Theaster Gates

Amalgam

Nathalie Desmet
Palais de Tokyo, Paris,
du 20 février au 12 mai 2019
Theaster Gates
Theaster GatesAmalgam, vue d’exposition, Palais de Tokyo, Paris, 2019.
Photo : André Morin
Palais de Tokyo, Paris,
du 20 février au 12 mai 2019
Revenant sur le passé sombre de la ségrégation raciale aux États-Unis, Theaster Gates retrace l’histoire d’une ile du Maine autrefois qualifiée de « colonie dégénérée » : l’ile de Malaga. Une quarantaine de femmes et d’hommes noirs, blancs ou métis « préférant l’amour à la race », comme le souligne l’artiste, avaient cru pouvoir échapper à la haine en s’installant sur une petite ile de la rivière New Meadows. La modeste communauté, pauvre mais progressiste, était parvenue à se doter de moyens de subsistance afin de construire un petit village, y compris une école dans laquelle une dizaine d’enfants étaient instruits. En 1911, le gouverneur du Maine demanda l’évacuation de l’ile sous prétexte d’y installer un complexe hôtelier. Or, sa motivation première était plutôt de s’attaquer aux mariages interraciaux, alors formellement interdits, et, plus largement, d’empêcher toute forme de métissage, qualifié d’amalgamation et considéré comme un risque de dégénération de la race blanche. La communauté fut démantelée, certains de ses membres furent internés. L’ile reste aujourd’hui inhabitée. Ce pan honteux de l’histoire des États-Unis est au cœur de la première exposition personnelle de l’artiste noir américain dans une grande institution parisienne.
Theaster Gates
Amalgam, vue d’exposition, Palais de Tokyo, Paris, 2019.
Photo : André Morin

À partir d’un travail de recherche mené dans ce qui reste des archives de l’histoire de Malaga et de ses habitants, Theaster Gates propose une exposition en quatre temps qui agit autant comme une forme de réparation contre l’effacement ou l’occultation de l’histoire que comme une projection possible de ce qu’aurait pu devenir l’ile. L’entrée se fait par la pièce Autel (2019), d’abord visible comme une sorte de paroi infranchissable composée de tuiles en ardoise, dont il faut faire le tour pour comprendre qu’il s’agit d’un long volume. Elle a été pensée comme un espace pouvant accueillir quelques personnes. Le toit posé directement sur le sol est privé des murs qui étaient censés le soutenir ; il se réduit à une pente douce, comme pour faire écho à la disparition des maisons construites par les bâtisseurs de l’ile, habitations pauvres que ces derniers avaient été sommés de déplacer, sous une ironie mal dissimulée, lors de l’expulsion de la communauté. Déménager, mais pour aller où ? Cette installation imposante, sorte de monument commémoratif, leur rend hommage. C’est aussi une pièce qui rappelle l’intérêt que Gates porte aux métiers durs et salissants, souvent réservés aux Noirs américains de la génération de son père, couvreur de métier. Le vocabulaire plastique de Gates est une combinatoire de ces métiers de la construction et de la fabrication – charpentiers, tailleurs de pierre, maçons –, dont il prélève les gestes, mais aussi les matériaux.

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Cet article parait également dans le numéro 96 - Conflits
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