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{"id":175408,"date":"2009-05-01T18:35:00","date_gmt":"2009-05-01T23:35:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/chronique\/vers-le-bas\/"},"modified":"2022-09-06T15:01:16","modified_gmt":"2022-09-06T20:01:16","slug":"vers-le-bas","status":"publish","type":"chronique","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/columns\/vers-le-bas\/","title":{"rendered":"Vers le bas"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ce que vaut le r\u00e9el<\/h2>\n\n\n\n<p>Il semble que notre univers repose sur un principe d\u2019entropie.<\/p>\n\n\n\n<p>Imaginons, contrairement \u00e0 Denys Arcand, que nous ne sommes jamais sortis de la barbarie. Qu\u2019il n\u2019y a pas eu de progr\u00e8s moral, ou si peu, et que la barbarie est un virus qui prend de l\u2019ampleur, \u00e0 l\u2019image de l\u2019univers qui ne cesse de se dilater. Imaginons que l\u2019esp\u00e8ce poursuit bravement sa course vers le bas\u2009; qu\u2019il n\u2019y a pas eu de meilleurs moments qu\u2019au tout d\u00e9but\u2009; et que depuis, c\u2019est une chute qui s\u2019acc\u00e9l\u00e8re (rien de \u00adchristique, tout d\u2019humain), malgr\u00e9 les moments sans histoires, et malgr\u00e9 les \u00adsi\u00e8cles lumineux. Comme si l\u2019histoire de notre esp\u00e8ce \u00e9tait celle d\u2019une \u00addisparition triomphante\u2009; l\u2019histoire d\u2019un genre lucide, mais incapable de vivre autrement que dans une totale d\u00e9testation.<\/p>\n\n\n\n<p>La disparition nous fascine\u2009; c\u2019est un ensorcellement morbide. Pendant des si\u00e8cles, nous avons tent\u00e9 de soulager cette crainte de diff\u00e9rentes mani\u00e8res. Dans le d\u00e9sordre&nbsp;: omnipotence de la sexualit\u00e9, animisme, violence rituelle, eaux-de-vie et dopes diverses, certaines philosophies, quelques bondieuseries, collections de timbres, bref, un incroyable assortiment de passe-temps toutes cat\u00e9gories. \u00ab&nbsp;Excursus&nbsp;: Culture et \u00e9ternit\u00e9&#8230; Nous, \u00eatres humains, savons que nous sommes mortels \u2013 destin\u00e9s \u00e0 mourir. Il est difficile de vivre avec cette connaissance. Vivre avec une telle connaissance serait absolument impossible si ce n\u2019\u00e9tait de la culture. La culture, cette grande invention humaine (peut-\u00eatre la plus grande de toutes\u2009; une m\u00e9ta-invention, une invention mettant \u00adl\u2019inventivit\u00e9 en mouvement et rendant toutes les autres inventions \u00adpossibles), est un stratag\u00e8me qui rend la mani\u00e8re de vivre des humains, la mani\u00e8re de vivre qui entra\u00eene la connaissance de l\u2019existence de la mort, supportable \u2013 au d\u00e9fi de la logique et de la <span style=\"white-space: nowrap;\">raison<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Zygmunt Bauman, <em>Vies perdues<\/em>, Paris, Manuels Payot, 2006, p. 178.<\/span>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Baudrillard propose que l\u2019actuelle profusion des images ait pour r\u00e9sultat de faire dispara\u00eetre le r\u00e9el&nbsp;: reste \u00e0 savoir ce que vaut le r\u00e9el, puis ce que vaut le substitut. Miroir pour miroir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Parlant d\u2019ersatz, je penche pour les drogues. Je pourrais m\u2019y perdre volontiers, mais \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9picurien n\u2019est pas port\u00e9 \u00e0 l\u2019exc\u00e8s, qui mettrait son plaisir en p\u00e9ril. Il jouit du temps et des choses, en quoi il serait bien \u00adplut\u00f4t l\u2019oppos\u00e9 du toxicomane, qui peine sous le poids du temps. [&#8230;] Il a son plaisir bien en main et sait le tenir en bride \u2013 moins pour se discipliner que par \u00e9gard au plaisir lui-m\u00eame.&nbsp;\u00bb Fumer du hash pour distendre \u00ab&nbsp;les enclos du temps, de l\u2019espace, et par cons\u00e9quent du possible&nbsp;\u00bb\u2009; fumer sur le tard, car \u00ab&nbsp;celui qui se rapproche de l\u2019illimit\u00e9 a droit qu\u2019on lui accorde de vastes <span style=\"white-space: nowrap;\">limites<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Ernst J\u00fcnger, <em>Approches, drogues et ivresse<\/em>, Paris, Gallimard (Folio\/Essais), 1991, p. 10.<\/span>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis un si\u00e8cle, la prolif\u00e9ration mondiale des images est prodigieuse\u2009; l\u2019impact a \u00e9t\u00e9 discut\u00e9 intelligemment. \u00c9tonnamment, l\u2019excroissance parall\u00e8le du sonore l\u2019a \u00e9t\u00e9 beaucoup moins, et ce n\u2019est pas parce que, dans ce si\u00e8cle, les bruits et les musiques ne furent pas assourdissants. Ils furent m\u00eame miraculeux, du jamais ou\u00ef en surabondance. Un r\u00e9gal auditif.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce relatif mutisme sur l\u2019omnipr\u00e9sence du son tient probablement \u00e0 l\u2019opposition bruit\/musique. Une dichotomie pieuse, protestante et \u00adb\u00e9otienne, exclusive. Ajoutons que la musique a cette r\u00e9cente et \u00admauvaise habitude de ne s\u2019adresser qu\u2019\u00e0 l\u2019interne&nbsp;: depuis quelques \u00adsi\u00e8cles, elle s\u2019offre l\u2019illusion d\u2019un syst\u00e8me de pens\u00e9e et d\u2019\u00e9criture. Ce n\u2019est pas un progr\u00e8s, c\u2019est un recul.<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00e9n\u00e9alogie&nbsp;: d\u00e8s le d\u00e9but, la manie musicale fut propre \u00e0 l\u2019esp\u00e8ce, c\u2019est un stratag\u00e8me, une ritournelle naturelle\u2009; aucun syst\u00e8me n\u2019y pr\u00e9side. La musique est cong\u00e9nitale. Nous n\u2019avons pas \u00e0 apprendre la musique&nbsp;: nous savons la musique, elle nous invente et r\u00e9ciproquement.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous jouons le temps que nous vivons, et inversement.<\/p>\n\n\n\n<p>En extension au propos de Baudrillard, proposons que la profusion des sons a pour fonction d\u2019assister la r\u00e9alit\u00e9. Comme un service apr\u00e8s vente d\u2019entretien, pour le meilleur et pour le pire.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019avantage du musical est cet a priori&nbsp;: il se pr\u00e9occupe peu du r\u00e9el, mais il lui sert d\u2019ancrage. Fondatrice, la musique a vu na\u00eetre le \u00adpremier \u00adsimulacre, un d\u00e9sir d\u2019acc\u00e8s initial au d\u00e9r\u00e9el. D\u2019autres diraient&nbsp;: un \u00adm\u00e9dicament doux-amer contre l\u2019id\u00e9e de dispara\u00eetre. Cependant, il serait pr\u00e9somptueux de croire que la musique a pour objectif de nous sauver\u2009; au contraire, il est probable qu\u2019elle a pour mission d\u2019acc\u00e9l\u00e9rer \u00adjoyeusement notre \u00addisparition.<\/p>\n\n\n\n<p>Vive ses pr\u00eatres, proph\u00e8tes sibyllins, tous d\u00e9lur\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Suggestions n\u00e9crologiques<\/h2>\n\n\n\n<p>Aboutir \u00e0 une absence \u00e9ternelle, s\u2019emboutir pour de bon, la notion est certaine pour tous. L\u2019id\u00e9e de dispara\u00eetre pourrait m\u00eame \u00eatre enthousiasmante \u2013 puisque nous sommes r\u00e9solument p\u00e9rissables.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici quelques anecdotes singuli\u00e8res dans leurs mani\u00e8res mortuaires\u2009; ce sont presque des suggestions&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;En ouvrant le 25 novembre 1983 un tube de m\u00e9dicaments avec les dents, Tennessee Williams mourut \u00e9touff\u00e9 par le <span style=\"white-space: nowrap;\">bouchon<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - St\u00e9phane Audeguy, <em>In Memoriam, Le Promeneur<\/em>, Paris, Gallimard, 2008. Dans ce joyeux livre, l\u2019auteur a rassembl\u00e9 quelques centaines d\u2019anecdotes, toutes concernant la mort de personnes c\u00e9l\u00e8bres. Exquis.<\/span>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques Baquilly n\u2019\u00e9tait pas vieux lorsqu\u2019il fut retrouv\u00e9 mort sur le corps de Simon Durocher, lui-m\u00eame mort. L\u2019autopsie de la premi\u00e8re d\u00e9pouille r\u00e9v\u00e9la que l\u2019homme s\u2019\u00e9tait probablement empoisonn\u00e9 en absorbant le sperme de Durocher, second cadavre. Quelques minutes avant les deux d\u00e9c\u00e8s, \u00e0 l\u2019insu de Baquilly, Durocher avait absorb\u00e9 une dose massive de barbituriques. L\u2019autopsie r\u00e9v\u00e9la que l\u2019information chimique fut tr\u00e8s rapide \u00e0 se r\u00e9pandre, que l\u2019assassin mourut en jouissance et d\u2019un arr\u00eat cardiaque, et que la victime fut plus lente \u00e0 p\u00e9rir, crisp\u00e9e, non contente de dispara\u00eetre. Tous deux seraient morts en \u00e9tat d\u2019overdose, l\u2019un \u00advolontairement, l\u2019autre involontairement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 26 ao\u00fbt 2006, vers 15 heures, apr\u00e8s avoir avidement termin\u00e9 la \u00adlecture de <em>From Below<\/em>, biographie romanc\u00e9e de Chet Baker, Julie Davidson s\u2019enleva la vie en se d\u00e9fenestrant du haut de la tour du stade olympique de Montr\u00e9al. Son corps traversa la toile du toit \u00e0 deux endroits, \u00e9loign\u00e9s de huit m\u00e8tres l\u2019un de l\u2019autre&nbsp;: dans sa chute, Davidson eut le corps \u00adsectionn\u00e9 \u00e0 la taille par un des c\u00e2bles d\u2019acier supportant la toile.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;En septembre 1940, fuyant les nazis, l\u2019\u00e9crivain Arthur Koestler croise \u00e0 Marseille son ami, le philosophe Walter Benjamin, qui est dans la m\u00eame situation. Benjamin donne \u00e0 Koestler la moiti\u00e9 des trente cachets de morphine qu\u2019il conserve sur lui en permanence, au cas o\u00f9 il serait \u00adcaptur\u00e9. Chacun cherche \u00e0 quitter l\u2019Europe, par des chemins diff\u00e9rents. Benjamin gagne les Pyr\u00e9n\u00e9es&nbsp;: se croyant d\u00e9finitivement emp\u00each\u00e9 de passer en Espagne, il se suicide le 26, \u00e0 Port-Bou, avec ses comprim\u00e9s. Le lendemain, les douaniers espagnols se ravisent, et laissent passer les fugitifs. Deux mois plus tard, Koestler, bloqu\u00e9 \u00e0 Lisbonne et \u00adcraignant d\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9 et d\u00e9port\u00e9, avale sa morphine, mais il vomit tous les cachets. Il vivra encore 42 ans, puis il se suicidera, en compagnie de sa <span style=\"white-space: nowrap;\">femme<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Ibid.<\/span>.&nbsp;\u00bb Il \u00e9tait dit.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est fou comme nous sommes fragiles.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Appellation d\u2019origine<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019art boutique gagne du terrain. Ainsi dispara\u00eet l\u2019artiste&nbsp;: dans son \u00adbulletin <em>Nouvelles du CALQ en bref<\/em> de f\u00e9vrier 2009, le Conseil des arts et des \u00adlettres du Qu\u00e9bec \u00e9tait heureux de nous apprendre que \u00ab&nbsp;[d]e plus, les possibilit\u00e9s offertes par les technologies num\u00e9riques tendent \u00e0 modifier en profondeur l\u2019ensemble des processus de cr\u00e9ation, depuis l\u2019acte cr\u00e9atif et la production des \u0153uvres, jusqu\u2019\u00e0 leur mise en march\u00e9, entra\u00eenant de surcro\u00eet l\u2019\u00e9mergence de <em>l\u2019artiste-<\/em><span style=\"white-space: nowrap;\"><em>entrepreneur<\/em><a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Consultez le site du CALQ.<\/span>&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous comprenons bien, cela signifie que l\u2019artiste, dans son \u00adappellation d\u2019origine \u2013 sans le nouveau suffixe \u00e9conomique \u2013, est en voie de \u00addisparition. C\u2019est une mauvaise nouvelle&nbsp;: le CALQ est de mauvais conseil. Pourtant, l\u2019artiste aurait bien besoin d\u2019une bonne nouvelle, d\u2019un \u00e9cho enthousiasmant ou d\u2019un rassemblement d\u2019id\u00e9es moins d\u00e9biles que d\u2019habitude.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudra s\u2019y habituer.<\/p>\n\n\n\n<p>Artiste-entrepreneur&#8230; C\u2019est une d\u00e9signation demeur\u00e9e. Elle signifie implicitement que, dor\u00e9navant, l\u2019artiste sera aussi chef d\u2019entreprise. Mais personne au CALQ n\u2019a remarqu\u00e9 que ces deux mots, associ\u00e9s, \u00adsonnaient faux, qu\u2019ils avaient une allure antinomique\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Bient\u00f4t l\u2019\u00e9cole des beaux-arts nichera dans le pavillon des hautes \u00ad\u00e9tudes commerciales. Imaginons la suite en quelques variantes&nbsp;: <em>artiste-\u00adgrossiste<\/em>, <em>artiste-kiosque<\/em>, <em>artiste-d\u00e9taillant<\/em>, <em>acteur-n\u00e9gociant<\/em>, <em>\u00e9crivain-camelot<\/em>, <em>sculpteur-fournisseur<\/em>, <em>compositeur-colporteur<\/em>, <em>danseur-dealer<\/em>. Soyez votre propre agent, faites de l\u2019argent\u2009! Devenez votre propre \u00adgalerie, partez une compagnie&nbsp;: artiss=bizness=fitness\u2009! Ayez de la prise, vive l\u2019entreprise\u2009!<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9nonc\u00e9 du CALQ est une erreur strat\u00e9gique qui fragilisera davantage les artistes (ceux qui sont sans suffixe \u00e9conomique). Cela ressemble \u00e0 un v\u0153ux de d\u00e9sengagement.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudrait passer une vadrouille au CALQ si on ne veut pas tous finir g\u00e9rants de sites Internet (<em>artiste-entreprenaute<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Les na\u00effs qui croient encore que l\u2019art a pour fonction d\u2019inventer devront r\u00e9viser cette inclination.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette tendance lourde d\u2019art boutique, nous la croisons partout. Encore r\u00e9cemment, dans un des path\u00e9tiques hebdromadaires montr\u00e9alais, sous l\u2019inexprimable plume de Sophie Durocher (ex-animatrice \u00adculturelle \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, tendre \u00e9pouse de Richard Martineau, tout ce qu\u2019il faut pour finir nigaude), nous avions le bonheur de lire ceci, savamment \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Peut\u2011on vraiment comparer les revenus d\u2019un artiste qui d\u00e9pend des go\u00fbts du public et les revenus d\u2019un employ\u00e9 de bureau\u2009? L\u2019art est un \u00admarch\u00e9. Qui r\u00e9pond \u00e0 la loi de l\u2019offre et de la demande. Si ce que je \u00adpropose sur le march\u00e9 trouve preneur, je vais vendre beaucoup de disques\/billets\/livres. Si ce que j\u2019offre n\u2019int\u00e9resse personne, je vais rester prise avec mes invendus et utiliser mes beaux tableaux comme bois de chauffage en plein hiver. C\u2019est triste mais c\u2018est comme <span style=\"white-space: nowrap;\">\u00e7a<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - <em>Ici<\/em>, 12 f\u00e9vrier 2009, chronique Radar.<\/span>.&nbsp;\u00bb Puis elle poursuit en questionnant la l\u00e9gitimit\u00e9 du financement public des artistes.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette <em>coucounne<\/em> ne saura jamais faire la diff\u00e9rence entre art et vari\u00e9t\u00e9, invention et divertissement, \u00e9coute et vadrouille. Et on la laisse se d\u00e9visser la t\u00eate dans un hygi\u00e9nique p\u00e9riodique culturel&#8230;&nbsp; Mais qu\u2019elle se rassure, elle n\u2019est pas la seule.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Occultation<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>1.<\/strong> L\u2019optimisme n\u2019est qu\u2019un manque d\u2019information.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.<\/strong> \u00ab&nbsp;Q&nbsp;: What\u2019s wrong with the world\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>A&nbsp;: We are buried beneath the weight of information, which is being confused with knowledge\u2009; quantity is being confused with abundance and wealth with happiness. Leona Helmsley\u2019s dog made 12 million last year&#8230; and Dean McLaine, a farmer in Ohio made $30,000. It\u2019s just a gigantic version of the madness that grows in every one of our brains. We are monkeys with money and <span style=\"white-space: nowrap;\">guns<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-7\" href=\"#footnote-7\"><sup>7<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-7\"><a href=\"#fn-ref-7\"> 7 <\/a> - Tom Waits, extrait d\u2019une hilarante entrevue avec lui-m\u00eame qui se trouve sur son site officiel&nbsp;: www. Tomwaits.com.<\/span>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3.<\/strong> Il y en a que la reproduction sociale int\u00e9resse peu. Ceux-ci rendent ce monde plus l\u00e9ger. Mieux&nbsp;: dispara\u00eetre pour de bon, sans descendance, c\u2019est faire de la place.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4.<\/strong> \u00ab&nbsp;La preuve irr\u00e9futable qu\u2019il existe une vie intelligente sur une autre plan\u00e8te, c\u2019est qu\u2019ils n\u2019ont jamais cherch\u00e9 \u00e0 nous contacter.&nbsp;\u00bb<br>(Bill Waterson)<\/p>\n\n\n\n<p>Bill a foutrement raison&nbsp;: ainsi nous dispara\u00eetrons, irr\u00e9m\u00e9diablement laiss\u00e9s seuls.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5.<\/strong> Parfois, j\u2019entends des choses que vous n\u2019entendez pas. Petits sons sans raisons, comme un appel du lointain. Et j\u2019ausculte cette \u00adcacophonie bizarre, j\u2019en distingue l\u2019assonance tant bien que mal, avec mon c\u0153ur \u00adanimal, semi-v\u00e9g\u00e9tal. C\u2019est mon job d\u2019auditeur\u2009; il compl\u00e8te celui de compositeur. Puis, du bout des doigts, j\u2019essaie d\u2019en transcrire une trace, avant de dispara\u00eetre. C\u2019est tout simple.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><em>Loser<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>Pens\u00e9e rare, disparue&nbsp;: \u00ab&nbsp;Entre une chose r\u00e9ussie ou pas r\u00e9ussie, \u00e7a m\u2019est compl\u00e8tement indiff\u00e9rent. Un tableau r\u00e9ussi, un tableau rat\u00e9, \u00e7a m\u2019est compl\u00e8tement indiff\u00e9rent. Un tableau r\u00e9ussi, un tableau rat\u00e9, un dessin r\u00e9ussi, un dessin rat\u00e9, \u00e7a ne veut rien dire. Le rat\u00e9 m\u2019int\u00e9resse autant que le r\u00e9ussi. Et il faudrait plut\u00f4t exposer les choses les moins bonnes que de choisir les meilleures. Parce que si les moins bonnes tiennent, les \u00adbonnes, elles, tiennent s\u00fbrement. Si par contre vous choisissez celles qui ont l\u2019air d\u2019\u00eatre les meilleures, c\u2019est une illusion. Parce que s\u2019il y en a d\u2019autres qui sont moins bonnes et ne tiennent pas, cach\u00e9es quelque part, m\u00eame si vous ne les faites pas voir, elles existent. Et si quelqu\u2019un regarde tr\u00e8s attentivement, il voit la faiblesse, m\u00eame dans les \u00admeilleures. Donc, il faudrait commencer par le plus bas.&nbsp;\u00bb (Alberto Giacometti, lui aussi disparu <span style=\"white-space: nowrap;\">[1966])<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-8\" href=\"#footnote-8\"><sup>8<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-8\"><a href=\"#fn-ref-8\"> 8 <\/a> - Alberto Giacometti, <em>\u00c9crits<\/em>, Paris, Hermann, \u00e9diteurs des sciences et des arts, 2001, p. 291.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>Reste \u00e0 savoir ce que les strat\u00e8ges du CALQ penseraient d\u2019une telle disposition d\u2019esprit. Ce n\u2019est pas dans l\u2019air du temps. Supposons le \u00adcommentaire suivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pas positif, pas productif, pas payant, bref, <em>loser<\/em>.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Michel F. C\u00f4t\u00e9 [flatf@videotron.ca], musicien et compositeur, n\u2019arrive plus \u00e0 <em>gagner<\/em> sa vie. Les causes lui sont obscures (dit-il). Rien d\u2019unique, tout de repr\u00e9sentatif. Alors il se cherche un job pour pourvoir \u00e0 ses besoins essentiels (aucune extravagance n\u2019est en jeu). Il a de nombreuses aptitudes susceptibles de vous \u00eatre utiles&nbsp;: de l\u2019entregent, de l\u2019initiative, une intelligence interactive, des id\u00e9es fixes (mais souples), une apparence somme toute agr\u00e9able (quoique depuis quelques ann\u00e9es, sa garde-robe se \u00add\u00e9garnisse progressivement, faute de fonds), et il est tr\u00e8s habile avec le v\u00e9g\u00e9tal. Il ma\u00eetrise \u00adcorrectement le fran\u00e7ais et l\u2019anglais (\u00e9crit et oral), peut comprendre un strict minimum d\u2019italien, et a une scolarit\u00e9 erratique. Il est ordonn\u00e9, mais souffre parfois de retard (quel qu\u2019il soit). Il est aussi habile dans les travaux manuels, et enthousiaste pour le travail rude en plein air. Jeune quinquag\u00e9naire dynamique encore tout en muscle, il \u00ads\u2019imagine avoir encore une bonne vingtaine d\u2019ann\u00e9es active devant lui. Ses passe-temps \u00adhabituels&nbsp;: repas en compagnie d\u2019amis, jeux de soci\u00e9t\u00e9, promenade dans une SAQ, moments d\u2019\u00e9rotisme, visite \u00e0 son vieux p\u00e8re. M\u00eame un job au CALQ serait accept\u00e9.<\/p>\n<div style='display: none;'>Michel F C\u00f4t\u00e9<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"template":"","categories":[281,887],"numeros":[3995],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[912],"artistes":[],"thematiques":[],"type_chronique":[5371],"class_list":["post-175408","chronique","type-chronique","status-publish","hentry","category-archive","category-column","numeros-66-disappearance","statuts-archive","auteurs-michel-f-cote-en","type_chronique-affaire-de-zouave"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/chronique\/175408","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/chronique"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chronique"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=175408"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=175408"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=175408"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=175408"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=175408"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=175408"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=175408"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=175408"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=175408"},{"taxonomy":"type_chronique","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_chronique?post=175408"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}