Julie Faubert Nous sommes au cinéma, 2024-2025.
Julie Faubert Nous sommes au cinéma, 2024-2025, performance, Cinéma Moderne,
Montréal, 2024.
Photo : Maryse Boyce, permission de l'artiste

Nous sommes au cinéma, laboratoire immersif de lieu-corps-écoute

Caroline Gagné
Magali Babin
Oana Avasilichioaei
Nous sommes là, au Cinéma Moderne, dans un lieu conçu au départ pour l’image et pour l’expérience qui nous transporte ailleurs. Détourné pour l’occasion en dispositif sonore englobant, ce lieu nous immerge dans ses propres spécificités et une temporalité unique. Nous sommes plongé·es dans le noir, assis·es dans une salle de projection sans projection, un être à proximité d’un autre à proximité d’un autre, nos subjectivités autonomes réunies dans une caisse de résonance commune. C’est l’entièreté de l’enveloppe spatiale qui est convertie en instrument étendu tandis que les interprètes se trouvent hors du cadre. Contrairement à ce que nous propose habituellement l’expérience cinématographique, nous sommes là ensemble, engagé·es dans une posture d’écoute active et critique, à créer une conscience collective en guise d’expérience esthétique.

L’œuvre Nous sommes au cinéma (2024-2025) de l’artiste Julie Faubert nous invite à repenser la notion d’expérience immersive hors des paramètres propres à une certaine industrie du divertissement. Nous entendons par là une immersion plaquée dans un lieu, axée sur la multiplication des dispositifs visuels et sonores, qui impose des distractions provenant de toutes parts et ayant souvent pour conséquence le désengagement du corps. Cette immersion équivaut à une forme d’oubli passif de soi-même et de l’autre – à un oubli du « nous ». En revanche, en concrétisant et en dynamisant les matérialités sonores spécifiques de la salle de projection, l’œuvre de Faubert nous ancre dans une corporéité commune et vigilante. Quant à l’expérience au cinéma, elle est davantage conçue pour nous sortir du lieu par le récit, les corps présents étant passivement plongés dans la pénombre. Les stratégies formelles employées par l’artiste permettent de remettre en question la suprématie de l’image et d’expérimenter l’espace cinématographique d’une manière concrète et polysémique tout en éveillant notre collectivité politique par l’écoute. L’œuvre de Faubert évoque ainsi ce que la critique du son et chercheuse Juliette Volcler nomme « l’écoute critique1 1 - Juliette Volcler, « Bâtir une écologie sonore radicale », dans Pour un tournant radical : 8 textes inédits, Paris, Socialter (Bascules), 2022, p. 71, accessible en ligne. », soit une forme de vigilance partagée tournée vers ce qui nous échappe, vers ce qui demeure souvent imperceptible, enfoui.

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Image de la couverture du numéro Esse 116 Immersion
Cet article parait également dans le numéro 116 - Immersion
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