Tsai Ming-liang
Tsai Ming-liangIt’s a dream, 2007.
Photo : permission de Taipei Fine Arts Museum
Si l’esprit ne se fait pas image, il sera anéanti comme le reste du monde.
Simon le magicien
[In French]
Difficile de nommer cette évidence sensible qui transit l’espace ­métropolitain branché et, de manière presque imperceptible, délimite et ­pasteurise les existences. Dans le milieu de l’art, ce séjour indéfiniment prolongé dans le relationnel abstrait se vérifie en premier lieu à ce désir d’installer des situations propices à « l’interaction », afin de remédier à un supposé manque de « communication ». Anesthésie procédurale en grand style, qui recoupe la disposition étudiée des corps dans ­l’espace si ­soyeusement quadrillé de l’intersubjectivité. Une ritournelle de la ­maternelle tournoie dans l’air du temps : « C’est mon corps, c’est mon corps, ce n’est pas le tien » – puis la cloche sonnera et ce sera l’heure de la performance. 

Cette vaste entreprise d’exposition/privatisation de l’existence, dont l’art contemporain n’est souvent que le triste symptôme, nous avons ­l’habitude de la penser sous le signe du spectacle et du règne de l’image. De Benjamin à Debord, de Baudrillard à Deleuze et Guattari, tous s’­accordent pour dire que l’aliénation de l’humanité atteint son comble lorsque sa destruction est vécue sur le mode esthétique. Dans un passage devenu classique de l’Anti-Œdipe, le problème est posé en ces termes : 

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This article also appears in the issue 63 - Mutual Actions
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