Catherine Béchard & Sabin HudonLes temps individuels, galerie Laroche/Joncas, Montréal, 2011-2012.
Photo  : permission des artistes
[In French]
Présentée à la galerie Laroche/Joncas l’hiver dernier1 1  - Du 31 janvier au 31 mars 2013., Les temps individuels, dernière création du duo d’artistes montréalais Catherine Béchard et Sabin Hudon, est une installation cinétique et sonore qui « parle » de silence. À l’origine de la réflexion qui a nourri le projet se trouve 4’33’’ de John Cage, pièce pour piano qui se joue en trois mouvements annotés tacet (« il se tait », en latin) : l’interprète, au piano devant la partition, la joue en ne la jouant pas. De là – du silence et de ce qui le compose, ou pas –, Béchard et Hudon ont commencé par l’élaboration d’un schéma qui interroge la nature du silence : de quoi est-il constitué ? Comment agit-il ? Le schéma en question dessine un parcours irrégulier en aménageant des intervalles de silence entre les mots de ce qui forme finalement une phrase, ou plutôt une longue question composite : (respiration) qu’est-ce que le silence?  est-ce  l’espace  entre les mots?  (respiration)  le plein  ou  le vide?  est-ce que le silence  va  de rien  vers  quelque chose?  ou  de  quelque chose  vers  nulle part?  est-il  composé  de bruits?  est-il  monochrome?  vent?  souffle?  battant?  (respiration)  intervalle  inframince?  écoute  possible  musique  immatériel  et  mouvement?  hyperespace?  figure?  varié?  ou silence ?

Tirée à trente exemplaires, la sérigraphie Sans titre – 2012 où figure ce schéma est présentée au mur, un peu en retrait, comme en exergue de l’installation, laquelle se déploie d’abord au sol de manière très évidente. Une prolifération de fils strie le plancher d’un insistant tracé circulaire – circulation même des sons de « souffles » que l’on perçoit de manière sporadique alors qu’on déambule attentivement autour des dispositifs. Ces derniers, formés « de haut-parleurs enchâssés dans les couvercles de bocaux de verre de formats variés », sont posés « sur des feutrines et sont recouverts d’une cloche de verre qui se soulève à l’aide d’un système de poulies électromécanique2 2 - Extraits tirés du texte de présentation de l’œuvre sur le site web des artistes (http://bechardhudon.com/projects/les-temps-individuels-2011-2012/). ». Les cloches, qui sont en fait de grands et larges vases, se soulèvent dans un très lent va-et-vient qui évoque une forme de suspension. Béchard parle de « temps suspendu » qui mettrait à l’épreuve le spectateur et son mécanisme de perception. Semblablement à La chute des potentiels3 3 - La chute des potentiels fut présentée, en 2010, à TINA B – The Prague Contemporary Art Festival et à la Galerie B-312 (Montréal), puis à AXENÉO7 (Gatineau) en 2011., il s’agit de faire l’expérience d’une « posture d’attente de l’œuvre » (Béchard), laquelle se caractérise plus par ses temps d’arrêt que par ses temps d’action. Alors que La chute des potentiels suspend littéralement l’émission sonore au bout de ses cannes à pêche, Les temps individuels propose un rapport indirect entre la suspension des cloches et les sons, qui d’ailleurs sont ici enregistrés et programmés, alors que ceux de La chute des potentiels sont générés par le contact direct des matériaux.

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This article also appears in the issue 79 - Re-enactment
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