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{"id":177498,"date":"2006-05-01T18:35:00","date_gmt":"2006-05-01T23:35:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/chronique\/paraphes-de-pirates\/"},"modified":"2024-10-17T14:48:51","modified_gmt":"2024-10-17T19:48:51","slug":"paraphes-de-pirates","status":"publish","type":"chronique","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/columns\/paraphes-de-pirates\/","title":{"rendered":"Paraphes de pirates"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Phrases de sons crus<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Extraits du journal de bord de Sabato F Guonsualez, flibustier sans solde n\u00e9 un jour d\u2019hiver, sabreur \u00e9l\u00e9gant.<\/em>&nbsp;1. Ce r\u00e9seau infini et hors contr\u00f4le, cet oc\u00e9an sans limite qu\u2019est la toile, est-ce bien le lieu des rapines de nos nouveaux pirates\u2009?&nbsp;<em>Les <\/em><span style=\"white-space: nowrap;\"><em>geeks<\/em><a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Consultez ce site : copinedegeek.com. Il y a des miracles amusants sur ces mers pirates.<\/span>, ces d\u00e9licats et digitaux \u00e9changeurs de fichiers sont-ils vraiment les dangereux brigands que d\u00e9noncent avec vigueur les justiciers de l\u2019industrie culturelle\u2009?&nbsp;<em>Geeks<\/em>&nbsp;flibustiers, mollassons \u00e9cumeurs num\u00e9riques bien assis devant leurs \u00e9crans, ces avaleurs de peanuts sucr\u00e9es sont-ils les h\u00e9ritiers des corsaires chercheurs de tr\u00e9sors\u2009? Un doute raisonnable est ici biadmissible.<\/p>\n\n\n\n<p>2. Il y a des m\u00e9fiances ancestrales qu\u2019il est ridicule d\u2019entretenir. Il n\u2019y a plus de vies mises en p\u00e9ril, pas davantage de dignit\u00e9 chahut\u00e9e, puisque le piratage informatique n\u2019est qu\u2019une bataille commerciale sur la libre circulation de l\u2019art. Il nous faudra donc savoir distinguer la musique des pierreries : il n\u2019y a pas d\u2019\u00e9quivalence axiologique entre musique et fric. Indices distinctifs : l\u2019une est fondatrice, ancienne\u2009; l\u2019autre, r\u00e9cent, est un artifice sur l\u2019\u00e9change.<\/p>\n\n\n\n<p>3. Il est estimable d\u2019\u00eatre un d\u00e9serteur aux drapeaux. Sans compter que ces drapeaux sont essentiellement tous terriblement hideux, sans g\u00e9nie stylistique. N\u00e9anmoins, il y en a peut-\u00eatre un qui se distingue des autres : le pavillon noir. C\u2019est le plus beau, le plus honn\u00eate des \u00e9tendards, celui des pirates. Seul drapeau sans patrie, sans fixit\u00e9, plus aquatique que terrestre. Comiquement m\u00e9taphysique, son iconographie n\u2019offre aucune concession : cr\u00e2ne et ossements en guise de royaume. Le&nbsp;<em>Jolly <\/em><span style=\"white-space: nowrap;\"><em>Roger<\/em><a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Au 17e si\u00e8cle, les pirates anglais furent les premiers \u00e0 hisser le pavillon noir. L\u2019appellation&nbsp;<em>Jolly Roger<\/em>&nbsp;vient peut-\u00eatre de l\u2019adaptation du terme \u00ab\u202fJoli Rouge \u00bb employ\u00e9 par les boucaniers fran\u00e7ais d\u00e9couvrant le pavillon des pirates anglais. Il y avait de l\u2019humour chez les pirates d\u2019antan.<\/span> est la seule banni\u00e8re qui offre une vraisemblance sur la destination finale.<\/p>\n\n\n\n<p>4. Pendant plus d\u2019un si\u00e8cle, la tradition maritime des Cara\u00efbes tol\u00e9ra la violence sur mer. La distinction entre piraterie, marchandage et contrebande \u00e9tait alors vague\u2009; elle fut un temps commode. Mais cette indistinction bient\u00f4t nuisit \u00e0 la confiance des \u00e9changes commerciaux\u202f: impr\u00e9visibilit\u00e9 et n\u00e9goce ont toujours mal cohabit\u00e9. La m\u00e9fiance ainsi stimul\u00e9e engendra une arm\u00e9e de grossistes convaincus aux valeurs du sabre. Devenus parano\u00efaques, les navires commer\u00e7ants et r\u00e9glementaires n\u2019h\u00e9sitaient pas \u00e0 attaquer un concurrent (r\u00e9gulier ou contrebandier), le coulant parfois. Au 18e si\u00e8cle (tout comme de nos jours), les empires commerciaux des \u00c9tats europ\u00e9ens voyaient d\u2019un mauvais \u0153il cette situation anarchique. N\u00e9cessit\u00e9 normative du profit sous le bras, leurs l\u00e9gislations feront vite une diff\u00e9rence formelle entre la piraterie, c\u2019est-\u00e0-dire les actes de brigandage sur mer, et les op\u00e9rations navales de guerre, baptis\u00e9es plus tard \u00ab\u202fcourses, poursuites et campagnes contre les chargements ill\u00e9gaux \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>5. Boucaniers, voleurs \u00e0 la tire et m\u00e9lomanes compulsifs, soyez tout de m\u00eame courageux : n\u00e9cessit\u00e9 normative oblige, les chasseurs de t\u00eates auront la v\u00f4tre pour s\u00fbr. Rassurez-vous cependant : la mort est une incommodit\u00e9 passag\u00e8re, apr\u00e8s on n\u2019y pense plus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Reproduire sans payer, m\u00eame avec un enfant \u00e7a ne se peut pas<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Barberousse, de son vrai nom Uruj, fils d\u2019un turc et d\u2019une chr\u00e9tienne, n\u00e9 vers 1474 dans l\u2019\u00eele de Lesbos, \u00e9cumeur des mers au service de la Sublime Porte, harpiste et remarquable corsaire barbaresque. Son Atlas strat\u00e9gique de l\u2019abordage est un ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019imagine insaisissable, et je m\u2019ent\u00eate sur la n\u00e9cessit\u00e9 du piratage et le bonheur d\u2019\u00eatre du mauvais bord. Je m\u2019attarde sur les joies des actes hors-la-loi. Mon lieu de maraudage est l\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019artiste est un sans scrupule, un escroc qui s\u2019attaque aux navires ronflants. C\u2019est un clandestin qui complote \u00e0 la face des bons sentiments, un d\u00e9trousseur du frais chier. D\u00e9puceleur de profession, il n\u2019est rien d\u2019autre qu\u2019un anonyme qui se d\u00e9masque pour m\u00e9dire et voler. Oubliez le reste : les m\u00e9dailles, les pr\u00e9sidences d\u2019honneurs, la r\u00e9trospective canonique, le prix de la Gouverneure G\u00e9n\u00e9rale, les hommages posthumes, le flonflon des tables d\u2019honneur, tous \u00e7a c\u2019est du chloroforme pour cancres vieillissants. Vous ne pouvez \u00eatre pirate \u00e0 b\u00e2bord, et l\u00e9gitime \u00e0 tribord. Choisissez.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9canique ou num\u00e9rique, biologique ou virtuelle, la reproduction est une activit\u00e9 dissimul\u00e9e, enthousiaste. Depuis toujours l\u2019esp\u00e8ce s\u2019adonne \u00e0 la multiplication, compulsivement. En art comme en affaire, seule une signature distingue l\u2019original d\u2019une copie : c\u2019est le R. Mutt appos\u00e9 sur l\u2019urinoir. Mais contrairement aux documents notari\u00e9s, nul besoin d\u2019une signature pour que la musique d\u2019un disque&nbsp;<em>copi\u00e9<\/em>&nbsp;soit valable, jouissive. Nul besoin de la matrice d\u2019origine pour obtenir un plaisir m\u00e9lomane. \u00ab\u202fLa possibilit\u00e9 technique de reproduire l\u2019\u0153uvre d\u2019art modifie l\u2019attitude de la masse \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019art \u00bb disait Benjamin d\u00e8s 1935. Nous y sommes plus que jamais. J\u2019ajoute : la reproductibilit\u00e9 sans limite de l\u2019\u0153uvre d\u2019art modifie en profondeur l\u2019attitude de l\u2019artiste devant ses propres travaux, leur diffusion, les activit\u00e9s de marchandage et la vraisemblance d\u2019une copie. La question du faux ne se pose plus, ou tr\u00e8s peu. Elle s\u2019\u00e9crase sous l\u2019obsession du droit.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019ampleur insolite de ce monde o\u00f9 tout se transige au dollar, la gratuit\u00e9 de l\u2019art est une notion subversive, tr\u00e8s joliment diabolique. La responsabilit\u00e9 morale devant le droit d\u2019auteur devrait se jauger au plaisir du spectacle, dans le partage amus\u00e9. Le reste c\u2019est de la tractation, de la sinc\u00e9rit\u00e9 de vendeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans cons\u00e9quence barbare, \u00e0 peine d\u00e9sobligeant, le piratage contemporain est petitement sanglant. Les hauts cris des auteurs vol\u00e9s sont peu cr\u00e9dibles.&nbsp;<em>Piracy is a crime<\/em>, nous racontent les inquiets de l\u2019industrie. L\u2019activit\u00e9 de piratage fait peut-\u00eatre saigner les armateurs, mais elle est aussi une r\u00e9sistance minimale aux registres.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Br\u00e8ve tirade<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Pierre Jean D\u2019Assise, marin des oc\u00e9ans pendant 30 ans, pirate \u00e0 la carrure imposante, homme \u00e0 tout faire, bon gars, fine lame, amoureux inquiet. Peu de temps avant sa mort, il publia un texte sombre et sobre, Souvenirs du large, reproduit \u00e0 cent exemplaires.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Voici ce que je vous rapporte : En mai 1725, j\u2019assistai \u00e0 la condamnation \u00e0 mort du flibustier fran\u00e7ais Jean LeDru, qui lan\u00e7a cette br\u00e8ve tirade avant de mourir supplici\u00e9 et pendu dans le port de La Havane : \u00ab\u202fVous, capitaines et officiers marchands, par votre hantise de la perte et votre s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 brutale envers vos \u00e9quipages, gabiers, violoneux et fifres, vous les invitez par l\u2019interdit au dire et au partage, par la d\u00e9sertion, \u00e0 devenir des forbans et des tra\u00eetres coupables. En les traitant comme des esclaves et les nourrissant moins bien que ces autres \u00e0 la mode du jour, \u00e0 tort vous croyez sujets ceux qui ont librement choisi de faire conna\u00eetre le monde tel qu\u2019il est. Devant le spectacle de ma mise \u00e0 mort, ayez plus d\u2019attention sur nos conduites et nos dits. Ainsi, nous vous rendons responsables de notre mort, vous tous coupables de ne rien entendre. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre faut-il lire ici le premier (et court) manifeste en l\u2019honneur du piratage toute \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Parlons Plamondon<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Alexandre Olivier Oexmelin, chirurgien d\u00e9muni, s\u2019embarque pour les Antilles et l\u2019aventure en juillet 1666. M\u00e9content de sa condition d\u2019engag\u00e9, il erre d\u2019\u00eele en \u00eele pour aboutir \u00e0 la Tortue (\u00eele alcoolique et sans r\u00e9gence). Pendant 15 ans, il suit les groupes de flibustiers, revient en Europe puis repart aux Antilles o\u00f9 il assiste au si\u00e8ge de Carthag\u00e8ne. Nous perdons sa trace \u00e0 Providence. Il publia trois r\u00e9cits, tous de subtils plagiats.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a une unanimit\u00e9 suspecte dans la condamnation des activit\u00e9s de piratages (t\u00e9l\u00e9chargement, copie et autres plaisirs solitaires inoffensifs). Le message est grandiose, irr\u00e9m\u00e9diable : les copieurs sont des voleurs. Chhlakk, la sentence s\u2019aplatit dans le sens du poil. Automatiques gangsters informatiques, nous devenons tous criminels par l\u2019outil, pour notre bon plaisir et celui de nos proches. Comment r\u00e9sister aux petites joies du copiage m\u00e9lomane\u2009? Suis-je sens\u00e9ment criminel parce que je cueille gratuitement ce qu\u2019un autre offre par plaisir contagieux\u2009? Les offrants sont-ils tous de m\u00e9chants traficoteurs (geeks optimistes), jeunes hommes adeptes de la gratuit\u00e9 sans remords\u2009? Et si je r\u00e9pands la bonne nouvelle d\u2019une bonne musique, suis-je vraisemblablement condamnable\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Selon les dires de <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019ADISQ<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Fond\u00e9e en 1978 pour d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats de ses membres et favoriser le d\u00e9veloppement de l\u2019industrie de la musique au Qu\u00e9bec, l\u2019Association qu\u00e9b\u00e9coise de l\u2019industrie du disque, du spectacle et de la vid\u00e9o (ADISQ) est une association professionnelle sans but lucratif. Devise de l\u2019ADISQ : \u00ab Notre raison d\u2019\u00eatre, c\u2019est la musique de votre quotidien \u00bb. Merci \u00e0 l\u2019ADISQ de s\u2019occuper de notre musique au quotidien.<\/span>, selon le ton alarmiste des g\u00e9rants, fabricants et boutiquiers de musique, d\u2019apr\u00e8s certains compositeurs right on et plusieurs auteurs de chansons potel\u00e9s, il est urgent de pointer du doigt l\u2019immoralit\u00e9 des gestes pirates pos\u00e9s quotidiennement par les usag\u00e9s de <span style=\"white-space: nowrap;\">l\u2019informatique<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Informatique : se tenir inform\u00e9, science du traitement de l\u2019information (et de la libre circulation de celle-ci).<\/span>. \u00c0 moyen terme, ces soudards innocents vont an\u00e9antir ce fleuron du g\u00e9nie qu\u00e9b\u00e9cois qu\u2019est l\u2019industrie locale du disque : l\u2019unicit\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise sera ainsi perdue\u2009; on ne fera pas l\u2019ind\u00e9pendance et Luc Plamondon va devoir rester en Irlande.<\/p>\n\n\n\n<p>Parlons <span style=\"white-space: nowrap;\">Plamondon<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - \u00ab Des mots qui sonnent, des mots qui r\u00e9sonnent \u00bb est une rime c\u00e9l\u00e8bre de notre homme. L\u2019hommage du collectif Fonds de Terroir demeure essentiel : \u00ab Voyons donc, gros jambon, peut-on imaginer Plamondon sans son rime folichon. R\u00e9veil Champion! \u00bb,&nbsp;<em>R\u00e9veil Champion<\/em>, Audiogramme, 2006.<\/span>. Ce riche petit parolier champion du droit d\u2019auteur est aussi un grand \u00e9cumeur des mers. \u00c0 preuve : notre librettiste bonbon de r\u00e9putation (traduit en 12 malheureuses langues) s\u2019est accord\u00e9 le plus vulgaire des go\u00fbts du piratage ancienne mani\u00e8re : l\u2019app\u00e2t visc\u00e9ral du gain (avec en prime un corpus po\u00e9tique m\u00e9diocre). Notre ami Luc l\u2019artiste serait donc un vrai capitaine qui se fait passer pour un faux pirate&#8230; Il y a ici un doute sur l\u2019identit\u00e9\u2009; ne manque qu\u2019un petit pompier&#8230; Ce qui nous conduit \u00e0 cette conclusion unisexe : d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, d\u2019un bord ou de l\u2019autre, l\u2019artiste (soi-disant) est un menteur ing\u00e9nieux. En dehors de cette t\u00e2che sp\u00e9cifique, invariablement, l\u2019artiste (soi-disant) sera un reproducteur de bateaux en bouteilles, un salari\u00e9 aux go\u00fbts du jour.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mise en p\u00e9ril de la propri\u00e9t\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p><em>Marie Read, c\u00e9l\u00e8bre femme pirate dont les aventures sont devenues l\u00e9gendaires. \u00c9lev\u00e9e comme un gar\u00e7on, elle s\u2019engage dans l\u2019arm\u00e9e d\u00e9guis\u00e9e en homme, avant de devenir un pirate redout\u00e9, sans propri\u00e9taire. On lui attribue un recueil de subtils \u00e9pigrammes, aujourd\u2019hui perdu. Seuls ces quelques mots nous sont parvenus<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>Souvent, pour s\u2019amuser, les hommes d\u2019\u00e9quipage<br>Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,<br>Qui suivent, indolents compagnons de voyage,<br>Le navire glissant sur les gouffres amers.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Po\u00e8te est semblable au prince des nu\u00e9es<br>Qui hante la temp\u00eate et se rit de l\u2019archer\u2009;<br>Exil\u00e9 sur le sol au milieu des hu\u00e9es,<br>Ses ailes de g\u00e9ant l\u2019emp\u00eachent de marcher.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il faut \u00eatre coriace pour cumuler la double t\u00e2che de po\u00e8te et de pirate (sans vous entretenir sur la difficult\u00e9 de cacher sa v\u00e9ritable identit\u00e9 sexuelle&#8230;). Il est plus simple de demeurer \u00e0 tribord, sans bouger, du c\u00f4t\u00e9 convenable.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019artiste est-il devenu un agent double, \u00e0 la fois chercheur et marchand, superbement univoque\u2009? Les hyst\u00e9riques du droit d\u2019auteur nous r\u00e9p\u00e8tent que l\u2019art est une question de propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, que l\u2019art est une entreprise \u00e0 but lucratif l\u00e9gitim\u00e9 par ce monde toujours mieux administr\u00e9\u2009; le reste \u00e9tant facultatif.<\/p>\n\n\n\n<p>Soyons francs, ce que le piratage met en p\u00e9ril, ce n\u2019est pas l\u2019art, c\u2019est le commerce. Malgr\u00e9 un taux de succ\u00e8s \u00e0 faible indice, le piratage s\u2019impose comme un acc\u00e9l\u00e9rateur soci\u00e9tal, un faux mal. Le droit d\u2019auteur est devenu maniaque et le patrimoine mondial rapetisse sous le fanatisme des acqu\u00e9reurs l\u00e9gaux\u2009; le domaine public est un lieu vital, un compost r\u00e9g\u00e9n\u00e9rateur en danger de rar\u00e9faction. Ch\u00e9rissons l\u2019id\u00e9e que l\u2019industrie de l\u2019art s\u2019effondrera sous la pression qu\u2019exerce l\u2019activit\u00e9 boulimique des libres copieurs. Mais doutons-en, et c\u2019est dommage : l\u2019appauvrissement se poursuivra, la circulation de l\u2019art se fera moins librement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a va prendre des permis, des licences, toujours plus d\u2019autorisations et plus d\u2019argent.<\/p>\n\n\n\n<p>Terminons sur cette citation de St\u00e9phane Venne, autre petit parolier local : \u00ab\u202fTout artiste est initialement le seul possesseur de son \u0153uvre et a le droit de la partager avec qui il veut, quand il le veut et aux termes qu\u2019il veut. Tout ce qui n\u2019est pas \u00e7a est du vol, qu\u2019on soit jeune voleur ou vieux voleur, voleur pauvre ou voleur riche [sic]. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On est en&nbsp;<em>bizness<\/em>.<\/p>\n<div style='display: none;'>Michel F C\u00f4t\u00e9<\/div><div style='display: none;'>Michel F C\u00f4t\u00e9<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"template":"","categories":[281,887],"numeros":[4257],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[912],"artistes":[],"thematiques":[],"type_chronique":[],"class_list":["post-177498","chronique","type-chronique","status-publish","hentry","category-archive","category-column","numeros-57-signatures-en","statuts-archive","auteurs-michel-f-cote-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/chronique\/177498","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/chronique"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chronique"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=177498"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=177498"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=177498"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=177498"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=177498"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=177498"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=177498"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=177498"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=177498"},{"taxonomy":"type_chronique","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_chronique?post=177498"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}