[In French]
En pénétrant dans la petite pièce blanche, mon regard se fixe sur le dos dénudé de Kira O’Reilly; celui-ci est tailladé, couvert de marques, légèrement ensanglanté. Je regarde droit devant moi et aperçois mon propre reflet tandis que je me tiens dans l’embrasure de la porte. En face de nous, un énorme écran de télévision transmet en direct l’image vidéo de l’artiste, qui est assise sur une chaise recouverte d’une serviette blanche, à côté de laquelle est placée une autre chaise, vide, nous renvoyant l’image de nous-mêmes spectateurs. Mes mains, moites, ont altéré la couleur des gants chirurgicaux qu’on nous a demandé d’enfiler avant d’entrer. La pièce entière semble électrisée et, lorsque l’artiste m’invite à prendre place à ses côtés, ma peur atteint son paroxysme.
O’Reilly fait de son mieux pour me mettre à l’aise en prononçant quelques paroles réconfortantes; son ton et le choix de ses mots évoquent ceux d’une psychothérapeute qu’on vient consulter. Ils visent à rendre la scène psychologique que nous allons partager aussi sécurisante que possible. Son attitude hyper rassurante à mon endroit a un but : me laisser envisager la possibilité d’accepter l’invitation glissée dans l’enveloppe scellée que l’on m’a remise avant d’entrer, en attendant que ce soit « mon tour ». À moi donc de décider si je vais accepter de pratiquer sur son épiderme la courte incisiondictée sans équivoque sur le carton d’invitation. Un cadre des plus sécurisants pour un acte risqué : la conscience d’être surveillée ne contribue pas à diluer ou à dissiper la tension – bien au contraire, elle ne fait que l’amplifier.
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