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{"id":164635,"date":"2016-01-15T18:30:00","date_gmt":"2016-01-15T23:30:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/chronique\/borderline\/"},"modified":"2022-05-25T15:33:32","modified_gmt":"2022-05-25T20:33:32","slug":"borderline","status":"publish","type":"chronique","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/columns\/borderline\/","title":{"rendered":"Borderline"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes les terres sont d\u00e9sormais revendiqu\u00e9es, plus personne ne peut nomadiser son chemin en paix, impossible d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019obligation d\u2019un passeport et au sortil\u00e8ge des trac\u00e9s frontaliers. Ceux-ci, et la s\u00e9dentarisation qu\u2019ils imposent, ont pr\u00e9cipit\u00e9 la disparition des cultures nomades. Lourde perte, puisque le nomade avait l\u2019instinct du lieu et du territoire, le sens du temps et du retour. Ce ne sont pas les d\u00e9placements p\u00e9riodiques des <em>snowbirds<\/em> et autres migrants du dimanche qui feront revivre l\u2019essence du nomadisme\u2009: cet imaginaire fait d\u2019\u00e9gards pour la nature et le vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Au registre des corps de m\u00e9tier p\u00e9rilleux qu\u2019ont fabriqu\u00e9s les strat\u00e9gies frontali\u00e8res iniques, il y a ceux \u00e0 courte esp\u00e9rance de vie\u2009: le lanceur de cailloux des territoires occup\u00e9s, et le sauteur de cl\u00f4tures barbel\u00e9es. \u00c0 l\u2019inverse, dans le domaine des grosses affaires que favorise le d\u00e9pe\u00e7age g\u00e9opolitique, quelques m\u00e9tiers sont de retour en vogue\u2009: le fabricant de vestes de sauvetage, et le manufacturier de pelles \u00e0 tunnel.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 nos inqui\u00e9tudes concernant les d\u00e9sordres g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s de la g\u00e9opolitique mondiale, nous avons rencontr\u00e9 une Garde-Fronti\u00e8re d\u2019exp\u00e9rience. De bornes en lisi\u00e8res, la d\u00e9nicher ne fut pas ais\u00e9. Il ne fut pas plus facile de sp\u00e9culer sur ses orientations\u2009: de quel c\u00f4t\u00e9 de la Fronti\u00e8re se situe cette femme <em>borderline<\/em>&nbsp;? \u00e0 gauche ou \u00e0 droite&nbsp;? est-elle hostile ou cordiale&nbsp;? ying ou yang&nbsp;? veg ou omni&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Du nord au sud, nous lui avons pos\u00e9 quelques questions pi\u00e8ges lors d\u2019une br\u00e8ve entrevue qui eut lieu en zone neutre.<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">AU NORD<\/h5>\n\n\n\n<p><strong>Ces jours-ci, quelles sont les origines ethniques qui conduisent in\u00e9vitablement une garde-fronti\u00e8re nord-am\u00e9ricaine \u00e0 la suspicion\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.-F.<\/strong>\u2009: Officiellement, le pr\u00e9jug\u00e9 raciste n\u2019existe pas chez les garde-fronti\u00e8res. Aux diff\u00e9rents postes frontaliers, lieux d\u2019\u00e9quit\u00e9, tous sont \u00e0 la fois \u00e9gaux, suspects et innocents, il n\u2019y a pas de&nbsp;diff\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais officieusement, \u00e7a d\u00e9pend de la temp\u00e9rature\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre question&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Vous n\u2019\u00eates certainement pas enti\u00e8rement coriace. Avez-vous souvenir d\u2019une exp\u00e9rience frontali\u00e8re&nbsp;\u00e9mouvante\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>(Subitement, yeux mi-clos et \u00e9paules basses, comme si elle venait d\u2019ouvrir le double-fond de son \u00e2me et n\u2019y trouvait personne, elle se met \u00e0 chantonner ces quelques mots rendus c\u00e9l\u00e8bres par Johnny Cash\u2009: <em>Because you\u2019re mine, I walk the&nbsp;line.<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.-F.<\/strong>\u2009: Oui. Pendant quelques ann\u00e9es, alors que j\u2019\u00e9tais petite, ing\u00e9nue mais convaincue, mon d\u00e9sir le plus ardent \u00e9tait d\u2019aller visiter Frontier Town.<\/p>\n\n\n\n<p>Situ\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, \u00e0 North Hudson dans les Adirondacks, de 1952 \u00e0 1998 Frontier Town proposait \u00e0 ses visiteurs de vivre une aventure western typique, avec cowboys, indiens, sa cavalerie claironnante et son lot de morts. Th\u00e9\u00e2tre inclusif et hyperr\u00e9aliste, le spectacle promettait de vous faire rencontrer Jesse James, Red Bull ou Calamity Jane, puis d\u2019assister \u00e0 leurs assassinats respectifs. L\u2019aventure offrait une plong\u00e9e au c\u0153ur des mythes fondateurs de l\u2019Am\u00e9rique. \u00c9videmment, \u00e0 six ans, je n\u2019\u00e9tais pas en \u00e2ge de saisir l\u2019ampleur de cette exp\u00e9rience pr\u00e9tendument fondatrice. Je ne d\u00e9sirais qu\u2019abattre quelques indiens, vite fait bien fait. H\u00e9las, je n\u2019ai jamais pu vivre ce happening frontalier initiatique, l\u2019aventure \u00e9tant trop couteuse pour les moyens familiaux. Pourtant je soup\u00e7onne mon p\u00e8re, camionneur et braconnier, d\u2019avoir d\u00e9sir\u00e9 cette travers\u00e9e frontali\u00e8re plus que moi.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Et aujourd\u2019hui, les fronti\u00e8res ont-elles fini de vous \u00e9tonner\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.-F.<\/strong>\u2009: Apr\u00e8s une quarantaine d\u2019ann\u00e9es de service ininterrompu aux lignes, j\u2019en arrive \u00e0 les ressentir physiquement (m\u00eame celles, nombreuses, invisibles \u00e0 l\u2019\u0153il nu). Alors que le commun des corps vagabonds s\u2019avance dans les fourr\u00e9s touffus sans se douter d\u2019o\u00f9 s\u2019arr\u00eate son territoire prescrit et d\u2019o\u00f9 commence celui du voisin, le franchissement de d\u00e9limitations territoriales se manifeste en moi de diverses mani\u00e8res, dramatiquement, mais sans gravit\u00e9\u2009: acouph\u00e8nes bizarro\u00efdes, plaques subites d\u2019ex\u00e9ma aux orteils, dressement radical et instantan\u00e9 de toute pilosit\u00e9, et perte totale du contr\u00f4le de l\u2019\u0153il gauche.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque dans un nord pr\u00e8s de chez vous je traverse la pin\u00e8de, je sais intuitivement o\u00f9 se termine le terrain municipal et o\u00f9 commence la Terre de la Couronne. Je n\u2019ai aucune explication logique \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne, disons simplement que j\u2019ai somatis\u00e9 le territoire. Notre profession nous d\u00e9forme plus qu\u2019elle ne nous forme\u2009: c\u2019est une expression de mon p\u00e8re \u2013 camionneur sa vie enti\u00e8re je vous le rappelle \u2013, qui conservait la position assise m\u00eame \u00e0 l\u2019horizontale, alors qu\u2019il s\u2019assoupissait dans un lit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Avez-vous un imaginaire frontalier po\u00e9tique, sorte de jardin&nbsp;secret&nbsp;limitrophe\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.-F.<\/strong>\u2009: Je ne suis ni po\u00e9tesse ni port\u00e9e sur le lyrisme topographique, mais je me plais tout de m\u00eame \u00e0 fantasmer des milliards de fronti\u00e8res, et j\u2019aime penser qu\u2019elles se multiplient d\u2019une mani\u00e8re exponentielle. Luxuriance et intense diss\u00e9mination de ces d\u00e9marcations territoriales dont je fais ici une liste&nbsp;vagabonde\u2009: fronti\u00e8res de bornes perdues dans de hauts alpages, fronti\u00e8res de fleuves infranchissables gard\u00e9es par des monstres marins, fronti\u00e8res de citadelles anciennes et d\u2019interminables murailles, fronti\u00e8res spectaculaires avec gardes suisses, arches et fanions, fronti\u00e8res de bruits du bout du monde, d\u2019iles d\u00e9sertes et de d\u00e9serts sans fin, fronti\u00e8res de Patagonie, de cannibales et de r\u00e9ducteurs de&nbsp;t\u00eates.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Quel plaisir que cette entrevue, \u00e7a nous change des habituels questionnaires frontaliers&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 quoi servent les fronti\u00e8res\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.-F.\u2009<\/strong>: Je r\u00e9ponds avec une formule toute faite apprise \u00e0 l\u2019IDG (Institut Douanier de Gatineau)\u2009: elles offrent une contenance \u00e0 l\u2019humanit\u00e9, celle-ci ayant une tendance au d\u00e9bordement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\" style=\"text-transform:uppercase\"><em>No man\u2019s land<\/em><\/h5>\n\n\n\n<p>Dystopie\u2009: nombreux seront les r\u00e9sidents permanents dans les <em>no man\u2019s lands<\/em> et autres lieux <em>heimatlos<\/em>. Imaginons une f\u00e9d\u00e9ration de toutes ces zones d\u2019incertitudes. Imaginons une internationale constitu\u00e9e de ces millions d\u2019apatrides, sans drapeaux, tous une b\u00eache en guise d\u2019\u00e9tendard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014<\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong>AU SUD<\/strong><\/h5>\n\n\n\n<p><strong>Y a-t-il des lieux o\u00f9 nous ne sommes jamais all\u00e9s\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.-F.<\/strong>\u2009: Les g\u00e9ographes vous diront que nous sommes all\u00e9s partout, que cette plan\u00e8te est sans ombre. Par \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb bien s\u00fbr ils veulent dire \u00ab&nbsp;eux, les g\u00e9ographes, anthropologues et autres explorateurs&nbsp;\u00bb, eux qui <em>d\u00e9-couvrent<\/em> \u00e0 c\u0153ur vaillant sans coloniser. Mais c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019ils ont tout d\u00e9couvert qu\u2019il nous faut chercher plus loin des lieux o\u00f9 se perdre \u00e0 leur insu, des lieux recouverts. \u00ab&nbsp;Vous trouverez le lieu des errances d\u2019Ulysse lorsque vous aurez trouv\u00e9 le cordonnier qui a cousu l\u2019outre des vents&nbsp;\u00bb, disait \u00c9ratosth\u00e8ne. Je me plie et replie \u00e0 cet avis\u2009: il existe autant de lieux o\u00f9 nous n\u2019avons pas mis les pieds que d\u2019esprits capables de les fantasmer, ou que d\u2019artisans pouvant assembler les courants d\u2019air qui enflent les voiles de ceux qui se disposent au voyage. Certes, quelques lieux chim\u00e9riques sont plus \u00e9difiants que d\u2019autres\u2009: le royaume Shambhala, cach\u00e9 au creux de l\u2019Himalaya, a \u00e9tourdi certains esprits s\u00e9rieux. Qu\u2019il faille s\u2019y rendre en charriot c\u00e9leste, selon plusieurs l\u00e9gendes, n\u2019a pas vex\u00e9 les plus t\u00e9m\u00e9raires. Plus on cherche Shambhala, plus il se recouvre, plus il s\u2019\u00e9loigne.<\/p>\n\n\n\n<p>Dommage qu\u2019il n\u2019y ait plus d\u2019Eldorado \u00e0 trouver, f\u00e2cheux que cette contr\u00e9e mythique se soit \u00e9vanouie, elle \u00e9tait commode pour liquider les excit\u00e9s. Confier la qu\u00eate de l\u2019Eldorado \u00e0 un conquistador, c\u2019\u00e9tait le moyen id\u00e9al de s\u2019en d\u00e9barrasser\u2009: des promesses en or, une immensit\u00e9 o\u00f9 se perdre et le scorbut en prime. Douce \u00e9poque de la g\u00e9opolitique chim\u00e9rique&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Avez-vous v\u00e9cu une exp\u00e9rience frontali\u00e8re extr\u00eame\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.-F.<\/strong>\u2009: \u00c0 la fronti\u00e8re du Mexique, oui certainement\u2009! \u00c0 San Diego en 2005, j\u2019ai fait un stage de perfectionnement au c\u00f4t\u00e9 de la United States Border Patrol, des gens s\u00e9rieux, ils innovent sans cesse. Ces experts \u00e8s \u00e9tanch\u00e9it\u00e9 imaginent dans les fronti\u00e8res une trace de morale qu\u2019ils croient disparue partout ailleurs. Ils n\u2019ont qu\u2019une obsession\u2009: humilier les trafiquants et les ill\u00e9gaux en \u00e9rigeant un rempart \u00e9thique, herm\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour le contingent canadien auquel j\u2019appartenais, ce stage consistait \u00e0 observer l\u2019imperm\u00e9abilit\u00e9 de cette fronti\u00e8re l\u00e9gendaire qui conduit de San Diego \u00e0 Tijuana. N\u2019oubliez pas que le poste frontalier San Ysidro\/El Chaparral est le plus emprunt\u00e9 du monde, quarante-et-un-millions-quatre-cent-dix-sept-mille-cent-soixante-quatre individus ont travers\u00e9 ce seul poste l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 j\u2019y fus. C\u2019est une moyenne de cent-treize-mille-quatre-cent-soixante-et-onze personnes par jour\u2009!<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fut un stage \u00e9prouvant, mais j\u2019ai alors compris qu\u2019il fallait repenser la fronti\u00e8re, cette r\u00e9alit\u00e9 sans cesse d\u00e9ni\u00e9e et inlassablement r\u00e9affirm\u00e9e, en s\u2019inspirant des lisi\u00e8res flexibles et poreuses qui caract\u00e9risent les fronti\u00e8res linguistiques et culturelles\u2009: Bienvenidos mis&nbsp;amigos\u2009!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans ce m\u00e9tier, qu\u2019y a-t-il de plus impr\u00e9visible\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.-F.<\/strong>\u2009: Les parachutistes\u2009: on ne les voit jamais venir, et on se sait pas de quel c\u00f4t\u00e9 ils vont&nbsp;tomber.<\/p>\n\n\n\n<p>(Puis, comme on serre entre les doigts un grigri ou un autre objet transitionnel, elle enchaine un extrait de la chanson de Cash\u2009: <em>Because you\u2019re mine, I walk the line \/ I keep my eyes wide open all the time.<\/em>)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Est-ce qu\u2019une fronti\u00e8re se recoud\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.-F.<\/strong>\u2009: Je ne sais pas si la couture est une activit\u00e9 frontali\u00e8re concevable, mais je sais qu\u2019une fronti\u00e8re ne se recoud pas avec un fil de b\u00e9ton&#8230; Je vous explique. En 1998 on m\u2019envoie en Bosnie afin d\u2019\u00eatre m\u00e9diatrice aupr\u00e8s des EUROFOR dans le dossier \u00ab&nbsp;Bobsleigh&nbsp;\u00bb de Sarajevo. On me briefe sur le probl\u00e8me dans l\u2019avion\u2009: la longue glissoire de b\u00e9ton (1,3 kilom\u00e8tre), construite \u00e0 l\u2019occasion des Jeux olympiques de 1984, a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019abandon apr\u00e8s le si\u00e8ge de Sarajevo en 1992. Ondulant dans la montagne de Trebevic \u00e0 travers deux juridictions antagonistes, la F\u00e9d\u00e9ration de Bosnie-Herz\u00e9govine et la R\u00e9publique serbe de Bosnie \u2013 deux zones nouvellement d\u00e9clar\u00e9es ind\u00e9pendantes \u2013, elle est dans un \u00e9tat lamentable. La mission qui m\u2019est impartie consiste \u00e0 former un comit\u00e9 transnational qui a pour objectif de remettre la piste de bobsleigh en fonction. Trois raisons motivent cette mission\u2009: 1. Ce toboggan g\u00e9ant est le symbole d\u2019une potentielle r\u00e9conciliation\u2009; 2. On craint l\u2019adoration de sa ruine par des yougostalgics\u2009; 3. Certaines courbes sont nidifi\u00e9es par des punks \u00e0 chien.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s quelques semaines de palabres inutiles, cette mission a lamentablement \u00e9chou\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Soyons sagaces, je crois qu\u2019il faut parfois, ici et l\u00e0, laisser rayonner les traces de l\u2019\u00e9chec \u2013 le pouvoir des ruines est plus subtil que celui des monuments comm\u00e9moratifs.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Y aurait-il un soup\u00e7on d\u2019humanit\u00e9 cach\u00e9e aux fronti\u00e8res\u2009?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>G.-F.<\/strong>\u2009: Je c\u00e8de la parole \u00e0 un arbre, nous le faisons trop rarement\u2009: \u00ab&nbsp;Puissent nos cimes vous instruire. Regardez les lignes lumineuses qui craqu\u00e8lent notre canop\u00e9e. Nous \u00e9vitons que nos feuilles s\u2019entrecroisent en laissant s\u2019ouvrir entre chacun de nous une fente de timidit\u00e9. C\u2019est la modestie qui emp\u00eache les fronti\u00e8res de s\u2019imposer comme d\u00e9chirures. L\u2019\u00e9cart l\u00e9ger entre nos feuillages laisse p\u00e9n\u00e9trer la lumi\u00e8re et emp\u00eache les parasites de sauter de branche en branche.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En terminant j\u2019ajoute, parole d\u2019arbre toujours\u2009: \u00ab&nbsp;Nos fronti\u00e8res ne crient pas \u201ctu ne peux pas entrer\u201d, elles disent seulement \u201c\u00e0 partir d\u2019ici, je pr\u00e9f\u00e8rerais ne pas m\u2019avancer davantage\u201d. La fronti\u00e8re est sereine, voyez-vous, lorsqu\u2019elle d\u00e9coule de nous-m\u00eames naturellement \u2013 comme une marge de retenue \u2013, plut\u00f4t que maintenue contre l\u2019autre. Je crois qu\u2019aux humains, il manque cette hormone de la retenue.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>Petite biographie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">L\u00e9g\u00e8rement g\u00e9omanciens \u00e0 leur mani\u00e8re (l\u2019un pour l\u2019autre, ils lisent dans la poussi\u00e8re et les feuilles mortes), les auteurs r\u00eavent de cimes enjou\u00e9es. Nostalgiques des temps nomades, ils marchent tout ce&nbsp;qu\u2019ils peuvent.<\/p>\n<div style='display: none;'>Catherine Lavoie-Marcus, Michel F C\u00f4t\u00e9<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Schizes en compagnie d\u2019une\u00a0Garde-Fronti\u00e8re<\/br>","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"template":"","categories":[156,887],"numeros":[6517],"disciplines":[],"statuts":[],"checklist":[],"auteurs":[985,912],"artistes":[],"thematiques":[],"type_chronique":[512],"class_list":["post-164635","chronique","type-chronique","status-publish","hentry","category-chronique","category-column","numeros-86-geopolitics-en","auteurs-catherine-lavoie-marcus-en","auteurs-michel-f-cote-en","type_chronique-schize-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/chronique\/164635","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/chronique"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chronique"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=164635"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=164635"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=164635"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=164635"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=164635"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=164635"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=164635"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=164635"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=164635"},{"taxonomy":"type_chronique","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_chronique?post=164635"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}