Photo : Richard-Max Tremblay, permission de la Galerie René Blouin & Jessica Bradley Art + Projects, Toronto
Du pluriel, le voilà passé au singulier. Pour son quatrième solo chez René Blouin, Nicolas Baier crée entre autres l’œuvre Vanité (2012), une évolution logique aux Vanités de 2010, où se juxtaposaient des miroirs surannés, réfléchissant l’absence de lumière. Fidèle à la devise de l’artiste : « où que l’œil se pose, tout n’est que vanité », la nouvelle œuvre quitte les strates de la matière mémoire pour sonder les affres de la solitude contemporaine.
Celui qui par la photo scrutait ces derniers temps les stratifications géologiques du sol, fait jaillir ici une œuvre sculpturale, mais toujours minérale – puisque composée de nickel –, pour donner corps à un environnement familier où la brillance plastique renforce la portée idéologique. L’artiste, qui se demandait en l’an 2000 s’il était encore possible de proposer des images, vient de se répondre à lui-même. Car Vanité, par sa facture chirurgicale, transforme l’espace de travail actuel – un bureau, une chaise, un ordinateur, deux écrans, des haut-parleurs et un numériseur reproduits à l’identique, mais entièrement coulés dans le nickel – en un polaroïd glaçant de tout ce que notre époque a de symptomatique : l’isolement de l’homme, la virtualité de son environnement, les possibles. Par une astuce subtile, le verre sans tain qui emboîte la pièce ne reflète pas ce qu’il y a à l’intérieur. Ainsi, le visiteur n’est-il jamais reflété par la surface. L’objet scintille en son écrin tel un objet de luxe, une voiture de collection, un bijou rare. Dans son coffret « claustrophobisant », la pièce trône et suscite le désir, mais l’objet est stérile. Et l’homme, un figurant disparu. De son propre aveu, la pièce est pour l’artiste « un cercueil refermé ». En arrière-plan, une photographie intitulée Canevas renvoie à la préhistoire.
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