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{"id":176092,"date":"2008-09-01T18:35:00","date_gmt":"2008-09-01T23:35:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/chronique\/barattage-chocolat\/"},"modified":"2024-10-17T13:40:47","modified_gmt":"2024-10-17T18:40:47","slug":"barattage-chocolat","status":"publish","type":"chronique","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/columns\/barattage-chocolat\/","title":{"rendered":"Barattage chocolat"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Crottes exquises<\/h2>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9chet n\u2019a pas bonne r\u00e9putation. Il est impur, potentiellement toxique, susceptible d\u2019empoisonner. Il salit, pollue et encombre. Commun\u00e9ment, le d\u00e9chet est un reste rebut\u00e9, un d\u00e9tritus qui reposera bient\u00f4t au \u00add\u00e9potoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa r\u00e9cente et relative r\u00e9habilitation \u2013 enthousiasme \u00e9cologique oblige \u2013 ne change rien \u00e0 son statut de mati\u00e8re trouble.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce qui fascine davantage est la propri\u00e9t\u00e9 trompeuse du mot, ou \u00adplut\u00f4t l\u2019arbitraire de son application. D\u00e9chet est un mot qui a le dos large. \u00c0 preuve, la perception <em>d\u00e9chetctueuse<\/em> d\u2019un objet (ou d\u2019une id\u00e9e) par les uns peut se muter en d\u00e9couverte salutaire pour les autres, faisant ainsi valser la notion de d\u00e9chet jusqu\u2019\u00e0 l\u2019antagonisme&nbsp;: c\u2019est de la merde pour toi, c\u2019est du g\u00e2teau pour moi.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019art et la litt\u00e9rature sont des activit\u00e9s qui ont produit plusieurs \u00adexemples de cette rivalit\u00e9 perspective qui oppose d\u00e9chet et tr\u00e9sor. La production litt\u00e9raire de Sade \u2013 en fait, Sade lui-m\u00eame \u2013 en est un \u00adexemple admirable.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son \u00e9dition de 1923, le <em>Grand Larousse<\/em> pr\u00e9sentait D. A. F. de Sade ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ses romans, c\u00e9l\u00e8bres par leur obsc\u00e9nit\u00e9 maladive, n\u2019ont aucune valeur litt\u00e9raire.&nbsp;\u00bb Sade meurt le 2 d\u00e9cembre 1814 (naissance le 2 juin 1740) et un si\u00e8cle apr\u00e8s sa mort, ses \u00e9crits n\u2019ont encore officiellement aucune valeur \u2013 ce qui n\u2019emp\u00eache pas une rumeur persistante, grandissante, sur les qualit\u00e9s remarquables du corpus litt\u00e9raire du marquis&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il faut toujours en revenir \u00e0 De Sade, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 <em>l\u2019homme naturel<\/em>, pour expliquer le mal.&nbsp;\u00bb (Baudelaire, <em>Notes intimes<\/em>, 1837) Deux si\u00e8cles plus tard, nous observons que Sade est un des rares \u00e9crivains qui passe \u00adlentement de l\u2019ab\u00eeme au sacr\u00e9. Au total, il aura fallu 200 ans avant qu\u2019il ne soit copieusement publi\u00e9, lu librement, et largement c\u00e9l\u00e9br\u00e9. Signe que la persistance fut prodigieuse (la sienne et celle de ses \u00adadversaires).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019origine, et pendant longtemps, ses ouvrages furent imprim\u00e9s \u00adclandestinement\u2009; petits tirages que la censure aristocratique \u00adbient\u00f4t \u00e9t\u00eat\u00e9e, puis la bigoterie invertie de certains sans-culottes \u00adpourchass\u00e8rent sans rel\u00e2che. \u00c9tonnamment, entre ces deux r\u00e9gimes diam\u00e9tralement oppos\u00e9s, qu\u2019une r\u00e9volution s\u00e9pare, il y eut cette rare unanimit\u00e9&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour un \u00e9crivain, le bilan est tr\u00e8s lourd&nbsp;: plus du tiers d\u2019une vie pass\u00e9e en d\u00e9tention, et d\u2019innombrables proc\u00e8s (pour ses livres, pour ses m\u0153urs, pour ses \u00e9carts de conduite, pour les scandales familiaux qu\u2019il a caus\u00e9s, pour les attitudes politiques qui l\u2019ont rendu suspect, et pour avoir mis en perspective le n\u00e9ant \u00e0 la place de Dieu).<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, l\u2019homme n\u2019a pas assassin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En comparaison, l\u2019aventure de Salman Rushdie ressemble \u00e0 des \u00advacances.<\/p>\n\n\n\n<p>Sade a \u00e9crit sur l\u2019indicible jusqu\u2019\u00e0 plus soif, sa charge ath\u00e9iste fut totale, sans pr\u00e9c\u00e9dent, puis il a formul\u00e9 \u00ab&nbsp;une critique impitoyable de toutes les contraintes sociales qui tendent \u00e0 r\u00e9duire en quoi que ce soit l\u2019activit\u00e9 de l\u2019incoercible \u00e9l\u00e9ment humain&nbsp;\u00bb (Maurice Heine, Pr\u00e9face aux <em>Infortunes de la Vertu<\/em>, 1930). L\u00e0, pr\u00e9cis\u00e9ment, se con\u00e7oivent les motifs de la furie carc\u00e9rale et de la mise \u00e0 l\u2019Index.<\/p>\n\n\n\n<p>Sade&nbsp;: \u00ab&nbsp;On trouvera peut-\u00eatre nos id\u00e9es un peu fortes, qu\u2019est-ce que cela fait\u2009? N\u2019avons-nous pas le droit de tout dire\u2009?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Sa vie durant, Sade a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 producteur de d\u00e9chets. Sacr\u00e9es crottes\u2009! Crottes dures qui durent. Non biod\u00e9gradables. Crottes qui, sans cesser d\u2019\u00eatre immanentes, ont acquis une exquise transcendance, envers et contre tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Sade encore&nbsp;: \u00ab&nbsp;Et que suis-je, ici, sinon un enfant\u2009?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Biod\u00e9gradabilit\u00e9, bref br\u00e9viaire brun<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>1.<\/strong> L\u2019excr\u00e9ment est un excellent exemple de d\u00e9part. La merde est le d\u00e9chet typique&nbsp;: une apparence repoussante, une odeur naus\u00e9abonde, une production r\u00e9currente et quotidienne (c\u2019est souhaitable). La merde prend son origine dans le principe actif de toute forme de vie animale. C\u2019est un d\u00e9chet qui a du bon. Il est non seulement biod\u00e9gradable, il est aussi utile&nbsp;: nourriture pour les mouches \u2013 dont on ne sait toujours pas le pourquoi de l\u2019existence, sinon comme justification suppl\u00e9mentaire de la merde.<\/p>\n\n\n\n<p>Sade&nbsp;: \u00ab&nbsp;Rien ne p\u00e9rit, mon ami, rien ne se d\u00e9truit dans le monde\u2009; aujourd\u2019hui homme, demain ver, apr\u00e8s-demain mouche, n\u2019est-ce pas toujours exister\u2009?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2. <\/strong>Il y a probablement beaucoup de productions artistiques biod\u00e9gradables, et autant de crottes dures qui durent. Cela rassure.<\/p>\n\n\n\n<p>Demeure un ennui&nbsp;: il y a du biod\u00e9gradable qui perdure et refuse d\u2019user de sa biod\u00e9gradabilit\u00e9. Ne pourrions-nous pas mettre en place un comit\u00e9 consultatif (non d\u00e9cisionnel) ayant pour t\u00e2che de rappeler \u00e0 l\u2019ordre ceux et celles qui ont outrepass\u00e9 leur date de p\u00e9remption, afin qu\u2019ils \u00ads\u2019ex\u00e9cutent sur-le-champ&nbsp;: d\u00e9composition instantan\u00e9e, piouf\u2009!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3. <\/strong>Les journalistes en art sont devenus des pelleteurs de d\u00e9chets, ils vidangent des communiqu\u00e9s, se font des muscles \u2013 et une paie \u2013 avec de l\u2019air. Les bureaux de ces \u00e9chotiers sont des d\u00e9charges \u00adpubliques. Cette profession s\u2019est \u00e9croul\u00e9e, elle n\u2019informe plus de rien. Une \u00addiarrh\u00e9e de publireportages embourbe maintenant les pages \u00adculturelles de nos feuilles de chou. Les r\u00e9dacteurs en chef sont des cons&nbsp;: ils ne \u00adr\u00e9agissent&nbsp;plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Existe-t-il encore un seul journaliste qui va au-devant ou en de\u00e7\u00e0 de la nouvelle\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Mutisme complet sur de larges pans de l\u2019activit\u00e9 artistique. Il y a \u00adconstipation.<\/p>\n\n\n\n<p>Bouse pour bouse, il en r\u00e9sulte que nous ne savons plus si l\u2019art a une fonction publique ou non publique. Cela implique une tendance&nbsp;: l\u2019art passe du social au priv\u00e9 \u2013 en fait, il y retourne. Bref, la crotte devient plus importante.<\/p>\n\n\n\n<p>La crotte dure qui dure.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4.<\/strong> Du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019art officiel (celui propre et lourd, bien essuy\u00e9), on \u00adconsid\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralement qu\u2019il y a un art r\u00e9siduel, un art d\u00e9chet (il y a toujours un art d\u00e9chet, quel que soit le point de vue)&nbsp;: art populaire, art qui se cr\u00e9e en dehors des c\u00e9nacles, art divergent. Soyons avis\u00e9s&nbsp;: c\u2019est celui-l\u00e0 qui est le plus habile. C\u2019est un art hors d\u2019ordre, hors m\u00e9dia, non vertical, un art d\u00e9tritus. Il s\u2019\u00e9longe et rampe, n\u2019attend rien, entend tout. Il est en \u00adopposition aux m\u0153urs de l\u2019artiste triomphant, virtuose et convergent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5.<\/strong> Comment terminer ce bref br\u00e9viaire brun sans mentionner le travail de Jacques Lizene\u2009? Nihiliste, Li\u00e9geois n\u00e9 en 1946, il se dit \u00ab&nbsp;artiste de la m\u00e9diocrit\u00e9&nbsp;\u00bb et d\u00e9fend avec ardeur \u00ab&nbsp;l\u2019art sans talent&nbsp;\u00bb, art de la non-qualit\u00e9 et de la non-importance. Il d\u00e9nie \u00e0 l\u2019artiste comme \u00e0 l\u2019\u0153uvre tout int\u00e9r\u00eat. Pour offrir une meilleure consistance \u00e0 ses id\u00e9es et affirmer plus encore son \u00ab&nbsp;art merdique&nbsp;\u00bb, il d\u00e9cide d\u2019utiliser l\u2019excr\u00e9ment comme \u00ad\u00e9l\u00e9ment pictural. En 1977, il devient sa propre palette et transforme son tube digestif en tube de couleurs. Afin d\u2019obtenir des coloris vari\u00e9s et d\u00e9licats, il se met \u00e0 contr\u00f4ler son alimentation, et mange en fonction des nuances qu\u2019il d\u00e9sire obtenir. Peu \u00e0 peu, il ma\u00eetrise au mieux sa polychromie excr\u00e9mentielle&nbsp;: les jaunes naissent du safran et de la rhubarbe, les rouges r\u00e9sultent d\u2019absorptions uniques, et en quantit\u00e9, de betteraves \u2013 ou d\u2019une crise d\u2019h\u00e9morro\u00efdes \u2013, les \u00e9pinards lui assurent un vert fonc\u00e9 filamenteux, etc. Manger pour produire, et produire pour manger, tel est devenu le cercle intestinal dans lequel s\u2019est enferm\u00e9 l\u2019artiste&nbsp;: \u00ab&nbsp;En tant que peintre, survivre, c\u2019est boire, manger, d\u00e9f\u00e9quer, peindre avec, tenter la transformation en argent. Pour \u00e0 nouveau boire, manger, d\u00e9f\u00e9quer, etc.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Lizene a peint une centaine de toiles, g\u00e9n\u00e9ralement de grands formats (plusieurs m\u00e8tres carr\u00e9s), dont <em>Le mur des d\u00e9f\u00e9cations et mur merdique <\/em>(celle-l\u00e0 contenant plus d\u2019un million de briques de couleurs diff\u00e9rentes).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Art r\u00e9siduel<\/h2>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 l\u2019auto-ironie, l\u2019historien est impuissant. Le critique \u00e9galement (du moins \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 cette profession exer\u00e7ait encore une pens\u00e9e, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, il y a maintenant quelques d\u00e9cennies, dans un autre si\u00e8cle). Les nombreux d\u00e9tracteurs contemporains d\u2019Erik Satie, critiques, m\u00e9lomanes wagn\u00e9riens, musicologues et autres historiens du solf\u00e8ge, n\u2019ont pas remarqu\u00e9 qu\u2019ils \u00e9taient distanc\u00e9s par celui-ci \u2013 encore de nos jours, 75 ans plus tard, Satie maintient un d\u00e9calage. Ils furent distanc\u00e9s, abasourdis, parce que Satie fuyait son propre prestige. Ironique, oblique et insaisissable, il multipliait les fausses pistes tout en fon\u00e7ant droit devant, visant le long terme.<\/p>\n\n\n\n<p>Satie ne souhaitait pas devenir un <em>grand compositeur<\/em>, car l\u2019interpr\u00e9tation de la grandeur se base sur l\u2019acceptation pr\u00e9alable d\u2019une conception de la musique r\u00e9solument rejet\u00e9e par Satie. Il \u00e9tait sans go\u00fbt pour le grandiose, \u00e9tranger au romantisme, et en rupture avec la tradition occidentale, verticale, band\u00e9e solide. Sa cr\u00e9ation puisait \u00e0 la jonction du monde des caf\u00e9s \u2013 ses racines \u2013 et de la modernit\u00e9 radicale \u2013 son enthousiasme.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ses inventions, les commentateurs ne voyaient que <span style=\"white-space: nowrap;\">pauvret\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - La seule pauvret\u00e9 qui \u00e9tait alors en jeu est celle dans laquelle Satie vivait. Une mis\u00e8re qu\u2019il appelait, tendrement, \u00ab&nbsp;la petite fille aux grands yeux verts&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/span>, \u00adquasi-d\u00e9chet, ne percevant pas la strat\u00e9gie horizontale, fondamentalement nouvelle, de Satie.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute la production de ce compositeur songe au temps, \u00e0 la dur\u00e9e. Elle se restreint et m\u00e9nage l\u2019effet. Satie a fait confiance \u00e0 l\u2019\u00e9tendu de sa \u00add\u00e9couverte et aux avantages de son audace. C\u2019est une strat\u00e9gie de crotte dure qui dure.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette veine, \u00e0 sa mani\u00e8re, Duchamp est aussi \u00e0 observer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y aurait encore long \u00e0 \u00e9crire sur la dur\u00e9e dans la production de Satie. Mais soyons bref, ainsi vous y penserez plus longtemps. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Petit divertissement sur l\u2019utilitarisme&nbsp;: commentaire puant d\u2019un recteur, r\u00e9ponse compost\u00e9e d\u2019un d\u00e9compositeur<\/h2>\n\n\n\n<p>Commentaire du <span style=\"white-space: nowrap;\">recteur<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Extrait d\u2019un texte de Claude Corbo, recteur de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al, publi\u00e9 dans la section Opinion du quotidien <em>Le Devoir<\/em>, le 2 mai 2008\u2009; titre&nbsp;: <em>L\u2019UQAM sait tr\u00e8s bien sur quel pied danser<\/em>. Aouch mon pied\u2009!<\/span>&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019opini\u00e2tre acharnement des \u00c9tats-Unis \u00e0 lib\u00e9raliser sans restrictions le commerce des biens culturels prouve \u00adl\u2019importance et la valeur financi\u00e8re de ce secteur d\u2019activit\u00e9. Cela \u00e9largit la notion d\u2019utilit\u00e9 \u00e9conomique et sociale et projette un \u00e9clairage \u00adr\u00e9v\u00e9lateur sur le caract\u00e8re essentiel de l\u2019enseignement universitaire des arts.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le Qu\u00e9bec, dans la brutale concurrence \u00e9conomique entre nations qui accompagne la mondialisation, n\u2019a que peu d\u2019atouts pouvant \u00ad\u00e9chapper \u00e0 la d\u00e9localisation et lui permettant de d\u00e9velopper des secteurs \u00ad\u00e9conomiques forts. L\u2019un d\u2019eux est sa nature, qui peut servir de base \u00e0 des activit\u00e9s touristiques. Un autre est son identit\u00e9 culturelle propre, base n\u00e9cessaire d\u2019industries culturelles (qui peuvent aussi aider \u00adl\u2019industrie touristique, avec le patrimoine). Ici aussi, l\u2019utilitaire est pr\u00e9sent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Seulement, pour faire de Montr\u00e9al une m\u00e9tropole culturelle, pour \u00add\u00e9velopper des entreprises culturelles fortes, pour tirer de \u00adl\u2019identit\u00e9 culturelle des biens et des services susceptibles de r\u00e9pondre aux \u00admarch\u00e9s int\u00e9rieurs et ext\u00e9rieurs, pour faire na\u00eetre d\u2019autres Cirque du Soleil, d\u2019autres C\u00e9line Dion ou d\u2019autres Invasions barbares, il faut former sans cesse une rel\u00e8ve de cr\u00e9ateurs, d\u2019artistes, d\u2019interpr\u00e8tes, d\u2019\u00e9crivains, de critiques et de gestionnaires culturels.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le r\u00f4le de l\u2019enseignement universitaire en arts \u00adplastiques, en design, en arts de la sc\u00e8ne, etc., et aussi de la \u00adrecherche et de la cr\u00e9ation qu\u2019effectuent les professeurs des facult\u00e9s des arts. C\u2019est pourquoi l\u2019UQAM tire grande fiert\u00e9 de sa facult\u00e9 des arts et entend la soutenir et la d\u00e9velopper pour r\u00e9pondre \u00e0 d\u2019\u00e9vidents besoins de Montr\u00e9al et du Qu\u00e9bec, besoins non seulement culturels et sociaux mais aussi \u00e9conomiques. Au sens large du terme, les arts sont tout aussi \u00adutilitaires que les autres disciplines universitaires.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9ponse du d\u00e9compositeur&nbsp;: Sacr\u00e9 bonhomme que ce recteur\u2009! Enfin quelqu\u2019un qui pr\u00e9sente l\u2019art d\u2019une mani\u00e8re purement comptable. N\u2019emp\u00eache, ce texte est anthologique&nbsp;: b\u00e9ni-oui-oui dans l\u2019exaltation du n\u00e9olib\u00e9ralisme, aucune perspective sur la fonction artistique, vision de l\u2019alma mater en termes exclusivement \u00e9conomiques, confusion dans l\u2019utilisation des termes culture et art, go\u00fbt douteux en mati\u00e8re \u00adartistique, et la derni\u00e8re phrase, le pire de toutes, dans laquelle le recteur nous rassure de mani\u00e8re imb\u00e9cile sur la l\u00e9gitimit\u00e9 de l\u2019art \u00e0 l\u2019universit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Puisqu\u2019il en est ainsi, fuyons l\u2019invasion barbare et sortons l\u2019art de l\u2019universit\u00e9, il s\u2019en portera mieux \u00e0 tra\u00eener autour des poubelles.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9chets impurs<\/h2>\n\n\n\n<p>Avec insistance, pr\u00e9f\u00e9rons l\u2019art d\u00e9chet \u00e0 l\u2019art marchandise. L\u2019impuret\u00e9 fascine davantage que les beaux emballages.<\/p>\n\n\n\n<p>Terminons avec Sade. <em>Les Cent Vingt Journ\u00e9es de Sodome<\/em>, fin de l\u2019introduction : \u00ab C\u2019est maintenant, ami lecteur, qu\u2019il faut disposer ton c\u0153ur et ton esprit au r\u00e9cit le plus impur qui ait jamais \u00e9t\u00e9 fait depuis que le monde existe, le pareil livre ne se rencontrant ni chez les anciens ni chez les modernes. Imagine-toi que toute jouissance honn\u00eate ou prescrite par cette b\u00eate dont tu parles sans cesse sans la conna\u00eetre et que tu appelles nature, que ces jouissances, dis-je, seront express\u00e9ment exclues de ce recueil et que, lorsque tu les rencontreras par aventure, ce ne sera jamais qu\u2019autant qu\u2019elles seront accompagn\u00e9es de quelque crime ou color\u00e9es de quelque infamie. Sans doute beaucoup de tous les \u00e9carts que tu vas voir peints te d\u00e9plairont, on le sait, mais il s\u2019en trouvera quelques-uns qui t\u2019\u00e9chaufferont au point de te co\u00fbter du foutre, et voil\u00e0 tout ce qu\u2019il nous faut. Si nous n\u2019avions pas tout dit, tout analys\u00e9, comment voudrais-tu que nous eussions pu deviner ce qui te convient\u2009? C\u2019est \u00e0 toi \u00e0 le prendre et \u00e0 laisser le reste\u2009; un autre en fera autant\u2009; et petit \u00e0 petit tout aura trouv\u00e9 sa place. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Michel F. C\u00f4t\u00e9 \u00e9tant sujet \u00e0 la constipation passag\u00e8re lorsqu\u2019il voyage, l\u2019\u00e9pisode de sa visite au Mont-Saint-Michel demeure in\u00e9narrable de dr\u00f4lerie. Son premier contact avec la litt\u00e9rature du Marquis fut pr\u00e9coce et impr\u00e9vu&nbsp;: Alors qu\u2019il fouillait dans le placard de son p\u00e8re, il d\u00e9couvrit, enfoui au fond d\u2019une valise, un \u00adexemplaire de <em>Justine ou les Malheurs de la vertu<\/em>. D\u00e9couverte d\u2019autant plus \u00e9trange qu\u2019il n\u2019y avait aucun autre livre dans toute la maison, et cela depuis toujours. Cette \u00e9tonnante \u2013 et \u00f4 combien r\u00e9jouissante \u2013 trouvaille stimula fortement un onanisme \u00e0 peine naissant. \u00c0 la maison de ses parents, c\u2019\u00e9tait toujours lui qui sortait les poubelles. Trente-huit ans plus tard, il ne sait toujours pas ce que <em>Justine<\/em> foutait dans la valise secr\u00e8te de son p\u00e8re. Mais il a des doutes.<\/p>\n<div style='display: none;'>Michel F C\u00f4t\u00e9<\/div><div style='display: none;'>Michel F C\u00f4t\u00e9<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"template":"","categories":[281,887],"numeros":[4077],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[912],"artistes":[],"thematiques":[],"type_chronique":[512],"class_list":["post-176092","chronique","type-chronique","status-publish","hentry","category-archive","category-column","numeros-64-waste","statuts-archive","auteurs-michel-f-cote-en","type_chronique-schize-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/chronique\/176092","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/chronique"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chronique"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=176092"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=176092"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=176092"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=176092"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=176092"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=176092"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=176092"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=176092"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=176092"},{"taxonomy":"type_chronique","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_chronique?post=176092"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}