article parait également dans le numéro 116 - Immersion
Découvrir

Suggestions de lecture