Émilie Brout & Maxime Marion
Collapsing New People

b0mb, 2018.
Photo : permission de la collection Scott Button, production La Villa du Parc, Annemasse
Lieu d’exposition dépendant de l’école d’art de Strasbourg, La Chaufferie invite des artistes en fonction des enseignements, ce qui d’emblée implique un autre regard sur les œuvres présentées. Adressées surtout aux étudiants, elles nous renseignent sur les références avec lesquelles ils se construisent et nous plongent dans la fabrique de l’art à venir.
Émilie Brout et Maxime Marion font assurément partie des artistes susceptibles de les inspirer, ne serait-ce que par la manière singulière dont ils se servent d’internet. Comme chez les artistes de leur génération, les ressources en ligne sont omniprésentes, mais l’usage qu’ils en font prend un tour plus complexe, par exemple dans la vidéo intitulée bOmb (2018). À partir d’un poème de 1958 de Gregory Corso, choisi à la fois pour sa composition par juxtaposition et son sujet toujours aussi détonant (une ode à la bombe atomique), les artistes ont formulé des requêtes destinées à un moteur de recherche, si bien qu’en entendant la voix de Corso (un enregistrement trouvé sur internet bien sûr) on assiste à l’apparition successive d’images à la fois en lien avec les termes et légèrement décalées puisqu’émanant de la culture actuelle. Le passage par internet produit une distance qui renvoie à notre rapport actuel au réel. En alternance est projetée Lightning Ride (2017). Inquiétante et familière. Réaliste et fantasmagorique. Belle et laide. Pour cause, elle a été réalisée à partir de films issus de séances de certification pour l’usage du Taser – aux États-Unis, pour être autorisé à l’utiliser, il faut le tester sur soi-même – où l’on voit des personnes s’écrouler sous le choc et la douleur, les séquences ayant ici été retouchées avec l’outil « peinture à l’huile » de Photoshop. La vidéo appartient autant au registre du fait de société contemporain que de la représentation des martyrs en peinture. L’Amérique de Trump autant que le Saint Sébastien de Mantegna, avec une touche à la Van Gogh. Sans oublier la distance qu’induit la culture internet avec sa fugacité. Puis, en guise de transition entre bOmb et Lightning Ride, les artistes ont, pour l’exposition, pensé une installation lumineuse et sonore située en hauteur derrière l’écran de projection, qui évoque le passage d’un jour à l’autre, du lever du soleil à son coucher, le tout accompagné du son de démarrage de Windows XP, mais déformé par étirement. Avec une vidéo de 2013, Bliss, réalisée à partir de l’image de fond, la colline verdoyante, du même Windows XP, les artistes avaient déjà travaillé sur la nouvelle mémoire collective que constitue l’esthétique des logiciels.
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