Photo : permission du OFFTA
les 4 et 5 juin 2010
Planté tel un iceberg kitsch sur la scène, un abri Tempo se transforme peu à peu en écran où se déploie un curieux théâtre d’ombres : derrière la toile, une jeune femme se dandine fougueusement au son de Beat It avant d’émerger de son cocon de plastique, de s’avancer, de s’emparer d’un micro et de lancer une farandole de confidences. Un à un, les autres protagonistes qui forment le quatuor éclectique de Just Fake It – un acteur professionnel, un déficient intellectuel, une danseuse, une trisomique – jailliront à leur tour de la blanche boîte à surprises pour livrer de petits récits de vie où esquives et faux-semblants se révèlent de véritables stratégies de survie.
Présentée à l’occasion du OFFTA, excroissance illégitime et audacieuse du Festival TransAmériques, la pièce explore avec bonheur différents arcanes du réel et du faire-semblant, les superposant, les entrelaçant, ou brouillant leurs frontières. Ainsi, alors que chacun raconte son historiette (maladies imaginaires, feintes, « traumatismes » enfantins liés au port obligé de faux vêtements de marque…), les questions fusent quant à leur poids de vérité. Qui, du comédien, de la danseuse affabulatrice ou des handicapés intellectuels, dit vrai ? Qui pimente ce « vrai » d’un grain de faux ? Qui raconte des bobards (« je suis un psychopathe », de clamer l’un d’eux) ? Refusant la notion de personnage au profit d’une pleine présence de l’acteur, Just Fake It met aussi en place divers degrés de cette présence puisque, s’ils ne jouent (presque) pas de rôle, les acteurs-performeurs abandonnent parfois la présence « pure » pour glisser du côté de la représentation. Aussi, entrecoupant les microrécits de vie, quelques scènes théâtrales viennent-elles briser le déroulement essentiellement performatif du spectacle : Michael Nimbley se transforme en serveur dans une loufoque scène de blind date où Jean-Pascal Fournier se laisse candidement berner ; plus loin, ce dernier jouera un chorégraphe blasé devant les prouesses imitatives (« ballet ! hip hop ! Merce Cunningham ! Margie Gillis ! Marie Chouinard ! ») d’une Dorian Nuskind-Oder qui tente de l’éblouir. À travers cette déclinaison de courts tableaux imprégnés d’une ironie douce, les objets, tels ces récalcitrants ouvre-boîtes made in China, se mettent aussi de la partie pour révéler les rêves de pacotille et les miroirs aux alouettes dont est pétri le quotidien.
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