Susanne Kriemann
Susanne Kriemann Voyage de recherche dans un ancien champ d’extraction d’uranium pour ramasser de la matière végétale et de la bouse de mouton.
Photo : Aleksander Komarov, permission de l’artiste

Du temps et des fleurs : Sur l’œuvre de Susanne Kriemann et d’Anaïs Tondeur

Kyveli Mavrokordopoulou
Les fleurs constituent une bonne illustration du cycle complet de la vie. De l’éclosion de la jeunesse jusqu’à la mort en passant par le dépérissement qui accompagne la vieillesse, elles sont un symbole parfait de mutabilité. En ce sens, elles représentent admirablement le temps qui passe. Dans la nouvelle de J. G. Ballard « Le jardin du temps », la technologie fantastique des « fleurs du temps » leur permet d’arrêter momentanément son passage1 1 - J. G. Ballard, « Le jardin du temps », Nouvelles complètes, Auch, Tristram, 2001, p. 511-520.. Ces fleurs étranges, qui poussent dans le jardin d’un château, ont le pouvoir de ralentir l’avènement du futur. L’histoire raconte comment les deux châtelains tentent d’utiliser les fleurs du temps pour retarder l’arrivée d’une bande de paysans en colère qui se profile à l’horizon. À la fin du récit, la foule a envahi le château et les bourgeons ont disparu, mettant le lecteur en garde contre l’emploi d’astuces magiques pour maitriser le temps. Comment se protéger d’un avenir menaçant (personnifié ici par la foule) ? Telle semble être la question que soulèvent ces fleurs allégoriques qui effacent le temps.

La nouvelle de Ballard a récemment été interprétée comme une mise en relief de la rhétorique de l’urgence qui caractérise l’environnementalisme populaire actuel2 2 - Rebekah Sheldon, The Child to Come: Life After Human Catastrophe, Londres et Minneapolis, University of Minnesota Press, 2016, p. 32.. Cette forme de malaise social découlant de l’incertitude peut se traduire par le désir de considérer comme sûr un avenir inconnu et menaçant, de l’envisager comme une chose prévue, régularisée et donc maitrisable. Certaines technologies offrent précisément cette promesse d’un futur connu et tout tracé. La perte progressive du pouvoir surnaturel que possède la fleur de ralentir le passage du temps trahit toutefois la futilité de l’exercice, qui a également l’avantage de détourner notre regard du présent. Mais que se passerait-il si nous renoncions à ces certitudes et que nous laissions les fleurs nous guider vers des rencontres temporelles inattendues qui nous inciteraient à embrasser une perspective plus incertaine et à demeurer dans le présent ? Guidés par les fleurs vers des avenirs indéterminés et des territoires contaminés, certains artistes contemporains s’ouvrent à des collaborations improbables avec des plantes toxiques.

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Cet article parait également dans le numéro 99 - Plantes
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