Willem de Rooij, Intolerance, 2010, Melchior d’Hondecoeter, Pelican and Other Waterfowl in a Park, c. 1650-1700, Gemäldegalerie, Staatliche Museen zu Berlin.
Photo : Jens Ziehe, © Staatliche Museen zu Berlin, permission de | courtesy of Galerie Chantal Crousel, Paris
Au cours des deux dernières décennies, nombre d’institutions muséales ont invité des artistes à construire des expositions, parfois à partir de leurs collections ou avec leur appui logistique. On peut penser aux projets « carte blanche » du Palais de Tokyo, à la série Unilever de la Tate Modern ou encore au programme Artiste en résidence du Musée McCord. Au-delà des invitations lancées par des musées, on assiste à l’émergence de pratiques artistiques qui intègrent des stratégies commissariales et où l’exposition sert de dispositif. À partir d’une conception de l’artiste comme commissaire, je propose d’utiliser le terme « art commissarial », qui pourrait regrouper essentiellement les expositions mises en œuvre et déterminées par des artistes, qu’elles soient conceptuelles, critiques ou collaboratives. Ces initiatives méthodologiques soulèvent certes des questions. Quelle place laisse-t-on à la création dans les démarches commissariales ? Les artistes ont-ils une plus grande licence de pratique que les commissaires ? Comment établir un cadre éthique adapté à l’utilisation, à l’appel ou à la commande d’œuvres ? Comment la notion d’auteur, inhérente à l’acte de création, est-elle affectée par les démarches collaboratives ou de coproduction ?

Ces questions seront explorées à la lumière de l’exposition Intolerance, de l’artiste néerlandais Willem de Rooij, laquelle constitue un cas exemplaire d’art commissarial. Mais avant d’aborder spécifiquement ce projet, faisons un retour sur le cycle de trois expositions qui ont précédé Intolerance, voire lui ont préparé le terrain. En 2006, De Rooij présente une première exposition à la galerie Chantal Crousel de Paris, où il introduit son intérêt pour la peinture de Melchior d’Hondecoeter (Utrecht, 1636-1695). De ce dernier, De Rooij utilise le tableau intitulé A Pelican and Other Birds near a Pool – aussi connu sous le vocable « The Floating Feather » – pour les invitations à son vernissage et comme titre de son projet. The Floating Feather réunit, dans la galerie parisienne, trois ensembles : une sculpture d’Isa Genzken, une vidéo double de Keren Cytter et des vêtements de haute couture de la designeure sino-­hollandaise Fong-Leng. À la fin des années 1970, Fong-Leng traduisait, avec ses robes-manteaux, le passage du flower power aux prémices du punk. Dans l’installation de Willem de Rooij, les robes-manteaux sont présentées comme des sculptures : en exposant dans une galerie ces objets qui ont été créés « en marge » de l’art, De Rooij leur donne un nouveau point d’appui. Une deuxième exposition confirme l’intérêt de De Rooij pour l’art commissarial, cette fois à la galerie Daniel Buchholz, à Cologne. Intitulé Birds in a Park, d’après une peinture de D’Hondecoeter, ce deuxième volet est similaire à The Floating Feather en ce sens que De Rooij collabore avec les mêmes artistes ; néanmoins, les éléments diffèrent et se retrouvent dans une nouvelle mise en espace.

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