Anique Jordan
Replis
du 29 juillet 2025 au 1er février 2026
Musée des beaux-arts de Montréal, 2025.
Photo : Michael Patten
du 29 juillet 2025 au 1er février 2026
En plaçant la performativité au centre de son exposition, commissariée par Marie-Ann Yemsi dans le cadre de MOMENTA, Anique Jordan introduit de belle manière un univers multimédia inspiré du carnaval trinidadien où coexistent différentes temporalités, passées ou présentes, tout comme le visible et l’invisible. La cohabitation de la sculpture, de la photographie noir et blanc, d’un poème et de l’installation réinvestit en effet le principe de performativité des entités invoquées – spectres, récits effacés, fictionnels ou réels, de femmes ou d’esclaves –, lesquelles sont réunies dans un souci d’évocation plus que de restitution. En puisant dans la théorie derridienne de l’hantologie (Spectres de Marx, 1993), Jordan désire rappeler la présence persistante des ancêtres tout en interrogeant les récits dominants.

Replis, vue d’exposition,
Musée des beaux-arts de Montréal, 2025.
Photo : Michael Patten

Replis, vue d’exposition,
Musée des beaux-arts de Montréal, 2025.
Photo : Michael Patten
Le poème Permission, reproduit sur un mur à l’entrée de la salle, sert de mise en bouche performative, puisqu’il suffit de le réciter pour que surgissent une panoplie de réalités qui, oubliées par les discours dominants – comme le rappelle la répétition des mots « avec votre permission » –, sont pourtant inscrites dans la langue créole et ravivées immédiatement par la parole. Des cristaux sous cimaise de verre portant le titre No Human Without Mercy (2024) s’apparentent à ceux utilisés dans les rituels, qui peuvent servir à la protection des esprits contre les énergies négatives ou encore à la guérison ou à l’élévation spirituelle par l’invocation d’entités. La pièce maitresse de l’exposition est toutefois l’installation To Score the Marvellous/Chorus (2023). Cette installation faite de deux écrans lumineux disposés dans d’immenses cadres de contreplaqué montre un corps sans visage allongé dans un lit défait – de dos pour l’un et de face pour l’autre – de façon à réunir deux moments distincts. La juxtaposition rapprochée crée une distorsion fictive qui nous parait comme un songe invraisemblable. L’impossibilité de toute reconstitution du corps met d’ailleurs notre regard vacillant en activité constante. L’œuvre se prolonge également à l’arrière de l’installation grâce à la superposition de planches de Plexiglas sur la lumière blanche, chacune reproduisant une, voire deux positions changeantes d’un même personnage féminin et rappelant la chronophotographie du 19e siècle, mais cette fois dans un enchainement fluide.
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