
I,I,I,I,I,I,I, vues d’installation, Institute of Contemporary Arts, Londres, 2019.
Photos : readsreads.info
Can one see oneself? Do we only see when separate? griffonne Kathy Acker sur la première page de son exemplaire personnelle, Pouvoirs de l’horreur de Julia Kristeva. Comment devient-on un I (un Eye ?), questionne-t-elle. Le travail de l’artiste, que l’on connait particulièrement grâce à son roman Blood and Guts in High School (1984), constitue une exploration du sujet qui fait face à lui-même dans l’abject – un passage obligé dans la formation identitaire. Elle fragmente ses personnages en leur collant – au sens le plus littéral – divers I sur la peau. L’exposition I, I, I, I, I, I, I, Kathy Acker présente ainsi une réflexion de groupe sur le processus artistique et méthodologique de l’artiste en entretenant un rapport dialogique vis-à-vis l’écriture et la sexualité. Reconnue pour son calque et ses emprunts constants aux figures classiques de la littérature – pensons à Dickens, Cervantes, Burroughs, Woolf, l’auteure construit à partir de ces monuments littéraires une narrativité nouvelle qui aborde les thèmes de l’inceste, du capitalisme, de l’avortement et du travail du sexe. Le ICA convoque ici un nombre d’artistes contemporains dont le travail partage des interrogations similaires à celui d’Acker ou qui, de manière indirecte, est fortement marqué par son influence.
Un hautparleur placé au niveau de l’oreille diffuse It’s Dissociation Season (2017), poème de l’artiste multidisciplinaire Precious Okoyomon, un flux de la conscience qui navigue entre l’état de rêve et une posture de résistance. « Nothing is pure, invert yourself », lit-elle avec douceur. L’inexistence de la pureté est une image qui se manifeste sur l’ensemble des œuvres présentées dans l’espace. L’installation Hormonal Fog (2016-2019) de Candice Lin et Patrick Staff suggère un instrument d’étude qui contribue aux réflexions d’Okoyomon. L’objet consiste en une machine à brouillard piratée dont la diffusion transmet un mélange d’herbes sèches ayant des propriétés de perturbation hormonales. Le duo travaille de près la notion de toxicité dans l’imaginaire du corps, et plus particulièrement celui du corps queer, de manière à repenser les concepts de pureté et d’impureté au sein d’un système de contrôle patriarcal. De manière similaire, l’œuvre d’Acker questionne les stratégies de contrôle du corps en rendant compte des séparations, répétitions et désincarnations ressenties au sein d’une société capitaliste.
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