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{"id":171249,"date":"2012-09-04T18:50:00","date_gmt":"2012-09-04T23:50:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/chronique\/le-paradoxe-pinceau\/"},"modified":"2024-10-17T13:30:15","modified_gmt":"2024-10-17T18:30:15","slug":"le-paradoxe-pinceau","status":"publish","type":"chronique","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/columns\/le-paradoxe-pinceau\/","title":{"rendered":"Le paradoxe <em>pinceau<\/em>"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>Pinceau<\/em>, l\u2019homme<\/h2>\n\n\n\n<p>1. En peinture comme en toutes choses, la soustraction est plus troublante que l\u2019addition.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes plusieurs \u00e0 avoir connu <em>Pinceau<\/em>. Comme son surnom l\u2019indique, c\u2019\u00e9tait un peintre. <em>Pinceau<\/em> n\u2019a jamais expos\u00e9, il \u00e9tait pudique et sans vell\u00e9it\u00e9 de reconnaissance. Il aimait cet anonymat paisible dans lequel il tentait de vivre sa vie. Pour ses besoins essentiels, il avait tout pr\u00e9vu en compagnie d\u2019une vieille tante admiratrice, femme aimable et ais\u00e9e. Sur ce point, <em>Pinceau<\/em> fut chanceux.<\/p>\n\n\n\n<p>Dou\u00e9 d\u2019une personnalit\u00e9 tranquille et peu dispos\u00e9 aux coups d\u2019\u00e9clat, Pierre <em>Pinceau<\/em> Ginceau sortait rarement, recevait souvent, et \u00e9vitait toute manifestation publique hors du proche p\u00e9rim\u00e8tre de son atelier-r\u00e9sidence. Fils unique de parents morts, sans famille (sauf pour sa bienfaitrice) et sans enfant, il avait l\u2019habitude des jours solitaires, heureux de n\u2019en faire qu\u2019\u00e0 sa t\u00eate. Par m\u00e9connaissance, il fut trop h\u00e2tivement cat\u00e9goris\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 des artistes misanthropes. Il est vrai que Ginceau pr\u00e9f\u00e9rait les min\u00e9raux aux animaux, et que le monde v\u00e9g\u00e9tal lui \u00e9tait plus naturel, coutumier, que l\u2019univers du sport et ses nombreux rebondissements. Aussi, l\u2019activit\u00e9 incessante des insectes lui paraissait plus justifiable que celle de ses voisins, bruyants bricoleurs toujours en qu\u00eate d\u2019une nouvelle raison de s\u2019enthousiasmer.<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, <em>Pinceau<\/em> n\u2019avait pas les r\u00e9flexes d\u2019un chanteur ou d\u2019un politicien \u2013 personnages gr\u00e9gaires par d\u00e9finition \u2013, il \u00e9tait peintre, opini\u00e2tre et reclus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2009On ne peut arriver \u00e0 faire quelque chose qu\u2019en se limitant \u00e0 un domaine extr\u00eamement petit. Jusqu\u2019\u00e0 il y a un an encore, je croyais qu\u2019il \u00e9tait beaucoup plus facile de dessiner une nappe sur une table qu\u2019une t\u00eate. En principe, je le pense encore. Mais il y a quelques mois, j\u2019ai pass\u00e9 trois ou quatre jours \u00e0 essayer de dessiner simplement la nappe sur une table ronde, et \u00e7a me semblait totalement impossible de la reproduire. En r\u00e9alit\u00e9, il faudrait ne pas l\u00e2cher la nappe jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on comprenne un peu mieux si on peut ou pas. Il faudrait sacrifier et la peinture, et les t\u00eates, et tout, et se r\u00e9duire \u00e0 rester dans une chambre, devant la m\u00eame table, la m\u00eame nappe et la m\u00eame chaise, et ne faire que \u00e7a. Je sais d\u2019avance que plus j\u2019essaierais, plus cela deviendrait difficile. Je r\u00e9duirais donc ma vie \u00e0 presque rien. Est-ce la seule chose qu\u2019il est possible de faire\u2009? Peut-\u00eatre. Je ne sais pas. En tout cas, depuis que je suis beaucoup plus sensible \u00e0 la distance entre une table et une chaise, une pi\u00e8ce devient infiniment plus grande qu\u2019avant. \u00c7a devient aussi vaste que le monde. D\u2019une certaine mani\u00e8re, \u00e7a me suffit pour vivre, \u00e7a abolit, peu \u00e0 peu, toute vell\u00e9it\u00e9 de promenade. La curiosit\u00e9 de voir quelque chose d\u2019autre se r\u00e9duit, puisqu\u2019un verre sur une table m\u2019\u00e9tonne beaucoup plus qu\u2019avant.\u2009\u00bb \u2013 <em>Pinceau<\/em>, extrait d\u2019une entrevue non publi\u00e9e, novembre 1991.<\/p>\n\n\n\n<p>Unilat\u00e9ralement Montr\u00e9alais du premier au dernier jour de sa vie, urbain incurable, il aura r\u00eav\u00e9 du ciel des paysages campagnards toute son existence. L\u2019id\u00e9e de ne plus pouvoir accueillir fr\u00e9quemment \u2013 distance oblige \u2013 ses proches (amis, amours et fid\u00e8les) l\u2019emp\u00eacha de prendre le large vers la rar\u00e9faction sociale qu\u2019induit le paysage rural. \u00c0 ce sujet, il fut particuli\u00e8rement \u00e9motif dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9 \u00e0 la mi-temps du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent, le 2 mai 1950 \u00e0 Montr\u00e9al (h\u00f4pital Maisonneuve), il meurt le 31 ao\u00fbt 2005 au Jardin botanique de Montr\u00e9al, sous un grand m\u00e9l\u00e8ze fatigu\u00e9. Son atelier-r\u00e9sidence \u00e9tant \u00e0 six kilom\u00e8tres du Jardin, il fit probablement une de ses plus longues promenades pour aller mourir sous un arbre.<\/p>\n\n\n\n<p>En 34 ann\u00e9es d\u2019activit\u00e9 professionnelle, Pierre Ginceau aura r\u00e9alis\u00e9 408 \u0153uvres de diff\u00e9rents formats, en utilisant diff\u00e9rentes techniques sur diff\u00e9rents supports&nbsp;: 198 portraits \u00e0 l\u2019huile sur panneau de bois, 89&nbsp;natures mortes (vaguement figuratives) en cerra-colla sur panneau de bois (toutes de petit format, 10\u201d x 10\u201d), 62 \u00e9tudes physionomiques sur papier (technique mixte, encre et fusain), 43 portraits de groupe \u00e0 l\u2019acrylique sur toile (grand format), 12 abstractions formalistes \u00e0 l\u2019huile sur toile (s\u00e9rie des <em>Profondeurs b\u00e9antes<\/em>), et 4 fresques murales \u00e0 l\u2019huile (peintes sur les murs de son atelier, une ancienne \u00e9curie minutieusement r\u00e9am\u00e9nag\u00e9e). Au total, exactement 12 \u0153uvres par ann\u00e9e, pr\u00e9cis\u00e9ment une par mois pendant 408 mois d\u2019affil\u00e9e. Ginceau aimait l\u2019horlogerie, son univers \u00e9tait construit de minuscules r\u00e9currences infinies.<\/p>\n\n\n\n<p>2. \u00ab\u2009La recherche est chaque jour plus d\u00e9pendante de la technique, des statistiques, du chiffre pur, des leviers et des vis, des microscopes et des t\u00e9lescopes. Le chercheur n\u2019attend plus \u00e0 l\u2019aff\u00fbt, guettant le papillon de nuit d\u2019une esp\u00e8ce rare qui lui appara\u00eetra\u2009; il n\u2019est qu\u2019un fonctionnaire, dans des chasses forc\u00e9es. Des types humains r\u00e9pugnants r\u00f4dent aux lisi\u00e8res de la science, des arts et des bois, comme le vieillard hardi et impuissant qui chronom\u00e8tre <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019orgasme<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Pierre Ginceau, extrait de <em>L\u2019Attache d\u2019un nez<\/em>, recueil de textes in\u00e9dits.<\/span>.\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Avec l\u2019\u00e2ge, <em>Pinceau<\/em> Ginceau devint pessimiste. Candidement, il insistait en disant&nbsp;: \u00ab\u2009Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de vivre au-del\u00e0 de 50 ans, l\u2019exc\u00e9dent ne serait que mortifiant.\u2009\u00bb Nul besoin d\u2019\u00eatre enti\u00e8rement d\u2019accord avec lui, \u00e0 chacun sa limite. Ginceau a trouv\u00e9 la sienne plus tard que pr\u00e9vu, puisqu\u2019il est mort \u00e0 55 ans. Il fut donc en \u00e9tat de mortification pendant les cinq derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie. Artistiquement, celles-ci sont g\u00e9n\u00e9ralement admises comme \u00e9tant les plus significatives. C\u2019est ce que certains historiens de l\u2019art appellent maintenant \u00ab\u2009le paradoxe Pinceau\u2009\u00bb&nbsp;: se maintenir en vie co\u00fbte que co\u00fbte, en d\u00e9pit de tout, exclusivement pour l\u2019exercice de son art.<\/p>\n\n\n\n<p>3. \u00ab\u2009L\u2019\u0153uvre d\u2019art n\u2019agit pas seulement en qualit\u00e9 de signe trac\u00e9 par l\u2019esprit dans la direction de l\u2019avenir \u2013 elle interpr\u00e8te, rach\u00e8te et apaise aussi le pass\u00e9\u2009\u00bb, d\u00e9clarait-il \u00e0 la fin de ses jours.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Pinceau<\/em> \u00e9tait d\u2019une intelligence remarquable, de celle qui fait g\u00e9n\u00e9ralement d\u00e9faut aux gens de pouvoir. Ses tableaux et dessins \u00e9taient faustiens. Il aurait pu facilement vendre ses \u0153uvres aux \u00e9lites locales. Il est possible d\u2019imaginer que <em>Pinceau<\/em> a choisi l\u2019incognito m\u00e9diatique par effronterie. D\u00e9fiant, il affirmait qu\u2019\u00ab\u2009il faut se m\u00e9fier des d\u00e9finitions. Aucun peintre ne devrait se laisser r\u00e9duire \u00e0 des cat\u00e9gories. Celles-ci ne disent rien sur le peintre, encore moins sur la peinture.\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>4. Nous vivons une \u00e8re dans laquelle les mots perdent de leur poids. Retenons ceux-ci de Ginceau&nbsp;: \u00ab\u2009Pour avancer, il faudrait parler plus finement du plaisir de destruction chez les enfants, de leur cruaut\u00e9 (la mise \u00e0 mort d\u2019insectes et d\u2019autres animaux en les mutilant, en les faisant souffrir) et de leur voracit\u00e9 qui ne s\u2019arr\u00eate pas devant les excr\u00e9ments, puis il faudrait aussi discuter du sujet dans l\u2019art.\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>5. Sans g\u00eane et sans esp\u00e9rance, <em>Pinceau<\/em> s\u2019imaginait comme un repr\u00e9sentant id\u00e9al du non-avenir de l\u2019humanit\u00e9. \u00ab\u2009Je voudrais un poing de fer qui p\u00e8se, qui p\u00e8se sur toutes les \u00e9paules, sur toutes les t\u00eates du genre humain, et les rendre petites, petites \u00e0 donner l\u2019impression d\u2019un troupeau de moutons, que tous se ressemblent comme dans un troupeau de moutons, ni plus ni moins, qu\u2019il n\u2019y ait pas plus de diff\u00e9rence entre homme et homme qu\u2019entre mouton et mouton.\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><em>Pinceau<\/em>&nbsp;: il n\u2019a jamais aim\u00e9 ce surnom affectueux dont ses proches l\u2019ont affubl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ce qui pourrait \u00eatre<\/h2>\n\n\n\n<p>La peinture est une bonne id\u00e9e en perte de popularit\u00e9. En cet \u00e2ge de reproductibilit\u00e9 technique syst\u00e9matique, les classes moyennes ont une relation frugale avec cette ancienne id\u00e9e. Rares sont ceux et celles qui exposent une peinture sur l\u2019un de leurs murs. Il est triste d\u2019imaginer que peu de nos concitoyens profitent des propri\u00e9t\u00e9s esth\u00e9tiques et th\u00e9rapeutiques de l\u2019art des peintres.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette m\u00eame majorit\u00e9 de citoyens qu\u00e9b\u00e9cois n\u2019a rien compris aux r\u00e9centes manifestations qui ont secou\u00e9 la tromperie tranquille de nos chefs. Comment s\u2019imaginer qu\u2019elle se fait une id\u00e9e de la peinture\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2009Devrait-on \u00eatre port\u00e9 \u00e0 croire que politiquement rien n\u2019est plus possible\u2009? Que <em>ce qui est<\/em> est pour longtemps\u2009? Que rien ne peut plus le contester\u2009? Tout y porte. En m\u00eame temps que tout porte \u00e0 dire le contraire. Le contraire exactement. Ne serait-ce que pour opposer \u00e0 <em>ce qui est<\/em>, et qui fait horreur, la possibilit\u00e9 de <em>ce qui pourrait \u00eatre<\/em>&nbsp;: une possibilit\u00e9 r\u00e9volutionnaire. \u00c0 la fin, c\u2019est de la menace d\u2019une possibilit\u00e9 r\u00e9volutionnaire que rena\u00eetra la politique. Combien de temps encore le capitalisme lib\u00e9ral continuera-t-il de pr\u00e9tendre, faussement, qu\u2019il est une <span style=\"white-space: nowrap;\">politique<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Ibid.<\/span>\u2009?\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>Carr\u00e9 rouge sur fond brun<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>Octobre 1970, Pierre Ginceau peint un tableau inhabituel, <em>Carr\u00e9 rouge sur fond brun<\/em>, une toile qui rompt radicalement avec la production ant\u00e9rieure du peintre. De grand format et cr\u00e9\u00e9e avec urgence \u2013 en quelques heures \u2013 sur la cadence des pas militaires, cette toile est une r\u00e9action col\u00e9rique aux \u00e9v\u00e9nements politiques qui \u00e9branlent alors le Qu\u00e9bec. C\u2019est une \u0153uvre engag\u00e9e, un tableau radical. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, les rares sp\u00e9cialistes, critiques et historiens de l\u2019art local qui connaissent Ginceau n\u2019ont gu\u00e8re r\u00e9agi&nbsp;: Ginceau n\u2019\u00e9tait qu\u2019un retardataire path\u00e9tique, Malevitch et les supr\u00e9matistes ayant d\u00e9j\u00e0 atteint le degr\u00e9 z\u00e9ro de la peinture 55 ans plus t\u00f4t. Tous oublient alors qu\u2019une bonne id\u00e9e peut \u00eatre reprise ad nauseam, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019elle soit entendue jusqu\u2019au bout, fond et forme.<\/p>\n\n\n\n<p>Quatre d\u00e9cennies plus tard, ce <em>Carr\u00e9 rouge sur fond brun<\/em> redevient d\u2019actualit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Pessimisme \u00e0 propos de l\u2019\u00e9volution des arts<br>et des sciences<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab\u2009Ce qui est, \u00e0 mon sens, pure mis\u00e9ricorde en ce monde, c\u2019est l\u2019incapacit\u00e9 de l\u2019esprit humain \u00e0 mettre en corr\u00e9lation tout ce qu\u2019il renferme. Nous vivons sur une \u00eele de placide ignorance, au sein des noirs oc\u00e9ans de l\u2019infini, et nous n\u2019avons pas \u00e9t\u00e9 destin\u00e9s \u00e0 de longs voyages. Les arts et les sciences, dont chacun tend dans une direction particuli\u00e8re, ne nous ont pas fait trop de mal jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent\u2009; mais un jour viendra o\u00f9 la synth\u00e8se de ces connaissances dissoci\u00e9es nous ouvrira des perspectives terrifiantes sur la r\u00e9alit\u00e9 et la place effroyable que nous y occupons&nbsp;: alors cette r\u00e9v\u00e9lation nous rendra fous, \u00e0 moins que nous ne fuyions cette clart\u00e9 funeste pour nous r\u00e9fugier dans la paix et la s\u00e9curit\u00e9 d\u2019un nouvel \u00e2ge des <span style=\"white-space: nowrap;\">t\u00e9n\u00e8bres<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - George Gammell Angell, <em>Continuity, Causality and Human Nature<\/em>, McBooks Press, 1998. [Trad. libre]<\/span>.\u2009\u00bb George Gammell Angell \u00e9tait un proche ami de Ginceau. Cet \u00e9rudit am\u00e9ricain, sociologue nihiliste surdimensionn\u00e9, eut une influence appr\u00e9ciable sur l\u2019enfermement progressif qui caract\u00e9risa les derni\u00e8res ann\u00e9es du peintre.<\/p>\n\n\n\n<p>Philanthrope d\u00e9\u00e7u, Ginceau n\u2019eut aucun mal \u00e0 s\u2019emparer des th\u00e8ses d\u00e9senchant\u00e9es de son ami \u00e9tats-unien.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9cembre 2004, ils eurent ce dernier \u00e9change \u00e9pistolaire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>G.G.A. Qu\u2019est-ce que le violet\u2009?<br>P.P.G. C\u2019est une mouche double.<\/p>\n\n\n\n<p>P.P.G. Qu\u2019est-ce que l\u2019art\u2009?<br>G.G.A. C\u2019est une coquille blanche dans une cuvette d\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>G.G.A. Qu\u2019est-ce que ton atelier\u2009?<br>P.P.G. Ce sont deux petits pieds qui marchent.<\/p>\n\n\n\n<p>P.P.G. Qu\u2019est-ce que la t\u00eate\u2009?<br>G.G.A. C\u2019est la naissance des seins.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Tableau de famille<\/h2>\n\n\n\n<p>Avant Octobre 70, Ginceau \u00e9tait un portraitiste d\u2019exception, \u00e0 mi-chemin entre Giacometti et Bacon. \u00ab\u2009La grande aventure, c\u2019est de voir surgir quelque chose d\u2019inconnu, chaque jour, dans le m\u00eame visage\u2009\u00bb, affirmait-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Ginceau \u00e9tait convaincu que la famille nucl\u00e9aire \u00e9tait une invention m\u00e9diocre. La <em>parentification<\/em> binaire lui fut insupportable. Il consid\u00e9rait tout de m\u00eame le clan \u00e9largi comme essentiel \u00e0 la survie (qu\u2019aurait-il fait sans cette tante\u2009?). Dans un esprit de suite, il n\u2019a jamais peint de portraits familiaux, mais il a fait quelques heureux portraits de la tante salvatrice.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin de ses jours, <em>Pinceau<\/em> avait l\u2019apparence d\u2019un grand m\u00e9l\u00e8ze fatigu\u00e9, n\u2019offrant plus d\u2019espoir de long\u00e9vit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Derni\u00e8re entr\u00e9e dans son journal, le 31 ao\u00fbt 2005 au matin, quelques heures avant sa mort : \u00ab\u2009Je ferai un dessin de la t\u00eate de Mario. Je copierai ce dessin sur la toile et je r\u00e9partirai les tons suivant le dessin. Puis je le ferai poser et je finirai la toile. Je travaillerai et j\u2019arriverai <em>o\u00f9 je veux<\/em>.\u2009\u00bb<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>Michel F. C\u00f4t\u00e9<\/strong> \u00c0 l\u2019\u00e2ge de 17 ans, muni de quelques croquis incertains et de deux mal\u00adheureuses sculptures en broche \u00e0 poules, C\u00f4t\u00e9 a tent\u00e9 d\u2019\u00eatre admis en arts plastiques au c\u00e9gep du Vieux-Montr\u00e9al. Il fut refus\u00e9. L\u00e0 s\u2019arr\u00eata sa carri\u00e8re d\u2019artiste visuel. Prix de consolation, il fut admis en cin\u00e9ma au c\u00e9gep Montmorency, son deuxi\u00e8me choix. Apr\u00e8s deux ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudes en campagne lavalloise, il ne fit plus jamais de cin\u00e9ma, sauf dans ses textes.<\/p>\n<div style='display: none;'>Michel F C\u00f4t\u00e9<\/div><div style='display: none;'>Michel F C\u00f4t\u00e9<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"template":"","categories":[281,887],"numeros":[3502],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[912],"artistes":[],"thematiques":[],"type_chronique":[512],"class_list":["post-171249","chronique","type-chronique","status-publish","hentry","category-archive","category-column","numeros-76-the-idea-of-painting","statuts-archive","auteurs-michel-f-cote-en","type_chronique-schize-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/chronique\/171249","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/chronique"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chronique"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=171249"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=171249"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=171249"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=171249"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=171249"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=171249"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=171249"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=171249"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=171249"},{"taxonomy":"type_chronique","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_chronique?post=171249"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}