photo : © Collection du Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa
À la manière de l’animal, l’« objet » possède une double nature : à la fois anthropologique lorsque défini comme artéfact et poétique lorsque proposé en tant que métaphore, emblème ou allégorie. C’est ainsi qu’il s’impose comme incarnation ou image de « l’Autre », ce à quoi l’humain se confronte dans sa compréhension du monde. Pour sa part, le qualificatif « animé » renvoie étymologiquement à anima qui, signifiant à la fois « âme » et « animal », aura servi en philosophie antique à distancier les êtres vivants les uns des autres et à les classifier hiérarchiquement. Présenté ainsi, « l’objet animé » serait un outil de connaissance pour penser la différence entre la nature et la culture, entre l’humain et le non-humain, entre le sujet et l’objet. Si l’histoire de l’art ne s’est que très peu chargée de l’étude de l’objet animé – à distinguer de « l’image animée1 1 - David Freedberg, Le pouvoir des images, trad. de l’américain par Alix Girod, Paris, Gérard Monfort, 1998, 501 p. » –, les discours anthropologique, psychanalytique, littéraire et cinématographique nous amènent, eux, à considérer la relation dialectique entre le sujet et l’objet animé comme étant traditionnellement unidirectionnelle : c’est l’humain qui, par la projection de ses fantasmes, de ses désirs, humanise et attribue une âme à l’objet. L’animisme, qui désigne la tendance à attribuer un caractère vivant à des objets inanimés, représente très justement cette relation à sens unique. Généralement écarté par la pensée moderne2 2 - Ibid., ce concept permet néanmoins d’envisager la forte influence de la littérature occidentale (à travers ses descriptions et métaphores) sur la perception (voire l’appréhension) de l’effectivité de l’objet.
Les études récentes de la Thing Theory participent au renouvellement de l’imaginaire de l’objet animé. Au contraire de la pensée animiste, cette théorie accorde la primordialité aux rapports dialogiques entre l’objet et celui qui le perçoit. Or, dans la conjoncture du « tournant matériel » de la culture visuelle, la primauté de l’objet quotidien dans les pratiques artistiques actuelles représente un intérêt particulier. C’est en ce sens que je propose ici de repenser un objet récurrent de ces pratiques, la chaise, à la lumière des théories sur « la chose ».
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