En 2013, le Musée des beaux-arts du Canada présentait l’exposition Sakahàn, dont l’un des principaux objectifs était d’illustrer l’art autochtone international dans toute sa diversité esthétique. En même temps, il s’agissait de consolider les réseaux entre les artistes, les conservateurs, les auteurs, les universitaires et le musée lui-même, de façon à souligner l’apport essentiel et original des artistes autochtones aux discours sur l’art contemporain. Inaugurant une structure de diffusion quinquennale, qui devait permettre aux commissaires de s’adapter à la dynamique changeante de l’art indigène, l’exposition n’avait pas une visée exhaustive. En effet, comme elle regroupait quatre-vingts artistes, Sakahàn pouvait difficilement avoir une direction thématique ciblée, si ce n’est l’identité autochtone en tant que telle. Comme le souligne Christine Lalonde, conservatrice associée de l’art indigène au MBAC, « [...] les œuvres de l’exposition contribuent au dialogue, non pas en définissant qui est autochtone ou ce qui doit être considéré autochtone, mais en nous amenant à réfléchir à “ce que cela signifie que d’être autochtone au 21e siècle1 1 - Christine Lalonde, « Introduction », Sakahàn. Art indigène international, Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada, 2013, p. 15-16. L’auteure cite en partie l’artiste et musicien Nicolas Galanin.”... » Tout en considérant la souplesse et la dimension inclusive de la notion d’« autochtonie », Sakahàn nous rappelle malgré tout que cette partie de l’histoire de l’art doit continuer de s’écrire à plus petite échelle. Certes, il est important de développer une communauté internationale d’acteurs de la sphère artistique autochtone mais, dans le territoire canadien seulement, l’ampleur du travail qui reste à accomplir est vertigineuse. Le cas de l’art amérindien contemporain au Québec illustre fort bien cet écart, et permet parallèlement de souligner un éventail de problèmes épistémologiques propres à la question2 2 - Cette question fait l’objet d’un des volets d’analyse du Groupe de recherche sur l’art contemporain autochtone au Québec, dirigé par Louise Vigneault au Département d’histoire de l’art et d’études cinématographiques de l’Université de Montréal. Je tiens à souligner que différentes hypothèses soulevées dans le présent article découlent des analyses effectuées au sein de ce groupe de recherche..
Un premier constat lorsqu’on examine le découpage territorial canadien est la valeur non représentative des frontières au regard des nations autochtones. On n’a qu’à penser aux Mohawks, qui sont présents tant au Québec et en Ontario qu’en sol étatsunien, pour voir que la cartographie arbitraire tracée par l’histoire a, une fois encore, fait des oubliés. Au-delà du partage géographique, le Québec se distingue aussi en raison de sa démographie. Si l’on prend comme modèle comparatif la Saskatchewan où, selon toutes probabilités, les communautés autochtones formeront près du tiers de la population d’ici 20453 3 - Government of Saskatchewan, « Aboriginal People », www.gov.sk.ca/Default.aspx ? DN=d35c114d-b058-49db-896a-4f657f5fd66e [consulté le 12 février 2013]., ou encore l’Ontario, où les Autochtones sont plus de deux fois plus nombreux qu’au Québec4 4 - Emploi et développement social Canada, « Canadiens en contexte – Populations autochtones », www4.rhdcc.gc.ca/.3nd.3c.1t.4r@-fra.jsp ? iid=36 [consulté le 12 février 2013]., il est difficile de ne pas envisager l’incidence de la démographie sur la présence et la représentativité de l’art amérindien. On ajoutera à cela l’impact sur la démographie des Autochtones qui vivent en milieu urbain, plus présents et mieux connus dans le Canada anglais sous la dénomination d’urban Natives. L’exposition Beat Nation, présentée pour la première fois à la SAW Gallery d’Ottawa en 20095 5 - Il est important de souligner qu’avant d’être présenté sous forme d’exposition, Beat Nation a été un projet web commissarié par Tania Willard et Skeena Reece, et diffusé par la Grunt Gallery à Vancouver. Voir www.beatnation.org. Notons que cette multiplicité de plateformes de diffusion s’inscrit parfaitement dans la perspective de pluralité et de mobilité de la démarche autochtone en matière de représentation artistique., représente bien l’effervescence artistique produite par la rencontre des créateurs autochtones et de la réalité symbolique, historique et, d’une certaine manière, logistique, de l’urbanité. En ciblant la thématique du hip-hop à la croisée de la culture autochtone, l’exposition rendait incontournable l’inclusion d’œuvres de jeunes créateurs vivant en milieu urbain.
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