Paul-André Fortier série L’œil écoute, commissaire Louise Déry, Galerie de l’UQAM, 2010.
Photo : permission Galerie de l’UQAM, Montréal
Le plus bel énoncé de la muséologie nous a été offert par l’historien de l’art Hubert Damisch, « l’amour m’expose1 1  -  Hubert Damisch, « L’amour m’expose », Les Cahiers du Musée national d’art moderne, Paris, no 29, automne 1989, p. 81-90. ». C’était en 1989. J’ai souvent cité cette phrase et je continue de la trouver, après plus de vingt ans, aussi pertinente que nécessaire. Ces quelques mots vaudront toujours mieux, selon moi, que n’importe quelle définition qui tenterait de cerner le rôle fuyant du commissaire d’exposition, spécialement en ces temps d’« hollywoodisation » des arts visuels. Car la difficulté de la tâche découle de ce que le faiseur d’exposition d’art, qui fut longtemps conservateur de musée en même temps qu’historien de l’art expert dans un domaine, a pris, depuis l’ouverture du marché des expositions et l’invention du terme commissaire dans les années 1970, de très nombreuses figures. De fait, le développement professionnel des fonctions muséales depuis une quarantaine d’années, notamment au Québec, s’est accompagné simultanément et paradoxalement de l’érosion de ses spécialités, celles du métier de conservateur et de commissaire au premier chef. 

Cela se vérifie dans plusieurs musées d’art où l’on peut observer que les « conservateurs maison » sont en train de devenir des « professionnels de la profession » (comme le dit Yves Michaud) aux compétences interchangeables. Nous assistons, ici et là, à l’apparition du conservateur généraliste qui, mettant de côté sa spécialité ou délogeant l’expert s’il n’y en a pas, peut s’activer à la coordination d’expositions en tous genres et contenus sans nécessairement produire un savoir qui contribuerait à faire avancer la discipline, une expression qui bat malheureusement de l’aile quand on parle de recherche pure. De façon assez injuste, son institution ne lui proposera d’ailleurs pas les projets les plus importants ou les plus attirants, lui préférant bien souvent le commissaire vedette invité, non pas nécessairement pour relever l’expertise, mais pour changer l’angle de vue et attirer l’attention des médias, donc des publics. La contribution du critique d’art et du philosophe nous est familière. Leur incursion dans le champ commissarial a pour effet, dans les meilleurs des cas, l’émergence d’une pensée et d’un discours capables de situer et d’enrichir la rencontre des œuvres au sein de l’exposition. Nous pouvons aussi penser à l’écrivain, au cinéaste, voire à l’artiste visuel lui-même, interpellés comme commissaires afin de proposer une mise en scène personnalisée ou une thématique inédite sur les œuvres d’art et leur époque. Mais voilà qu’il n’y a plus trop de réserve lorsque plusieurs musées offrent « le » rôle à des personnalités aux compétences plus que variées, préférablement à l’extérieur du discours spécialisé, pourvu qu’elles soient des célébrités inspirantes et charismatiques, passionnées et tellement touchées par l’art !

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Cet article parait également dans le numéro 72 - Commissaires
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