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{"id":178770,"date":"2005-09-01T20:00:00","date_gmt":"2005-09-02T01:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/editoriaux\/promenades-partagees\/"},"modified":"2022-11-25T12:09:12","modified_gmt":"2022-11-25T17:09:12","slug":"promenades-partagees","status":"publish","type":"editoriaux","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/editorial\/promenades-partagees\/","title":{"rendered":"Promenades partag\u00e9es"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>La pratique de la d\u00e9rive suscite l\u2019int\u00e9r\u00eat des artistes depuis plusieurs ann\u00e9es. Sa r\u00e9currence et l\u2019enthousiasme soulev\u00e9 par de nombreux auteurs nous ont motiv\u00e9 a pr\u00e9senter un dossier en deux volets. Le premier proposait un retour sur quelques pratiques d\u00e9ambulatoires des derni\u00e8res d\u00e9cennies, des essais sur les d\u00e9rives urbaines des situationnistes, sur certaines oeuvres du land art ainsi que des analyses sur diff\u00e9rentes pratiques li\u00e9es \u00e0 la marche et au d\u00e9placement.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le deuxi\u00e8me volet de ce diptyque, le land art est revisit\u00e9 par Suzanne Paquet qui propose de l\u2019observer du point de vue de l\u2019arpenteur, tant\u00f4t&nbsp;<em>land artist<\/em>&nbsp;am\u00e9ricain int\u00e9ress\u00e9 par la prospection et la topographie du territoire, tant\u00f4t voyageur marchant \u00e0 la rencontre de ces \u0153uvres. Kinga Araya r\u00e9fl\u00e9chit ensuite sur les notions de l\u2019exil et du d\u00e9placement comme geste politique op\u00e9r\u00e9 par Krysztof Wodiczko avec ses&nbsp;<em>V\u00e9hicules<\/em>, sculptures mobiles \u00e0 caract\u00e8re parfois po\u00e9tique, parfois \u00ab utilitaire \u00bb mais dont le sens est toujours investi d\u2019une critique sociale. Les d\u00e9ambulations, les trajets et les parcours ne sont pas exclusifs \u00e0 la rue ou aux sites ext\u00e9rieurs, mais se pratiquent aussi parfois dans les mus\u00e9es, par le concours de labyrinthes d\u2019artistes. Pierre Rannou en revoit quelques-uns, notamment ceux des situationnistes, mais plus particuli\u00e8rement ceux cr\u00e9\u00e9s par Robert Morris pour le Mus\u00e9e d\u2019art contemporain de Lyon. Qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une forme de contestation de l\u2019institution mus\u00e9ale ou d\u2019une recherche formelle, circuler dans ces labyrinthes m\u00e8ne le visiteur vers une prise de conscience de l\u2019espace, et du temps, qui devient, dans ces d\u00e9dales, un \u00e9l\u00e9ment presque palpable.<\/p>\n\n\n\n<p>La figure du fl\u00e2neur a longtemps \u00e9t\u00e9 masculine. \u00c0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elle est apparue, il aurait \u00e9t\u00e9 socialement inconcevable qu\u2019une femme puisse s\u2019adonner \u00e0 ce genre d\u2019activit\u00e9 \u2013 m\u00eame aujourd\u2019hui, la fl\u00e2nerie f\u00e9minine comporte un certain risque ou oblige \u00e0 choisir avec pr\u00e9caution les secteurs de d\u00e9ambulation. Les voyages en solitaire, les d\u00e9rives urbaines aux hasards de ruelles inconnues et les marches distraites au milieu de nulle part sont appr\u00e9hend\u00e9es diff\u00e9remment selon que l\u2019on soit homme ou femme. C\u2019est avec cette conscience que sont abord\u00e9es ici, par Kathleen Ritter, les d\u00e9rives f\u00e9minines. Bien que l\u2019intention n\u2019a parfois rien \u00e0 voir avec le fait d\u2019\u00eatre femme ni n\u2019a d\u2019incidence sur le r\u00e9sultat final, ces actions porteront toujours en elles la sp\u00e9cificit\u00e9 du genre. Patrice Loubier quant \u00e0 lui nous fait part de quelques oeuvres d\u00e9couvertes au hasard de ses promenades. Aper\u00e7ues un peu partout dans la ville, elles sont souvent de simples et discr\u00e8tes interventions dont les auteurs pourraient rester inconnus. Elles prennent alors leur sens sous le regard de ceux qui les aper\u00e7oivent et qui leur accordent, ou non, une port\u00e9e artistique.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u00e9cile Camart analyse le travail de Sophie Calle pour qui les filatures sont aussi, \u00e0 l\u2019instar des situationnistes, des&nbsp;<em>psychog\u00e9ographies<\/em>&nbsp;et des m\u00e9thodes d\u2019appr\u00e9hension du territoire urbain et social. Finalement, Bernard Lamarche traite de l\u2019errance repr\u00e9sent\u00e9e dans les s\u00e9ries de marcheurs de Michal Rovner. Ici, ce n\u2019est ni l\u2019artiste ni le public qui est invit\u00e9 au d\u00e9placement. La circulation, tacite, se trouve plut\u00f4t dans le sujet de l\u2019oeuvre qui, malgr\u00e9 la statique de l\u2019image photographique, laisse sous-entendre un mouvement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les articles du dernier num\u00e9ro faisaient surtout \u00e9tat de pratiques d\u2019artistes-marcheurs dont nous ne pouvons, public, qu\u2019observer les traces ou lire le r\u00e9cit. S\u2019il en est ainsi pour plusieurs \u0153uvres du dossier actuel, nous remarquons n\u00e9anmoins que certaines interventions acqui\u00e8rent pleinement leur sens en la pr\u00e9sence du spectateur-marcheur. Le public prendrait donc activement part au processus mais aussi au devenir de ces oeuvres. Cet \u00e9tat de fait viendrait peut-\u00eatre nuancer une partie de l\u2019\u00e9ditorial pr\u00e9c\u00e9dent o\u00f9 j\u2019\u00e9crivais :&nbsp;<em>C\u2019est en spectateur s\u00e9dentaire que nous nous approprions g\u00e9n\u00e9ralement ces oeuvres, dans le confort immobile d\u2019une galerie ou d\u2019un livre, par le biais d\u2019images ou d\u2019artefacts. [\u2026] L\u2019exp\u00e9rience directe, l\u2019acte m\u00eame, nous \u00e9chappe<\/em>. Car en th\u00e9orie, ces \u0153uvres que l\u2019on d\u00e9couvre, ces parcours qui se construisent sous les pas du visiteur, ces promenades partag\u00e9es et autres interventions qui n\u2019existent qu\u2019avec la participation d\u2019autrui ne seraient pas ce qu\u2019elles sont si le public, le participant, l\u2019Autre, n\u2019\u00e9taient pas l\u00e0 pour les rendre effectives. Ainsi l\u2019exp\u00e9rience ne nous \u00e9chapperait plus? Et pourtant, avec cette revue entre les mains, nous n\u2019aurons encore que les quelques textes et images pour d\u00e9couvrir des \u0153uvres \u00e9ph\u00e9m\u00e8res faisant d\u00e9sormais partie d\u2019une m\u00e9moire. Une exp\u00e9rience artistique \u00e0 vivre par procuration? Si je reste persuad\u00e9e qu\u2019en simple t\u00e9moin passif des nombreuses d\u00e9rives d\u2019artistes, quelque chose d\u2019important m\u2019est inaccessible, que le plaisir intellectuel \u2013 ou m\u00eame sensuel \u2013 que j\u2019aurais \u00e0 la lecture ou \u00e0 l\u2019\u00e9coute du r\u00e9cit de telles d\u00e9marches ne saurait \u00e9galer l\u2019exp\u00e9rience r\u00e9elle, mon intention ici n\u2019est pas de les d\u00e9nigrer. Au contraire, il me semble que ce n\u2019est qu\u2019en multipliant ces interventions que seront multipli\u00e9es les possibilit\u00e9s d\u2019en faire une exp\u00e9rience partag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Int\u00e9rieurs montr\u00e9alais<\/em>&nbsp;de Sylvie Cotton offre un exemple de cette dichotomie entre l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue et sa trace (exemple imparfait je le con\u00e7ois car, plus qu\u2019une simple trace, l\u2019image est aussi une oeuvre autonome). Il s\u2019agit d\u2019un constat textuel et graphique de diff\u00e9rents d\u00e9placements et rencontres. En tant qu\u2019\u0153uvre picturale, nous pouvons appr\u00e9cier le parcours d\u00e9licat de la ligne et le dessin des mots s\u2019y entrem\u00ealant. Une lecture du contenu nous permet d\u2019imaginer les trajets de l\u2019artiste, ici le chemin entre deux lieux, l\u00e0 une description d\u2019un int\u00e9rieur montr\u00e9alais, et l\u00e0 encore une conversation ou un regard \u00e9chang\u00e9s. Si je peux facilement, et avec un certain plaisir \u2013 c\u2019est le pouvoir de l\u2019imagination \u2013, visualiser ces promenades et ces rencontres, je n\u2019y d\u00e9couvre pas le go\u00fbt des cr\u00eapes aux marrons de Myl\u00e8ne. \u00c0 travers la trace et une m\u00e9moire qui n\u2019est pas mienne, cette exp\u00e9rience m\u2019\u00e9chappe. En revanche, lorsque je lis : \u00ab On diss\u00e8que tout de nos attitudes et de nos comportements. On souhaite tout refaire, tout red\u00e9finir. Finalement on se l\u00e8ve et on poursuit nos affaires. \u00bb, je peux revivre en m\u00e9moire ces instants et entendre \u00e0 nouveau ces discussions, je connais le go\u00fbt de ce \u00ab caf\u00e9 tr\u00e8s tr\u00e8s bon \u00bb et je sais le trajet parcouru pour se rendre en ce lieu, car cette exp\u00e9rience est aussi la mienne.<\/p>\n<div style='display: none;'>Sylvette Babin<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"template":"","categories":[886],"numeros":[4504],"disciplines":[],"statuts":[154],"checklist":[],"auteurs":[900],"artistes":[],"thematiques":[],"type_editoriaux":[],"class_list":["post-178770","editoriaux","type-editoriaux","status-publish","hentry","category-editorial","numeros-55-derives-ii-en","statuts-archive","auteurs-sylvette-babin-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/editoriaux\/178770","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/editoriaux"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/editoriaux"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178770"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178770"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178770"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178770"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178770"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178770"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178770"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178770"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178770"},{"taxonomy":"type_editoriaux","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_editoriaux?post=178770"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}