Claire Savoie
Claire Savoie Aujourd’hui (dates-vidéos), capture vidéo, œuvre évolutive amorcée en 2006.
Photo : permission de l'artiste
[In French]
Si la règle de Barthes, « donner l’intime, non le privé1 1  - Roland Barthes, La préparation du roman I et II [Texte imprimé], cours et séminaires au Collège de France, 1978-1979 et 1979-80, Paris, Seuil / Traces écrites, 476 p. », circonscrit bien la pudeur dans laquelle il est bon de draper la parole publique, plusieurs œuvres exposées pendant la 12e édition du Mois de la Photo à Montréal s’y dérobaient. 

Les expositions Aujourd’hui (dates-vidéos) de la Québécoise Claire Savoie, à la Galerie SBC, et Someone to love / Une personne à aimer (1988-2011), de l’Espagnole Cristina Nuñez, au Centre des arts actuels Skol, proposaient d’élaborer un territoire universel à partir de matériaux privés ou, pour les nommer autrement, à partir de cette « petite affaire privée » que Deleuze dénonce à la lettre E de son Abécédaire filmé. « C’est vraiment les connards, geint-il, c’est vraiment l’abomination de la médiocrité littéraire, de tout temps, mais particulièrement actuellement, qui fait croire aux gens que pour faire un roman, il suffit d’avoir une petite affaire privée […]. Mais c’est une honte, quoi, c’est une honte de penser des choses comme ça ! Ce n’est pas l’affaire privée de quelqu’un, écrire, c’est vraiment se lancer dans une affaire universelle2 2 - Pierre-André Boutang, Abécédaire de Gilles Deleuze. Entretiens avec Claire Parnet, 2004.. » Avant d’aller plus loin, on se doit de le rappeler, cette intransigeante injonction a été formulée dans le double contexte d’un vif engouement, à partir des années 1960, pour les récits de vie stéréotypés, destinés à une consommation rapide, et de la naissance du poststructuralisme qui a libéré le sens de l’œuvre des contingences qui le reliaient jusqu’alors à l’auteur. À les relire aujourd’hui, alors que les frontières entre privé, intime, secret et public sont brouillées par notre utilisation intempestive des réseaux sociaux comme Facebook, qui exploitent et surexposent les petites affaires du moi, on pourrait les juger caduques. Elles viennent pourtant réanimer un vieux soupçon jamais évanoui sur les liens que peuvent entretenir la parole privée et le geste artistique.

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This article also appears in the issue 75 - Living Things
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