Des rêves « de hijacks et d’accidents d’oiseaux » : Les objets cultes de Camille Henrot

Vanessa Morisset
Camille Henrot, Tableau de navigation, 2010.
photo : © Camille Henrot, permission de | courtesy of kamel mennour, Paris
Et si notre rapport au monde n’avait cessé d’être archaïque ? Depuis les Lumières, la culture occidentale a dévalorisé l’irrationnel au profit des explications scientifiques et des avancées technologiques. Mais, périodiquement, avec le doute quant à la réussite de ces dernières ressurgit le sentiment d’un fond de sauvagerie demeuré intact en chacun de nous. Au début du 20e siècle, Jung parlait d’un inconscient collectif immuable formé d’archétypes immémoriaux, les surréalistes (Breton, Bataille, Leiris) allaient puiser dans les cultures extraeuropéennes des formes de représentation fondamentales... Aujourd’hui, Bruno Latour affirme que « nous n’avons jamais été modernes1 1  - Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes : essai d’anthropologie symétrique, Paris, La Découverte, 1991, et Sur le culte moderne des dieux faitiches, Paris, Les Empêcheurs de tourner en rond, 2009. », car le progrès n’est qu’un fantasme désincarné et les faits ne se débarrassent jamais des croyances. Les œuvres de Camille Henrot participent de cette tendance et révèlent le primitivisme de notre relation au monde, même le plus high-tech. Le désir de possession des objets, que l’on aurait cru propre à la société de consommation, y apparaît comme le symptôme d’une pulsion régressive irrépressible, les distinctions entre société occidentale et sociétés indigènes s’estompent et la flèche du temps, corollaire de la notion de progrès, est remplacée par une conception cyclique du temps. On l’aura compris, toutes les certitudes de la culture occidentale s’y trouvent remises en cause.

L’un des biais par lequel Camille Henrot thématise le primitivisme de notre rapport au monde est le phénomène de la collection. Habituellement jugée comme une activité plus ou moins noble en fonction des objets recherchés – très spirituelle s’il s’agit de collectionner des peintures, puérile lorsque ce sont des cuillères ou des autocollants –, pour l’artiste, la collection relève toujours d’un désir complexe et problématique. Elle répond à un besoin d’accumulation qui exprime un transfert affectif vis-à-vis des objets qui nous entourent et, à cet égard, elle n’est jamais loin des croyances animistes.

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Cet article parait également dans le numéro 75 - Objets animés
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