<br />
<b>Notice</b>:  Function _load_textdomain_just_in_time was called <strong>incorrectly</strong>. Translation loading for the <code>woocommerce-shipping-per-product</code> domain was triggered too early. This is usually an indicator for some code in the plugin or theme running too early. Translations should be loaded at the <code>init</code> action or later. Please see <a href="https://developer.wordpress.org/advanced-administration/debug/debug-wordpress/">Debugging in WordPress</a> for more information. (This message was added in version 6.7.0.) in <b>/var/www/staging.esse.ca/htdocs/wp-includes/functions.php</b> on line <b>6131</b><br />
<br />
<b>Notice</b>:  Function _load_textdomain_just_in_time was called <strong>incorrectly</strong>. Translation loading for the <code>complianz-gdpr</code> domain was triggered too early. This is usually an indicator for some code in the plugin or theme running too early. Translations should be loaded at the <code>init</code> action or later. Please see <a href="https://developer.wordpress.org/advanced-administration/debug/debug-wordpress/">Debugging in WordPress</a> for more information. (This message was added in version 6.7.0.) in <b>/var/www/staging.esse.ca/htdocs/wp-includes/functions.php</b> on line <b>6131</b><br />
{"id":177977,"date":"2007-05-01T18:10:00","date_gmt":"2007-05-01T23:10:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/chronique\/contreverite\/"},"modified":"2022-10-20T10:33:16","modified_gmt":"2022-10-20T15:33:16","slug":"contreverite","status":"publish","type":"chronique","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/columns\/contreverite\/","title":{"rendered":"Contrev\u00e9rit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">V\u00e9rit\u00e9 \u00e0 poil<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans&nbsp;<em>Vie et mort d\u2019\u00c9mile Ajar<\/em>, Romain Gary raconte comment et pourquoi le plus fabuleux canular litt\u00e9raire du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent a pris forme. Il d\u00e9bute son texte ainsi\u202f: \u00ab\u202fJ\u2019\u00e9cris ces lignes \u00e0 un moment o\u00f9 le monde, tel qu\u2019il tourne en ce dernier quart de si\u00e8cle, pose \u00e0 un \u00e9crivain, avec de plus en plus d\u2019\u00e9vidence, une question mortelle pour toutes les formes d\u2019expression artistique\u202f: celle de la futilit\u00e9. De ce que la litt\u00e9rature se crut et se voulut \u00eatre pendant si longtemps \u2013 une contribution \u00e0 l\u2019\u00e9panouissement de l\u2019homme et \u00e0 son progr\u00e8s \u2013 il ne reste m\u00eame plus l\u2019illusion <span style=\"white-space: nowrap;\">lyrique<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Romain Gary,&nbsp;<em>Vie et mort d\u2019\u00c9mile Ajar<\/em>, Paris, Gallimard, 1968.<\/span>.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La publication de ce court texte est posthume, Gary ayant tout arrang\u00e9 pour que le canular frappe fort, apr\u00e8s sa mort.&nbsp;<em>Vie et mort d\u2019\u00c9mile Ajar<\/em>&nbsp;met fin \u00e0 un lent r\u00e8glement de comptes\u2009; ce fut aussi une mani\u00e8re r\u00e9troactive de faire chier ses d\u00e9tracteurs, une option ferme sur le plaisir d\u2019avoir le dernier mot et de nier cette rumeur applicable \u00e0 tous\u202f: de pair avec la frivolit\u00e9&nbsp;<em>tabula rasa<\/em>&nbsp;des modes du 20e si\u00e8cle, les artistes avaient maintenant une date de p\u00e9remption. La tromperie de Gary est r\u00e9trospectivement cynique, rudement \u00e9ditoriale \u2013 la critique le disait tari, hors d\u2019haleine, d\u00e9pass\u00e9 par la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9crivain (il s\u2019enivrait \u00e0 lire les commentaires critiques sur l\u2019\u0153uvre flamboyante du jeune Ajar\u2009; on \u00e9crivait de celui-ci qu\u2019il \u00ab\u202fd\u00e9tr\u00f4nait le vieux Gary\u202f\u00bb&#8230;)\u202f: d\u2019une mani\u00e8re dou\u00e9e, il a r\u00e9agi en prenant un pseudonyme par le biais duquel il re\u00e7oit \u00e0 nouveau le Goncourt pour&nbsp;<em>La vie devant soi<\/em>&nbsp;(en 1975, 19 ans apr\u00e8s son premier Goncourt \u2013 un prix qui ne peut \u00eatre attribu\u00e9 deux fois \u00e0 un m\u00eame auteur), et publie ensuite&nbsp;<em>Pseudo<\/em>&nbsp;(1976, toujours sous le pseudonyme d\u2019\u00c9mile Ajar), r\u00e9cit autobiographique dans lequel Ajar s\u2019avoue avec une incroyable transparence, traquant ouvertement son propre canular sans que personne ne soup\u00e7onne. Un extrait\u202f: \u00ab\u202fApr\u00e8s avoir sign\u00e9 plusieurs centaines de fois, si bien que la moquette de ma piaule \u00e9tait recouverte de feuilles blanches avec mon pseudo qui rampait partout, je fus pris d\u2019une peur atroce\u202f: la signature devenait de plus en plus ferme, de plus en plus elle-m\u00eame pareille, identique, telle quelle, de plus en plus fixe.&nbsp;<em>Il \u00e9tait l\u00e0<\/em>. Quelqu\u2019un, une identit\u00e9, un pi\u00e8ge \u00e0 vie, une pr\u00e9sence d\u2019absence, une infirmit\u00e9, une difformit\u00e9, une mutilation, qui prenait possession, qui devenait moi.&nbsp;<em>\u00c9mile Ajar<\/em>. Je m\u2019\u00e9tais <span style=\"white-space: nowrap;\">incarn\u00e9<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Romain Gary (\u00c9mile Ajar),&nbsp;<em>Pseudo<\/em>, Paris, Mercure de France, 1976, p. 10.<\/span>.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Du grand art, une ironie sublime. Que du feu pour l\u2019heure, mais une partie de plaisir envisageable apr\u00e8s la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Le canular de Gary ne proc\u00e9dait pas d\u2019une intention ludique, il \u00e9tait effront\u00e9 et offens\u00e9\u2009; ce fut un commentaire hardi sur l\u2019insignifiance et le joug de la nouveaut\u00e9, un droit de veto sur la servitude du renouveau et du&nbsp;<em>turn-over<\/em>&nbsp;(taux de renouvellement du personnel d\u2019une entreprise \u2013 ici celle de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise).<\/p>\n\n\n\n<p>Gary a \u00e9tabli qu\u2019il n\u2019y a peut-\u00eatre pas de renaissance possible sans canular, mais aussi qu\u2019il est inutile de vouloir rena\u00eetre, puisque les quelques intuitions d\u2019origine se subdiviseront sans fin\u202f: elles iront de-ci de-l\u00e0, retraversant dans un va-et-vient incessant l\u2019unique champ d\u2019investigation caract\u00e9ristique \u00e0 chacun. Il suffit de creuser toujours\u2009; de polir l\u2019individu \u00e0 l\u2019infini.<\/p>\n\n\n\n<p>Gary a r\u00e9fut\u00e9 la th\u00e8se du tarissement in\u00e9vitable, il s\u2019est amus\u00e9 avec la preuve du contraire\u2009; il a pouss\u00e9 son canular jusqu\u2019au cercueil. Son triomphe est joyeusement posthume.<\/p>\n\n\n\n<p>Retenons ceci\u202f: non rentables, interchangeables et jetables, les artistes sont aujourd\u2019hui&nbsp;<em>has been<\/em>. \u00c0 r\u00e9p\u00e9tition et avec urgence, ils ont tous besoin d\u2019une nouvelle identit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Valve<\/h2>\n\n\n\n<p>Le canular est un sport de ph\u00e9nix.<br>Le canular est une activit\u00e9 de douce schizophr\u00e9nie.<br>Le canular est une envie de faire accroire pour accro\u00eetre le plaisir.<br>Le canular est un clin d\u2019\u0153il ironique jet\u00e9 \u00e0 l\u2019institutionnalisation du mensonge.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Occident a instaur\u00e9 le mensonge en vertu. C\u2019est une strat\u00e9gie de mauvaise conscience. Une tradition qui gonfle depuis les Croisades. Beau parleur de la d\u00e9sinformation, le mythomane s\u2019est ajout\u00e9 \u00e0 la galerie des demi-dieux contemporains. Qui peut-on encore croire chez les dignitaires, tous intoxiqu\u00e9s \u00e0 ne dire vrai\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Face \u00e0 la permanence de la tromperie, le bobard exerce une pression d\u00e9licate et ouvre momentan\u00e9ment l\u2019obturateur. Le canular peut \u00eatre envisag\u00e9 comme \u00e9tant une soupape activ\u00e9e pour la survie sociale de l\u2019esp\u00e8ce. Une pommade antibiotique qui laisse passer l\u2019intelligence et bloque la transparence d\u00e9tourn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Sublime dans ses contre-pieds, Cage \u2013 toujours lui \u2013 est un des seuls \u00e0 avoir utilis\u00e9 le canular sans un recours au pseudonyme. Il ne d\u00e9sirait pas faire accroire\u202f: il proposait autre chose que ce qui \u00e9tait cru.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Chez les autres mammif\u00e8res le canular n\u2019existe pas. Imaginons que le mensonge est li\u00e9 \u00e0 l\u2019invention du langage, \u00e0 la capacit\u00e9 infinie de dire, redire et&nbsp;<em>d\u00e9dire<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Faux airs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Faisons comme il se doit\u202f:<br>\u2013 Je ne dirai que la v\u00e9rit\u00e9. Toute la v\u00e9rit\u00e9. Rien que la v\u00e9rit\u00e9.<br>\u2013 Dites je le jure.<br>\u2013 Je le jure.<br>Le trouble d\u00e9bute ici. Le parjure s\u2019invente quand on croit bien faire.<br>Jurer est sans utilit\u00e9. Ce n\u2019est pas dire la v\u00e9rit\u00e9 qui compte, ce qui compte c\u2019est dire. Le canular est une mani\u00e8re de dire plus efficace que le jurer.<br>Doit-on se rendre jusqu\u2019au canular pour \u00eatre encore audible\u2009?<br>Me croyez-vous\u2009?<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">En banlieue du ciel<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab\u202fLa religion (ensemble d\u2019actes rituels li\u00e9s \u00e0 la conception d\u2019un domaine sacr\u00e9 distinct du profane, et destin\u00e9s \u00e0 mettre l\u2019\u00e2me humaine en rapport avec Dieu) aide \u00e0 soigner les maladies, permet d\u2019\u00e9viter les catastrophes et assure une vie douce\u202f\u00bb, disent, grosso modo, les voyageurs du commerce spirituel.<\/p>\n\n\n\n<p>Va pour les maladies. Une pri\u00e8re de temps \u00e0 autre ne peut pas nuire.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019assurance d\u2019une vie douce, restons sur nos gardes\u202f: nombreux sont les saints qui ont termin\u00e9 leur carri\u00e8re en rudesse (et qu\u2019est-ce qu\u2019une vie douce\u2009?).<\/p>\n\n\n\n<p>Quant aux catastrophes ainsi \u00e9vit\u00e9es, \u00e9mettons une r\u00e9serve. Songeons m\u00eame \u00e0 l\u2019inverse.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des canulars qui ont la vie longue\u2009; puis une vie apr\u00e8s la mort.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Aucune de ces cinq anecdotiques v\u00e9rit\u00e9s n\u2019est fausse<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>1.<\/strong>&nbsp;Il y a quelques d\u00e9cennies, lors d\u2019un happening \u00e0 Terre des Hommes, copain-copain, j\u2019ai jou\u00e9 du conga en compagnie de Pierre Elliot Trudeau \u2013 il \u00e9tait alors Premier ministre du Canada. PET ne ratait jamais une occasion de prouver \u00e0 son entourage (et aux m\u00e9dias&#8230;) qu\u2019il \u00e9tait capable de tout\u202f: canotage, karat\u00e9, s\u00e9duction et percussion. C\u2019est ainsi qu\u2019en l\u2019espace de quelques mesures endiabl\u00e9es, j\u2019ai servi de faire\u2011valoir au Canadien le plus c\u00e9l\u00e8bre de l\u2019\u00e9poque. Regards complices, quelques rythmes cubains, et puis hop\u202f: PET n\u2019\u00e9tait pas qu\u2019arrogant, il avait aussi du rythme\u2009!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2.<\/strong>&nbsp;Un peu plus tard, ne reculant devant aucune contradiction, pendant trois ann\u00e9es je fus l\u2019assistant de Pierre Bourgault. Pour me prouver son amiti\u00e9, au jour de mon anniversaire, celui-ci me fit le pr\u00e9sent d\u2019un iguane, petit saurien ayant l\u2019aspect d\u2019un l\u00e9zard de grande taille \u2013 le mien avait au total cinquante centim\u00e8tres. J\u2019ai nomm\u00e9 cette b\u00eate, peu bavarde, Madame. Elle fut ma paisible compagne en r\u00e9sidence durant deux ann\u00e9es. Puis je l\u2019offris \u00e0 Pierre Bourque, alors directeur du Jardin Botanique de Montr\u00e9al (il y avait dans le pavillon central du Jardin, en 1986, un petit vivoir \u00e0 iguanes). Je garde de Madame un doux souvenir. Vindicative, elle me fouettait parfois de sa queue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3.<\/strong>&nbsp;Sous les tropiques, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019oc\u00e9an Pacifique, le long d\u2019une plage interminable, un beau jour, j\u2019ai bravement sauv\u00e9 la vie \u00e0 un \u00e9norme requin blanc mangeur d\u2019homme. Le malheureux s\u2019\u00e9tait \u00e9chou\u00e9 sur la plage, les branchies palpitantes, son corps long et massif encore fr\u00e9tillant. Sa gueule bien ouverte offrait un \u00e9talage que seul un dentiste aurait pu appr\u00e9cier \u00e0 sa juste valeur. N\u2019\u00e9coutant alors que la seule chose possible \u00e0 ou\u00efr pour agir\u202f: un courage irr\u00e9fl\u00e9chi, j\u2019ai sur-le-champ entreprit de sauver ce fantastique monstre. Sans tarder \u2013 le temps comptait \u2013, m\u2019approchant par l\u2019arri\u00e8re, j\u2019ai chevauch\u00e9 la b\u00eate, la tenant fermement par sa protub\u00e9rante nageoire dorsale, puis, en man\u0153uvrant fermement et avec une infinie pr\u00e9caution, j\u2019ai redirig\u00e9 l\u2019abominable s\u00e9lacien vers l\u2019oc\u00e9an en le chevauchant encore sur une dizaine de m\u00e8tres. Ainsi, doucement, l\u2019\u00e9norme requin blanc retourna \u00e0 sa vie de mangeur d\u2019homme. Fier et attendri, je suis rest\u00e9 de longues minutes \u00e0 regarder l\u2019animal reprendre sa vitalit\u00e9, puis dispara\u00eetre. Une fois redevenu seul, en d\u00e9tournant mon regard de l\u2019horizon, je fus pris d\u2019une terrible frayeur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4.<\/strong>&nbsp;C\u2019\u00e9tait une nuit d\u2019aurores bor\u00e9ales, quelque part dans un parc nordique. La soir\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 lente, contemplative, quasi ennuyante. Ne restaient que quelques braises\u2009; il \u00e9tait temps de vider ma vessie puis d\u2019aller sous la tente. Pour pisser, je choisis le d\u00e9cor du lac sur la berge duquel je campais. \u00c0 cette heure de la nuit, la lune, pleine et irradiante, propageait sa lumi\u00e8re jusqu\u2019au fond de ce lac, laissant para\u00eetre l\u2019intense activit\u00e9 faunique d\u2019un petit monde aquatique. J\u2019\u00e9tais m\u00e9dus\u00e9 d\u2019apercevoir cet univers grouillant et besognant\u2009; j\u2019en oubliai de pisser. Tout \u00e9tait \u00e0 voir, et rien \u00e0 comprendre. Ma d\u00e9couverte la plus lumineuse, si j\u2019ose dire, fut celle d\u2019un groupe de petits vers luisants\u202f: une douzaine de sp\u00e9cimens de deux centim\u00e8tres chacun, tous regroup\u00e9s dans une sph\u00e8re parfaite de dix centim\u00e8tres. Leur man\u00e8ge \u00e9tait extraterrestre, un ballet aquatique rayonnant d\u2019une intense beaut\u00e9. La boule tournait sur elle-m\u00eame et ne se d\u00e9pla\u00e7ait pas. Il s\u2019en d\u00e9gageait une lumi\u00e8re douce, l\u00e9g\u00e8rement verd\u00e2tre, d\u00e9licatement mouvante. Je restai plusieurs minutes \u00e0 observer ce rituel inaccessible. Je n\u2019avais plus sommeil. Je d\u00e9cidai donc de lire pr\u00e8s de cette source phosphorescente in\u00e9dite, confortablement assis sur une large roche, socle aupr\u00e8s duquel ma bande de vers luisants porte-bonheur se livrait \u00e0 sa machination chor\u00e9graphique.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que je lus&nbsp;<em>Voyage au bout de la nuit<\/em>, d\u2019un seul trait, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aube, sans remarquer \u00e0 quel moment mes compagnons cess\u00e8rent leur cabale.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fut une merveilleuse nuit d\u2019insomnie.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5.<\/strong>&nbsp;Dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, je vous parlerai maintenant d\u2019un livre introuvable, apparemment exceptionnel, que je m\u2019\u00e9tais efforc\u00e9 de d\u00e9nicher, sans r\u00e9sultat. Ma qu\u00eate \u00e9tait obsessive. Je ratissais encore la ville du nord au sud \u00e0 sa recherche quand, un apr\u00e8s-midi, sur les marches de la biblioth\u00e8que municipale, j\u2019aper\u00e7us une jeune femme debout contre la balustrade de marbre avec un livre devant elle\u202f: celui-l\u00e0 m\u00eame sur lequel je tentais d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de mettre la main&#8230; Bien qu\u2019il ne soit pas dans mes habitudes d\u2019adresser la parole \u00e0 des inconnus \u2013 j\u2019ai m\u00eame l\u2019id\u00e9e en horreur \u2013, je trouvai la co\u00efncidence trop \u00e9tourdissante pour garder le silence.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Croyez-le ou non, dis-je \u00e0 la jeune femme, j\u2019ai cherch\u00e9 ce livre partout.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Il est d\u2019exception, r\u00e9pondit-elle. J\u2019en termine tout juste la lecture.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Savez-vous o\u00f9 je pourrais m\u2019en procurer un autre exemplaire\u2009?, dis-je.<br>\u2013 Celui-ci est \u00e0 vous, r\u00e9pliqua la jeune femme.<br>\u2013 Mais c\u2019est le v\u00f4tre, protestai-je.<br>\u2013 C\u2019<em>\u00e9tait le mien<\/em>, dit-elle, mais je l\u2019ai maintenant termin\u00e9. Je suis venue ici pour vous le donner.<br>Me croyez-vous\u2009?<\/p>\n<div style='display: none;'>Michel F C\u00f4t\u00e9<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"template":"","categories":[281,887],"numeros":[4328],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[912],"artistes":[],"thematiques":[],"type_chronique":[],"class_list":["post-177977","chronique","type-chronique","status-publish","hentry","category-archive","category-column","numeros-60-canular-en","statuts-archive","auteurs-michel-f-cote-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/chronique\/177977","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/chronique"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chronique"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=177977"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=177977"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=177977"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=177977"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=177977"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=177977"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=177977"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=177977"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=177977"},{"taxonomy":"type_chronique","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_chronique?post=177977"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}