Christian Marclay, The Clock

Jennifer Alleyn
Paula Cooper Gallery, New York,
Du 21 janvier au 19 février 2011
Christian Marclay The Clock, 2010.
photo : Todd White Photography © Christian Marclay, permission de Paula Cooper Gallery, New York et White Cube, Londres
L’artiste américain Christian Marclay a passé trois ans à colliger, découper, regrouper, classer des milliers d’extraits de films dans lesquels le temps, représenté par une horloge, une montre, un cadran, marquait l’heure. Accollant bout à bout les fragments, avec l’obsession de respecter le déroulement d’une journée entière, il compose une horloge de celluloïd aussi précise qu’une montre suisse. En résulte un film de 24 h qui, projeté en temps réel, synchronise pour la première fois dans l’histoire du cinéma le temps diégétique à l’heure locale. L’illusion du temps fictionnel identique à celui du spectateur fascine et dérange, car vautré dans les sofas de la galerie, l’on se surprend à se demander l’heure qu’il est. L’esprit refuse de croire que parce qu’à l’écran, l’horloge marque 16 h, il puisse être 16 h au moment présent. Notre cerveau distancie naturellement ce temps fictionnel de celui du réel. C’est dans ce jeu avec le spectateur que l’oeuvre puise sa force troublante. 

Quelle échappatoire reste-t-il si l’espace fictif est traqué, réglé sur les aiguilles de notre vie ? Où peut-on se réfugier quand l’écran, réceptacle de l’imaginaire, rappelle l’incessante course vers notre finitude et révoque toute fuite poétique ? Le temps n’est plus scellé comme chez Tarkovski, mais pétri, hachuré, vidé. Le récit dépourvu de linéarité, par la juxtaposi-tion de scènes sans autre lien entre elles que l’heure qui avance, ne laisse jamais s’interrompre le défilement du temps. Cette avancée sous-jacente confère au projet de Marclay une dimension presque oppressante. Scènes interrompues, répliques sans suite justifiées par la nécessité d’insérer là le plan qui coïncide avec l’heure : le montage traduit – peut-être sans le vou-loir – la contemporanéité de notre rapport au temps. Une fragmentation démentielle de l’existence, qui tend à masquer la fatale issue du Temps.

Pour avoir accès à ce contenu, vous devez vous connecter ! C’est gratuit et sans achat ultérieur requis. Créez un compte ou connectez-vous :

Mon Compte

À noter que les Éditoriaux, les Résidences numériques, les Capsules et les Archives sont toujours libres d’accès.

Vous en voulez plus ? Certains contenus sont offerts avec un abonnement Numérique ou Premium seulement (Dossiers, Hors-Dossiers, Portfolios, Chroniques).

S’abonner (à partir de 20 $)

Cet article parait également dans le numéro 73 - L’art comme transaction
Découvrir

Suggestions de lecture