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{"id":178625,"date":"2006-09-01T18:50:00","date_gmt":"2006-09-01T23:50:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/chronique\/tue-moi\/"},"modified":"2024-10-17T14:46:31","modified_gmt":"2024-10-17T19:46:31","slug":"tue-moi","status":"publish","type":"chronique","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/columns\/tue-moi\/","title":{"rendered":"Tue-moi"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p><em>All I wanna do is dance.<\/em><br>Je fus danseur pour Marie Chouinard pendant deux dures ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019arrivai t\u00f4t dans l\u2019histoire de la compagnie, de 1995 \u00e0 1997. Deux ann\u00e9es o\u00f9 je cessai toute activit\u00e9 musicale, les exigences physiques du m\u00e9tier de danseur ne me laissant que tr\u00e8s peu de temps pour composer et <em>jouer<\/em>. Mon objectif \u00e9tait sinc\u00e8re (volontaire et na\u00eff)\u202f: de l\u2019int\u00e9rieur, mieux comprendre l\u2019interaction math\u00e9matique danseur\/musique \u2013 un r\u00e9flexe d\u2019anthropologue amateur, la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre sur le terrain suant du danseur. Deux dures ann\u00e9es \u00e0 n\u2019y rien comprendre, toujours \u00e0 bout de souffle \u00e0 courir de-ci de-l\u00e0, \u00e0 soulever sans cesse tout ce qui bouge autour de moi, probl\u00e8mes arithm\u00e9tiques et mn\u00e9motechniques en sus. Travaux de gal\u00e9riens exerc\u00e9s, huil\u00e9s et courageux. M\u00e9tier peu pay\u00e9 avec en prime un mal au corps largement autobiographique. T\u00e2che sans rel\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n<p>Moi le musicien<em>,<\/em> je sur-suais et m\u2019\u00e9puisais \u00e0 \u00eatre autre chose. De mani\u00e8re terne, j\u2019\u00e9tais terrass\u00e9 de me voir v\u00eatu d\u2019un trop petit slip de <em>spandex<\/em> blanc avec un petit pompon sur l\u2019\u00e9talage: costume \u00e9trange, peu quotidien et sur-signifiant, radiographique (les musiciens <em>d\u2019avant-garde<\/em> sont peu habitu\u00e9s \u00e0 se mouler l\u2019\u00e9talage sexu\u00e9\u2008; \u00e7a revient lentement depuis 40 ans, ici et l\u00e0, en dehors des Facult\u00e9s; c\u2019est une histoire de la repr\u00e9sentation sexuelle dans les musiques du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qu\u2019il faudrait \u00e9crire (ce serait agr\u00e9able \u00e0 lire).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je fus aussi danseur pour Mandance &amp; The Decoding Society, une compagnie de <em>hard break dance<\/em>. C\u2019\u00e9tait apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 la compagnie de Chouinard. Un autre genre de <em>groove<\/em>. J\u2019y suis rest\u00e9 sept semaines, j\u2019\u00e9tais d\u00e9construit l\u00e0 aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00catre danseur, par plaisir, sans avenir. La vraie vie, quoi.<\/p>\n\n\n\n<p>La sueur des corps, constante, bavarde, est le souvenir le plus<br>pr\u00e9gnant.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, vous savez tout.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Inventions<\/h2>\n\n\n\n<p>1. En 2006, quand l\u2019artiste questionne le journalier de ses perceptions et nous expose ses scarifications au quotidien (mani\u00e8re Warhol, <span style=\"white-space: nowrap;\">\u00e9cho\u00efstique<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Je recommande vivement la lecture de ce livre: <em>Le Triangle d\u2019Herm\u00e8s. P\u0153, Stein, Warhol : figures de la modernit\u00e9 esth\u00e9tique<\/em>, Jean-Fran\u00e7ois C\u00f4t\u00e9, Bruxelles, La lettre vol\u00e9e, 2003. Il y est question du soi \u00e9cho\u00efstique de Warhol.<\/span>, mais refroidi et d\u00e9lav\u00e9), il nous offre souvent une duperie nuvite, une <em>production<\/em> confidence\u2008; il fabrique de l\u2019artisanat mou: voici ma table, voici mon chat sur la table, et pr\u00e8s de lui c\u2019est ma tasse pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e&#8230; Le geste autobiographique sent souvent les petites pr\u00e9parations maison dans lesquelles appara\u00eet, \u00e0 peine voil\u00e9e, l\u2019\u00e9rotique animale des \u00e9tats Amoureux ou D\u00e9pressifs. Soyons juste\u202f: Amoureux ou D\u00e9pressif, un artiste qui se d\u00e9voile de mani\u00e8re egomaniaque, ce n\u2019est pas n\u00e9cessairement d\u00e9sagr\u00e9able. C\u2019est parfois m\u00eame divertissant \u00e0 d\u00e9faut d\u2019\u00eatre lustral. Je dis, par sympathie consanguine, que ce serait devenu une forme semi-professionnelle de <em>reality show<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bref, l\u2019occupation biographique est une discipline exigeante et d\u00e9licate. Vie et art s\u2019y heurtent sans trop savoir.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Biographie au pas de course<\/em>, de Jean Dubuffet, est un exemple reconstituant. \u00c7a d\u00e9bute ainsi, directement\u202f: \u00ab\u202fMon enfance se d\u00e9roula au Havre dans une maison de deux \u00e9tages aux pi\u00e8ces spacieuses. Il y avait au rez-de-chauss\u00e9e un petit salon bien lambriss\u00e9 et capitonn\u00e9 pourvu de quelques chaises en cercle et de nombreux bibelots-statuettes, petits vases. Il n\u2019avait d\u2019usage qu\u2019une apr\u00e8s-midi par semaine, \u00e0 jour fixe, pour ma m\u00e8re y recevoir des visites. Une ou deux de ses s\u0153urs, deux ou trois ex-condisciples d\u2019une pension religieuse. Elles s\u2019asseyaient avec pr\u00e9caution, gardaient leur chapeau, tiraient d\u2019un sac leur \u00ab\u202fouvrage\u202f\u00bb et se mettaient \u00e0 broder en parlant d\u2019une voix aigu\u00eb. La conversation portait sur les points de broderie et sur la rusticit\u00e9 du menu peuple dont les b\u00e9vues des bonnes apportaient la d\u00e9monstration. Aussi sur les maladies et les cures thermale. Personne qui n\u2019ait une maladie, et nulle maladie qui ne rel\u00e8ve d\u2019une cure thermale. Au cours d\u2019un s\u00e9jour au Mont-Dore je rencontrai dans la campagne une femme devant un chevalet et qui peignait le paysage avec des pastels, dont elle avait une bo\u00eete pleine aupr\u00e8s d\u2019elle. Les coloris de cette bo\u00eete me frapp\u00e8rent fortement et son tableau aussi. On n\u2019y distinguait pas grand-chose que des taches de diff\u00e9rents verts, justement ce que les moqueurs nomment un plat <span style=\"white-space: nowrap;\">d\u2019\u00e9pinards<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Jean Dubuffet, <em>Biographie au pas de course<\/em>, Paris, Gallimard, 2001.<\/span>.\u202f\u00bb L\u2019int\u00e9r\u00eat du texte de Dubuffet est manifeste, d\u00e9passant la mince notion du moi surnum\u00e9raire. C\u2019est une fable r\u00e9trospective pr\u00e9cise, ancienne, d\u00e9licieuse \u00e0 lire.<\/p>\n\n\n\n<p>2. \u00ab\u202fC\u2019est tout le repli des praticiens de l\u2019art sous la sph\u00e8re du quotidien qu\u2019il nous semble n\u00e9cessaire d\u2019examiner\u202f\u00bb\u202f: et si c\u2019\u00e9tait un surplis? Une promenade sous la sph\u00e8re du quotidien est parfois salutaire \u00e0 l\u2019interne, mais la retraite permanente vers un journalier devenu <em>plastique<\/em> est une strat\u00e9gie de fortune. Un repli peut-\u00eatre, mais un repli sur soi\u202f: un ourlet vaguement schizophr\u00e9nique.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aime l\u2019art d\u00e9paysant, j\u2019avoue\u2009; j\u2019aime les gens qui s\u2019\u00e9chappent de l\u2019ordinaire. Je les aime s\u2019\u00e9loignant, tentant de s\u2019ignorer.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai ce v\u0153u incessant et r\u00e9g\u00e9n\u00e9rateur\u202f: faites-moi sortir de mon <span style=\"white-space: nowrap;\">ordinaire<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Catherine Tardif est une artiste qui me fait sortir de l\u2019ordinaire. Elle fait une diff\u00e9rence lumineuse entre l\u2019ordinaire \u2013 mot qu\u2019elle utilise bien, \u00e0 juste valeur, pour nommer le quotidien \u2013 et l\u2019extraordinaire, \u00e9tat qu\u2019elle nous offre dans ses travaux chor\u00e9graphiques. Elle cr\u00e9e un lien sc\u00e9nique de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Ses propositions sont toujours auto-r\u00e9f\u00e9rentielles (pour l\u2019ensemble des interpr\u00e8tes, puisque les mat\u00e9riaux chor\u00e9graphiques sont d\u2019abord puis\u00e9s chez eux directement, fabriqu\u00e9s avec ce qu\u2019ils sont, avec leurs histoires), mais le r\u00e9sultat est non narcissique, \u00e0 la fois \u00e9trange et concevable. Elle invente de l\u2019extraordinaire \u00e0 partir de l\u2019ordinaire. C\u2019est rare et \u00e9mouvant.<\/span>.<\/p>\n\n\n\n<p>3. L\u2019activit\u00e9 autobiographique est un r\u00e8glement de compte strat\u00e9gique avec soi-m\u00eame, une relecture de bon copinage. C\u2019est aussi une vieille tactique de vivant d\u00e9sirant poursuivre un dialogue posthume minimal \u2013 \u00adavec les autres, les survivants. Pour les plus parano\u00efaques, c\u2019est une mani\u00e8re de r\u00e9interpr\u00e9ter le drap frip\u00e9 de leur vie avant qu\u2019un autre, avec un regard d\u2019embaumeur, ne le repasse \u00e0 leur place. Dans tous les cas, c\u2019est une distraction de seul \u00e0 soi qu\u2019il n\u2019est pas indispensable de soumettre aux yeux de tous.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dit, par voyeurisme et par plaisir, je n\u2019ai pas d\u00e9test\u00e9 lire le petit livre de Gr\u00e9goire Bouiller, <em>Rapport sur <\/em><span style=\"white-space: nowrap;\"><em>moi<\/em><a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Gr\u00e9goire Bouiller, <em>Rapport sur moi,<\/em> Paris, Allia, 2002.<\/span><sup>\u2009<\/sup>; la quatri\u00e8me de couverture n\u2019offre que ceci, parfaitement\u202f: \u00ab\u202fCe sont des choses qui arrivent.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>4. Le lyrisme autobiographique, la transparence exhibitionniste, le d\u00e9voilement exalt\u00e9 du priv\u00e9, toutes ces confitures intimistes foncent au pire, devraient foncer au pire. \u00catre narcissique, oui peut-\u00eatre, mais il faudrait le faire avec idiotie, r\u00e9solument. Envers et avec tous, pas d\u2019exclusion\u2008; s\u2019amuser avec soi et les autres comme mot d\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral. Nous n\u2019\u00e9chappons pas \u00e0 la christique tentation biographique\u2008; ce sont les strat\u00e9gies de contournement qui importent. Avec l\u2019id\u00e9e obs\u00e9dante d\u2019exposer sous une forme ou une autre ce qui nous distingue, nous avons la fonction d\u2019\u00eatre des d\u00e9trousseurs de l\u2019ordinaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous offre ceci, sans trop de rapport, pour la beaut\u00e9 de certains \u00e9tats solitaires et l\u2019illusion de n\u2019avoir besoin d\u2019aucun autre\u202f: \u00ab\u202fJe t\u2019\u00e9cris ce soir, mon amour, de Puerto Libertad, mis\u00e9rable village de p\u00eacheurs analphab\u00e8tes \u00e9loign\u00e9s de tout [&#8230;]. La Libertad, mon amour, o\u00f9 depuis deux ans j\u2019attends que ta silhouette floue \u00e0 contre-jour, toute baign\u00e9e de soleil, vienne se d\u00e9tacher du rectangle enflamm\u00e9 de la porte de la Cantina de los Pescadores. [&#8230;] Je cherche quelque chose \u00e0 te raconter, un d\u00e9tail pour te faire sourire, et je voulais te dire ceci, aujourd\u2019hui, mon amour : j\u2019aime cette habitude salvadorienne de chercher une signification aux chants des oiseaux, et de leur donner ce nom. Les Salvadoriens de La Libertad essaient d\u2019entendre une phrase en espagnol dans la m\u00e9lodie des oiseaux et les appellent ainsi. Et, si je n\u2019ai aucune sympathie pour le <em>cristofue<\/em> (<em>Pitangus sulphuratus<\/em>) et son pr\u00eache rab\u00e2ch\u00e9, j\u2019aime entendre le <em>dichosofui<\/em> (<em>Salvator c\u0153rulescens<\/em>), cet oiseau qui r\u00e9p\u00e8te \u00e0 longueur de journ\u00e9e qu\u2019il fut heureux. Et qu\u2019il ne l\u2019est plus. Je me sens moins <span style=\"white-space: nowrap;\">seul<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Patrick Deville, <em>Pura Vida, Vie &amp; mort de William Parker<\/em>, Paris, Seuil, 2004.<\/span>.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>5. Alors comment s\u2019imaginer une vie comme on fabrique de l\u2019art.Faire de sa vie une \u00ab\u202f\u0153uvre d\u2019art\u202f\u00bb est une exaltation p\u00e2lotte, une passion de jeunesse et d\u00e9j\u00e0 une usure qui date. Tout m\u00ealer devient m\u00e9langeant. La formule \u00ab\u202f\u0153uvre d\u2019art\u202f\u00bb est toujours une d\u00e9nomination r\u00e9troactive, posthume. Il n\u2019y a pas d\u2019avantages \u00e0 cultiver l\u2019\u00ab\u202f\u0153uvre d\u2019art\u202f\u00bb, \u00e7a fait mourir jeune et sans dessein.<\/p>\n\n\n\n<p>Certains disent que mourir jeune \u00ab\u202fc\u2019est bon pour la carri\u00e8re\u202f\u00bb. Une carri\u00e8re est un \u00ab\u202flieu d\u2019o\u00f9 l\u2019on extrait des mat\u00e9riaux de construction\u202f\u00bb. Pioche et pelle. L\u2019architecte est laiss\u00e9 libre.<\/p>\n\n\n\n<p>Boy-scouts de la jasette en rond, les artistes aimant\u00e9s par le moi donnent l\u2019impression de ne pas avoir suffisamment ritualis\u00e9 le passage de la mue.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Brutale confession<\/h2>\n\n\n\n<p>Tue-moi, qu\u2019il m\u2019a dit&#8230; Rage aux yeux, poings lourds, l\u2019air des mauvais jours. Je marchais sur le trottoir d\u2019une rue ordinaire, absorb\u00e9 par quelques consid\u00e9rations autobiographiques. Il s\u2019est mis en travers de mon chemin, r\u00e9solument, jambes arqu\u00e9es, comme pour d\u00e9fier le compte de ses jours. Son regard de forcen\u00e9 m\u2019intimida vivement. Il ouvrit une bouche contract\u00e9e et ordonna ces deux mots avec conviction\u202f: \u00abTue-moi\u2009!&#8230; &#8230; Tue-moi\u2009!\u202f\u00bb. Ce n\u2019\u00e9tait pas un jeux, des larmes lui venaient. Neuf ou dix ans \u00e0 peine et d\u00e9j\u00e0 une envie furieuse de tenter la mort. Je fus d\u00e9rout\u00e9, sans geste\u202f: j\u2019avais devant moi un enfant inconnu qui me crachait son inconfort de mani\u00e8re directe, violente. Du cruel \u00e0 soi; un manuel d\u2019autodestruction \u00e0 bout de voix.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais l\u00e0 plus qu\u2019un spectateur, j\u2019\u00e9tais l\u2019ex\u00e9cuteur potentiel\u2008; on m\u2019y priait. P\u00e9trifi\u00e9 et maladroit, j\u2019ai refus\u00e9\u2008; il a rag\u00e9 davantage. Puis j\u2019ai tent\u00e9 un dialogue minimal sur les causes de sa requ\u00eate funeste\u2008; sans succ\u00e8s\u202f: assourdi et furibond, il n\u2019a que r\u00e9it\u00e9r\u00e9 son ordre, encore et encore. Le man\u00e8ge \u00e9tait insoutenable. J\u2019ai contourn\u00e9 l\u2019enfant avec pr\u00e9caution et poursuivi mon chemin, idiot, d\u00e9sorient\u00e9, honteux de ne pas avoir su interagir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Beurrer ses toasts<\/h2>\n\n\n\n<p>Il serait injuste de ne pas reconna\u00eetre l\u2019int\u00e9r\u00eat, m\u00eame minimal, que peut avoir l\u2019ordinaire des jours dans l\u2019exp\u00e9rience commune. Je ne d\u00e9teste pas rebeurrer mes toasts chaque matin depuis bient\u00f4t treize mille huit cents jours. Ce n\u2019est pas souvent exaltant et c\u2019est sans propri\u00e9t\u00e9s particuli\u00e8res, mais le r\u00e9sultat demeure savoureux. Pour tous, la s\u00e9rie est une activit\u00e9 journali\u00e8re de base. L\u2019artiste est certainement un g\u00e9n\u00e9raliste qui reproduit merveilleusement l\u2019accoutum\u00e9, un observateur qui transcende l\u2019habituel par le plaisir du r\u00e9sultat. Dans l\u2019exposition de soi aux autres, il faut donc \u00eatre strat\u00e9gique, il faut ma\u00eetriser l\u2019art de se positionner en travers, comme l\u2019enfant suicidaire. Warhol \u00e9tait un excellent tacticien\u202f: \u00ab\u202fJe suis s\u00fbr qu\u2019en regardant dans un miroir je ne verrai rien. Les gens disent toujours que je suis un miroir \u2013 si un miroir regarde dans un autre miroir, qu\u2019est-ce qu\u2019il peut bien <span style=\"white-space: nowrap;\">voir<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Une citation extraite du livre de Jean-Fran\u00e7ois C\u00f4t\u00e9, pr\u00e9c\u00e9demment mentionn\u00e9. Citation elle-m\u00eame citation d\u2019un livre que je n\u2019ai pas lu\u202f: <em>Ma Philosophie de A \u00e0 B et vice-versa<\/em>, Andy Warhol, Paris, Flammarion, 1977.<\/span>.\u202f\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il voit un \u00e9l\u00e9gant vampire, Andy.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">De moi, sinc\u00e8rement<\/h2>\n\n\n\n<p>Pourquoi \u00eatre un compositeur\u2008? Pour la satisfaction d\u2019avouer sans mot. Pour imaginer que la musique dit les choses \u00e0 notre place et malgr\u00e9 nous, comme une confession incorruptible.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a ce vieil \u00e9picier ha\u00eftien qui me disait, savoureusement: \u00ab\u202fles gens ne nous aiment pas pour ce que nous sommes, ou ce que nous produisons, mais pour ce qu\u2019ils sont, eux, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment en \u00e9cho d\u2019eux-m\u00eames\u202f\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Tue-moi, m\u2019ordonnait le <em>kid<\/em>. Soit, je t\u2019\u00e9coute\u202f: tu fournis l\u2019outil contondant, tu me montres comment faire avec, puis tu m\u2019expliques lentement pourquoi je devrais le faire. Tu me racontes ce que tu sais de ta vie\u2008; tu me dis pourquoi tu perds le go\u00fbt du jeu franc. On finira peut-\u00eatre m\u00eame par se raconter des <em>jokes<\/em>, comme souvent en art.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous le rapporte, sinc\u00e8rement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont des choses qui arrivent.<\/p>\n<div style='display: none;'>Michel F C\u00f4t\u00e9<\/div><div style='display: none;'>Michel F C\u00f4t\u00e9<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"template":"","categories":[281,887],"numeros":[4332],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[912],"artistes":[],"thematiques":[],"type_chronique":[],"class_list":["post-178625","chronique","type-chronique","status-publish","hentry","category-archive","category-column","numeros-58-extimite-ou-le-desir-de-sexposer-en","statuts-archive","auteurs-michel-f-cote-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/chronique\/178625","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/chronique"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chronique"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178625"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178625"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178625"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178625"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178625"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178625"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178625"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178625"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178625"},{"taxonomy":"type_chronique","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_chronique?post=178625"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}