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{"id":178907,"date":"2005-05-01T20:00:00","date_gmt":"2005-05-02T01:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/editoriaux\/artiste-et-flaneur\/"},"modified":"2022-11-04T09:07:57","modified_gmt":"2022-11-04T14:07:57","slug":"artiste-et-flaneur","status":"publish","type":"editoriaux","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/editorial\/artiste-et-flaneur\/","title":{"rendered":"Artiste et Fl\u00e2neur"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">Par ses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la mer, le mot \u00ab d\u00e9rive \u00bb \u00e9voque la mouvance et incite \u00e0 la r\u00eaverie, aux errances po\u00e9tiques. Dans le vocabulaire artistique, et cela depuis les situationnistes, il est plut\u00f4t associ\u00e9 \u00e0 la ville (les d\u00e9rives urbaines) mais n'exclut pas pour autant le vagabondage rural. Ainsi promenades, fl\u00e2neries, d\u00e9ambulations, voyages et autres <em>d\u00e9rivances<\/em> sont quelques-unes des pratiques incluses sous la mention <em>D\u00e9rives<\/em>. Le sujet est vaste, de m\u00eame que l'int\u00e9r\u00eat qu'on lui porte, c'est pourquoi nous lui consacrerons deux num\u00e9ros. Nous revoyons, dans ce premier volet, quelques pratiques situationnistes et des \u0153uvres du <em>Land Art<\/em>, nous suivons les traces d'artistes voyageurs et analysons quelques performances, vid\u00e9os et chor\u00e9graphies impliquant la marche et le d\u00e9placement.<\/pre>\n\n\n\n<p>Depuis les c\u00e9l\u00e8bres fl\u00e2neries de Baudelaire, de nombreuses r\u00e9flexions et attitudes artistiques, par leur rapprochement conceptuel, nous aident \u00e0 cerner les motivations des pratiques d\u00e9ambulatoires comme geste d\u2019art. L&#8217;int\u00e9r\u00eat prononc\u00e9 pour les lieux communs (<span style=\"white-space: nowrap;\">Baudelaire<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - \u00ab Existe-t-il [\u2026] quelque chose de plus charmant, de plus fertile et d\u2019une nature plus positivement excitante que le lieu commun ? \u00bb Cit\u00e9 par Maurice Nadeau,&nbsp;<em>Histoire du surr\u00e9alisme<\/em>, Seuil, 1964, p. 28.<\/span>), pour l&#8217;exp\u00e9rience esth\u00e9tique (<span style=\"white-space: nowrap;\">Dewey<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - \u00ab Lors d&#8217;une exp\u00e9rience, les choses et \u00e9v\u00e9nements appartenant au monde, physique et social, sont transform\u00e9s par le contexte humain; alors que la cr\u00e9ature vivante est chang\u00e9e et se d\u00e9veloppe par les rapports qui lui \u00e9taient ext\u00e9rieur. (Trad.) \u00bb John Dewey,&nbsp;<em>Art as experience<\/em>, Capricorn Books, New York, 1958, p. 246.<\/span>) ou pour la dissolution de l\u2019art dans le quotidien (<span style=\"white-space: nowrap;\">Kaprow<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - \u00ab L\u2019art semblable \u00e0 la vie, dans lequel rien n\u2019est s\u00e9par\u00e9, est un entra\u00eenement pour essayer de sortir du moi coup\u00e9 du monde. \u00bb Allan Kaprow,&nbsp;<em>L\u2019art et la vie confondus<\/em>, Centre Georges Pompidou, Paris, 1996, p. 256.<\/span>) \u2013 trois attitudes intrins\u00e8ques aux d\u00e9rives \u2013 semblent toutes converger vers un d\u00e9sir de questionner notre relation au monde. Et, dans la plupart des pratiques li\u00e9es \u00e0 la d\u00e9rive, l\u2019appel au corps en <span style=\"white-space: nowrap;\">action<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - En excluant, peut-\u00eatre, les diff\u00e9rentes d\u00e9rives v\u00e9hicul\u00e9es ou les d\u00e9ambulatoires virtuels.<\/span> est certainement le d\u00e9nominateur commun de cette qu\u00eate d&#8217;appartenance.<\/p>\n\n\n\n<p>Se d\u00e9placer : n\u00e9cessit\u00e9 ou pr\u00e9texte ? L&#8217;artiste qui marche le fait-il pour le plaisir du mouvement, pour mettre son corps en situation ou simplement parce qu&#8217;il s&#8217;agit du processus logique pour l\u2019atteinte d\u2019un but ? Pour certains, c&#8217;est par la mobilit\u00e9 qu&#8217;une \u0153uvre-objet prend forme (la qu\u00eate d&#8217;artefacts par exemple); pour d&#8217;autres, c\u2019est la marche en soi, ou le d\u00e9placement, qui compose l\u2019\u0153uvre m\u00eame (les performances d\u00e9ambulatoires). La nuance entre les deux est souvent tr\u00e8s subtile, voire inexistante, mais la mobilit\u00e9 du corps y demeure g\u00e9n\u00e9ralement le leitmotiv principal. Dans son livre&nbsp;<em>L&#8217;art de marcher<\/em>, Rebecca Solnit \u00e9crit \u00e0 propos de la mobilit\u00e9 : \u00ab L&#8217;autre grand terme de la th\u00e9orie postmoderne, le d\u00e9placement, se rapporte \u00e0 la condition de l&#8217;\u00eatre absolument mobile; le corps postmoderne circule en avion ou en voiture, de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une vitesse folle, ou m\u00eame se d\u00e9place sans moyens musculaires, m\u00e9caniques ou \u00e9conomiques apparents. Le corps n\u2019est plus qu\u2019un paquet en transit, un pion boug\u00e9 de case en case; il ne se meut pas, il est <span style=\"white-space: nowrap;\">m\u00fb<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-5\" href=\"#footnote-5\"><sup>5<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-5\"><a href=\"#fn-ref-5\"> 5 <\/a> - Rebecca Solnit,&nbsp;<em>L\u2019art de marcher<\/em>, Actes Sud, 2002, p. 46.<\/span>. \u00bb L&#8217;auteure sous-tend aussi que l&#8217;engouement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 pour le corps, dans les th\u00e9ories postmodernes, rel\u00e8ve parfois d&#8217;une id\u00e9alisation romantique. Ce corps, diss\u00e9qu\u00e9 \u00e0 souhait dans ces r\u00e9flexions th\u00e9oriques, prendrait de moins en moins place dans le r\u00e9el \u2013 en d&#8217;autres termes, n&#8217;exp\u00e9rimenterait plus sa corporalit\u00e9. C&#8217;est peut-\u00eatre justement pour faire contrepoids au corps postmoderne \u00e9th\u00e9r\u00e9 que l&#8217;artiste marche. Car \u00e0 la source des nombreuses analyses qui ont \u00e9t\u00e9 faites sur le concept du d\u00e9placement dans l&#8217;art, il y a des exp\u00e9rimentations r\u00e9elles, v\u00e9cues; il y a des \u0153uvres-t\u00e9moins du passage de l&#8217;artiste; les r\u00e9cits litt\u00e9raires ou visuels de ceux qui, nomades, nous font partager leur exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p>C&#8217;est en spectateur s\u00e9dentaire que nous nous approprions g\u00e9n\u00e9ralement ces oeuvres, dans le confort immobile d&#8217;une galerie ou d&#8217;un livre, par le biais d&#8217;images ou d&#8217;artefacts. Parce que l&#8217;\u0153uvre reproduite, le r\u00e9cit, la trace, ne sont pas l&#8217;exp\u00e9rience propre. Ce que nous voyons dans ces pages ne sont que les&nbsp;<em>souvenirs<\/em>&nbsp;d&#8217;\u0153uvres mouvantes, ne donnant qu\u2019un bref aper\u00e7u de la r\u00e9alit\u00e9. \u00ab Les relev\u00e9s de parcours perdent ce qui a \u00e9t\u00e9 : l&#8217;acte m\u00eame de <span style=\"white-space: nowrap;\">passer<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-6\" href=\"#footnote-6\"><sup>6<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-6\"><a href=\"#fn-ref-6\"> 6 <\/a> - Michel de Certeau,&nbsp;<em>L\u2019invention du quotidien<\/em>, Gallimard, 1990, p. 147.<\/span> \u00bb, \u00e9crit Michel de Certeau. L&#8217;exp\u00e9rience directe, l&#8217;acte m\u00eame, nous \u00e9chappe effectivement. Mais les traces laiss\u00e9es par les artistes mentionn\u00e9s dans ce dossier, et les r\u00e9cits que les auteurs nous en font, devraient certainement nous permettre de saisir l\u2019essence de ces d\u00e9rives. L&#8217;exp\u00e9rience r\u00e9elle est peut-\u00eatre d&#8217;ailleurs le privil\u00e8ge de l&#8217;artiste, le praticien, le fl\u00e2neur.<\/p>\n<div style='display: none;'>Sylvette Babin<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":0,"template":"","categories":[886],"numeros":[4536],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[900],"artistes":[],"thematiques":[],"type_editoriaux":[],"class_list":["post-178907","editoriaux","type-editoriaux","status-publish","hentry","category-editorial","numeros-54-derives-en","statuts-archive","auteurs-sylvette-babin-en"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/editoriaux\/178907","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/editoriaux"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/editoriaux"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=178907"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=178907"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=178907"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=178907"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=178907"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=178907"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=178907"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=178907"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=178907"},{"taxonomy":"type_editoriaux","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_editoriaux?post=178907"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}