Photo : permission des artistes et de Nicholas Metivier Gallery, Toronto
[In French]
Depuis quelques années, le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) travaille à renouveler la réflexion sur les modes de présentation des œuvres, comme en fait foi l’ouvrage d’Emmanuelle Vieira, Design d’exposition. Dix mises en espace d’exposition au Musée national des beaux-arts du Québec1 1 - Emmanuelle Vieira, Design d’exposition. Dix mises en espace d’exposition au Musée national des beaux-arts du Québec, Québec MNBAQ, 2004, 136 p. . Du 24 avril 2008 au 8 février 2009, il poursuivait ses initiatives en proposant Intrus / Intruders, une exposition présentant à même les sept salles consacrées aux collections d’œuvres historiques de l’institution des réalisations d’artistes contemporains2 2 - Ce type de pratique cherchant à engager un dialogue entre des œuvres anciennes et des œuvres contemporaines s’est développé fortement depuis quelques années en Europe. Voir Yves Bergeron et Raymond Montpetit, « Présenter des œuvres contemporaines dans les sales d’exposition permanente », Intrus / Intruders, Québec, MNBAQ, 2008, p. 157-162. . Certes, il faut souligner cet effort pour donner une visibilité à l’art contemporain dans l’enceinte du musée, mais il importe aussi de questionner un certain nombre de choix muséologiques qui ont été faits.
D’entrée de jeu, il convient de se pencher sur la pertinence du titre de l’exposition. Bien entendu, le terme « intrus » peut laisser sous-entendre un appel au jeu, une invitation à chercher celui qui ne correspond pas aux autres éléments d’un ensemble. Cependant, le choix de ce terme impose aussi dans l’esprit du visiteur l’idée d’une confrontation violente, de quelque chose qui relève de l’envahissement, puisqu’un intrus est quelqu’un qui s’introduit dans un lieu sans y être invité. Ainsi, on risque d’induire dans l’esprit du public l’impression que l’art contemporain n’est pas à sa place dans les salles du musée. De même, en choisissant d’utiliser des panneaux pour indiquer, à l’entrée de chacune des salles, la présence des œuvres intruses, le musée a favorisé l’idée d’une « traque » des œuvres contemporaines et renforcissait ainsi dans l’esprit du visiteur l’idée que ces œuvres usurpaient une place qui ne leur était pas destinée3 3 - Ce choix paraît d’autant plus discutable que, comme l’écrit dans le catalogue Mélanie Boucher, commissaire de l’événement, « les œuvres choisies dans l’exposition Intrus / Intruders s’avèrent, pour la plupart, assez aisées à repérer. » Mélanie Boucher, « Intrus, mais qu’à moitié », Intrus / Intruders, Québec, MNBAQ, 2008, p. 20. .
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