Espaces
Corner 1-2-3, Détail, 1975-2009.
Photo : Paul Litherland
On ne voit pas un espace, on l’éprouve. La même chose peut être dite à propos du son.
Le 7 juin dernier, je me rends à Oboro pour marcher dans l’espace de la galerie, alors vide. Quatre ans auparavant, presque jour pour jour, j’y avais également marché, en préparation d’une exposition dont j’étais commissaire1 1 - Rolf Julius – Distance, première exposition personnelle de l’artiste berlinois à Montréal. En prévision de cette exposition, j’ai rencontré Rolf Julius à quelques reprises entre 2007 et 2009. Il est venu à Montréal du 10 au 23 septembre 2009 pour l’exposition Distance, pour un concert après des années d’absence de la scène performative, pour un entretien que j’ai animé au Goethe-Institut Montréal et pour le lancement de Wet Speakers, disque compact produit sur l’étiquette montréalaise ORAL., évaluant l’espace, projetant les œuvres dans leurs éventuels emplacements. Il s’agissait alors de parcourir le lieu d’une exposition à venir, en vue de son montage en compagnie de l’artiste quelques mois plus tard. Entre la marche dans l’exposition à venir et celle de la remémoration, il y a une exposition, Rolf Julius – Distance, visitée à diverses reprises pour voir et entendre, pour y passer du temps, pour être dans le son.
Alimenté par ces diverses marches2 2 - La marche pour découvrir un espace est une pratique reconnue en art conceptuel et en art sonore. On trouve des références à de premières marches à portée artistique dès le début du 20e siècle. La marche dite sonore peut se faire seul ou en groupe, avec ou sans équipement pour capter les sons et les enregistrer. Cette activité de déambulation, qui a des conséquences écologiques, politiques, pédagogiques et philosophiques, est une façon de découvrir son environnement, d’être sensible à la diversité des sons ambiants. Elle peut mener à la découverte de différents phénomènes acoustiques, à une conscience du présent et à la mobilité des perceptions. La marche sonore confirme que l’écoute se fait dans le présent. en galerie, ce texte s’appuie sur une succession d’expériences, toutes bien ancrées dans le présent : car l’écoute se fait dans le présent et est indissociable de l’espace. Évidemment, chacune des marches auxquelles je fais référence a une fonction précise : la première est une forme de projection, de prolongement dans le futur, et la plus récente, un plongeon dans le passé pour interroger les traces d’une expérience visuelle et auditive forte. Entre la projection et le retour, il y a l’intervalle de temps et d’espace où se produit l’exposition qui s’écrit au présent, « parce qu’après tout, c’est avec le temps que nous travaillons3 3 - Morton Feldman, Écrits et Paroles, Dijon, Les presses du réel, 2008. », pour reprendre les mots du compositeur Morton Feldman.
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