La jeune critique
[In French]
ESSE, contre vents et marées, sort son no 8, qui a fier allure. Contre vents et marées? Oui, et ce n’est pas parce que nous avons déménagé notre «siège social» à Honolulu ou Hawaï (!) mais bien parce que les conditions de réalisation et de production de chaque numéro sont telles qu’à chaque parution nous sommes les premiers surpris. Surpris d’être là, surpris aussi du résultat final qui se contrôle, vu nos moyens et nos visées, jusqu’à une certaine limite. Cette part de hasard est cependant plus stimulante qu’inquiétante étant donné le comité de rédaction qui, avec l’appui de proches collaborateurs, se charge d’en assurer la cohésion. Cohésion qui, nous prenons plaisir à le souligner, est plus marquée ce numéro-ci. ESSE a bel et bien — attention, voilà l’énormité — le goût du Québec! S’il s’agit d’un parti pris, il ne nous empêche cependant pas d’être critique, au contraire. Notre réflexion se trouve renforcée d’une part puisque nous avons circonscrit notre champ d’action et d’autre part parce que nous aimons les défis, et penser (panser?) la santé culturelle du Québec en ce moment, en est tout un!
Bref, ESSE a le Québec à œil. Cette vigilance s’applique au fil des chroniques ainsi que dans le dossier, consacré cette fois à la (jeune) critique. Parlant du dossier, on y critique la critique sur tous les tons. Certaines préoccupations communes se font à jour cependant. On insiste sur la nécessaire liberté d’action des critiques qui doivent rester à l’abri des conflits d’intérêt afin de mieux exercer leur jugement. On s’interroge aussi sur les procédés d’infiltration que semble souvent privilégier la jeune critique : pénétrer les institutions et les revues déjà existantes, passe encore, mais les critiquer en proposant des alternatives notamment, c’est mieux. Se dégage aussi de l’ensemble des textes d’une volonté de s’occuper davantage du système culturel, des réseaux qui le constituent et non uniquement de l’objet (événement et œuvres).