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{"id":153575,"date":"2018-09-01T13:10:00","date_gmt":"2018-09-01T18:10:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/?post_type=hors-dossier&#038;p=153575"},"modified":"2026-02-10T10:22:33","modified_gmt":"2026-02-10T15:22:33","slug":"je-est-une-autrerooms-to-move-je-tu-elle-de-sophie-jodoin","status":"publish","type":"hors-dossier","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/off-features\/je-est-une-autrerooms-to-move-je-tu-elle-de-sophie-jodoin\/","title":{"rendered":"<i>Je<\/i> est <i>une<\/i> autre<br><i>Room(s) to move\u2009: je, tu, elle<\/i> de Sophie Jodoin"},"content":{"rendered":"\n<p>[In French]<\/p>\n\n\n\n<p>Comme son titre l\u2019annonce, <em>Room(s) to move\u2009: je, t<\/em>u, elle propose en parall\u00e8le trois espaces-temps o\u00f9 se d\u00e9ploie l\u2019identit\u00e9 fragment\u00e9e d\u2019une femme. L\u2019exposition est constitu\u00e9e d\u2019innombrables combinaisons o\u00f9 chaque \u0153uvre participe \u00e0 la red\u00e9finition de cette identit\u00e9, identit\u00e9 qui se voit \u00e9difi\u00e9e sous le poids des structures normatives et invariablement d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 partir de sa position d\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Car <em>je<\/em> est <em>une<\/em> autre. D\u2019abord sujet, <em>je <\/em>prend la parole \u00e0 partir d\u2019un corps situ\u00e9 qui s\u2019affirme \u00e0 la premi\u00e8re personne, \u00e9nonciation hautement politique d\u2019un devenir-femme accord\u00e9 au pr\u00e9sent. Puis vient l\u2019imp\u00e9ratif. <em>Tu<\/em>, cette identit\u00e9 simultan\u00e9ment autre et famili\u00e8re qui est sans cesse rappel\u00e9e \u00e0 l\u2019ordre, somm\u00e9e de se conformer. Et enfin elle, objet d\u00e9sincarn\u00e9 du discours. L\u2019\u00e9ternelle absente qui jamais ne l\u2019emporte sur le masculin, grand d\u00e9tenteur de l\u2019objectivit\u00e9 et de l\u2019universel.<em> Je<\/em> est donc une autre, et c\u2019est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de ce mouvement, de cette oscillation syntaxique constante, que se r\u00e9v\u00e8le la femme, d\u00e9ploy\u00e9e \u00e0 travers cette exposition-bilan.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Room(s) to move\u2009: je, tu, elle <\/em>dresse en quelque sorte un portrait pluriel de Jodoin et de son processus de cr\u00e9ation de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, irr\u00e9vocablement marqu\u00e9 par la pr\u00e9sence du langage comme mode op\u00e9ratoire. Dans des extraits litt\u00e9raires, des index, des pens\u00e9es intimes gribouill\u00e9es, des listes encyclop\u00e9diques, des cahiers de notes, des couvertures de livres, voire des phrases en braille, les mots prennent la forme d\u2019\u0153uvres autonomes qui \u00e9clairent les dessins ou les images auxquels ils viennent se jouxter. En amont comme en aval, le langage se fait ainsi dispositif et disposition tout \u00e0 la fois, tangente habilement mise en lumi\u00e8re par le travail de la commissaire. Chaque volet est donc envisag\u00e9 en fonction d\u2019une structure textuelle sp\u00e9cifique \u00e9voquant successivement une page, une phrase et des chapitres et r\u00e9pond de mani\u00e8re formelle et conceptuelle \u00e0 l\u2019individualit\u00e9 et \u00e0 la compl\u00e9mentarit\u00e9 de chaque exposition. Le langage permet en outre \u00e0 l\u2019artiste de se lib\u00e9rer de la figuration et du dessin, longtemps attach\u00e9s \u00e0 sa pratique, et d\u2019explorer les nouveaux r\u00e9seaux de sens que permet l\u2019installation en regard des objets, des mots, des corps et des lieux qui contribuent d\u00e9sormais \u00e0 peupler son univers.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignfull size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1280\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle2-scaled.jpg\" alt=\"sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle\" class=\"wp-image-159152\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle2-scaled.jpg 1920w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle2-300x200.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle2-600x400.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle2-768x512.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle2-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle2-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption><meta charset=\"utf-8\"><strong>Sophie Jodoin<\/strong><br><em>Room(s) to move\u2009: je, tu, elle, d\u00e9tail de l\u2019installation, MacLaren Art Centre, Barrie, 2018.<br><\/em>Photo&nbsp;: Andre Beneteau, permission de l\u2019artiste<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Bien que le corps demeure un motif essentiel dans la pratique de Jodoin, sa pr\u00e9sence se fait ici plus implicite, \u00e9voqu\u00e9e \u00e0 travers les rapports \u00e9troits qu\u2019entretiennent les \u0153uvres avec le public, et le public avec l\u2019espace. En dialogue avec l\u2019endroit o\u00f9 elle s\u2019arrime, chaque it\u00e9ration de <em>Room(s) to move\u2009: je, tu, elle<\/em> voit ainsi sa th\u00e9matique s\u2019articuler en fonction des caract\u00e9ristiques du lieu d\u2019accueil et jouer de l\u2019exig\u00fcit\u00e9, de la solennit\u00e9 ou de l\u2019aspect clinique des salles pour mettre en exergue les volets intime, social et m\u00e9dical de l\u2019exposition. C\u2019est cette relation entre les \u0153uvres et les lieux qui informe \u00e0 son tour l\u2019exp\u00e9rience du visiteur, devenu agent liant de&nbsp;l\u2019exposition.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Architecturer l\u2019identit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p>Ce rapport \u00e0 l\u2019espace teinte peut-\u00eatre plus fortement <em>Room(s) to move\u2009: tu<\/em>, exposition inaugurale pr\u00e9sent\u00e9e au centre Expression. R\u00e9pondant \u00e0 l\u2019immensit\u00e9 du centre d\u2019art maskoutain et \u00e0 la sobri\u00e9t\u00e9 toute classique de sa fenestration et de ses salles, le premier volet tire ainsi parti du lieu et de l\u2019accrochage savamment orchestr\u00e9 par le duo Jodoin\u2013St-Jean Aubre pour \u00e9tudier la question de la domesticit\u00e9. Se jouant de l\u2019ambiance \u00e9tudi\u00e9e et de la taille parfois imposante des \u0153uvres pour exercer sur le corps une certaine forme d\u2019oppression implicite, cette premi\u00e8re it\u00e9ration interroge l\u2019espace domestique comme lieu embl\u00e9matique de l\u2019assujettissement des femmes. Donnant le ton \u00e0 ce volet,<em> Untitled (broken \u00admirror)<\/em> (2012) et <em>si je devenais folle, je tomberais dans un grand trou noir<\/em> (2012), deux dessins monumentaux repr\u00e9sentant respectivement une esp\u00e8ce de miroir de poche \u00e9maill\u00e9 et deux pieds suspendus dans un n\u00e9ant abyssal installent un je-ne-sais-quoi d\u2019inconfortable qui incite le spectateur \u00e0 garder une certaine distance avec les \u0153uvres. Comme en fait foi <em>Measuring<\/em> (2017), impression sur papier o\u00f9 apparait une main sans corps tenant un ruban \u00e0 mesurer, les \u0153uvres attestent des prescriptions et des mod\u00e8les auxquels les femmes doivent se conformer ou, \u00e0 tout le moins, se mesurer.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns alignfull is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:33.33%\"><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:66.66%\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1282\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_toi-que-jamais-je-ne-termine-scaled.jpg\" alt=\"sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle\" class=\"wp-image-159156\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_toi-que-jamais-je-ne-termine-scaled.jpg 1920w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_toi-que-jamais-je-ne-termine-300x200.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_toi-que-jamais-je-ne-termine-600x400.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_toi-que-jamais-je-ne-termine-768x513.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_toi-que-jamais-je-ne-termine-1536x1025.jpg 1536w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_toi-que-jamais-je-ne-termine-2048x1367.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption><meta charset=\"utf-8\"><strong>Sophie Jodoin<\/strong><br><em>Toi que jamais je ne termine<\/em>, vue&nbsp;d\u2019installation, Expression, Saint-Hyacinthe, 2017.<br>Photo&nbsp;: \u00c9liane Excoffier, permission de l\u2019artiste<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>Un cercle vicieux est mis en relief dans <em>Toi que jamais je ne termine<\/em> (2015-2017), installation compos\u00e9e de 114 livres d\u2019occasion occupant la seconde salle d\u2019Expression. Aux titres des ouvrages qui s\u2019emboitent et s\u2019imbriquent en boucle r\u00e9pond l\u2019identit\u00e9 socialement \u00e9difi\u00e9e de cette femme, simultan\u00e9ment Obs\u00e9d\u00e9e, Insatiable, Combl\u00e9e, Raisonnable, et in\u00e9vitablement contrainte aux violences tacites des dictats&nbsp;: <em>Ne pleure pas ma belle<\/em>, <em>Ne dis rien<\/em>, <em>Fais pas cette t\u00eate<\/em>\u2026 la femme \u00e0 l\u2019\u00e9poque de sa reproductibilit\u00e9 litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p>Si ces mod\u00e8les sont pluriels, comme nous le rappelle la commissaire, ils n\u2019en demeurent pas moins des v\u00e9hicules o\u00f9 transite l\u2019image d\u2019une femme-objet fantasm\u00e9e, perp\u00e9tuellement soumise \u00e0 la litanie des injonctions normatives. Les corps parcellaires ou \u00e9rotis\u00e9s que nous livre Jodoin \u00e0 travers dessins et coupures de journaux \u2013 jambes sans tronc, pieds sans jambes, corps \u00e9t\u00eat\u00e9s, caresses sugg\u00e9r\u00e9es \u2013 invitent \u00e0 poser un regard critique sur la violence tacite des r\u00f4les de genre et des normes sociales qui balisent la vie des femmes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><br>Le pouvoir de dire<em> je<\/em><\/h2>\n\n\n\n<p><br>C\u2019est la linguiste et philosophe f\u00e9ministe Luce Irigaray qui avan\u00e7ait l\u2019id\u00e9e d\u2019une sorte de \u00ab\u2009syntaxe\u2009\u00bb du f\u00e9minin qui serait \u00e0 d\u00e9chiffrer \u00ab\u2009dans la gestualit\u00e9 du corps des <span style=\"white-space: nowrap;\">femmes\u2009\u00bb<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Luce Irigaray, <em>Ce sexe qui n\u2019en est pas un<\/em>, Paris, Les \u00c9ditions de Minuit, 1977, p.&nbsp;132.<\/span>, dans leur r\u00e9silience, leur rire ou leur capacit\u00e9 de se dire. Cette n\u00e9cessit\u00e9 de se r\u00e9aliser gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019autod\u00e9termination n\u2019est pas \u00e9trang\u00e8re \u00e0 l\u2019emploi significatif du langage chez Jodoin et le deuxi\u00e8me volet de l\u2019exposition,<em> Room(s) to move\u2009: je<\/em>, au MacLaren Art Centre de Barrie, en Ontario, participe indubitablement de cette \u00e9nonciation performative. Parce qu\u2019il est \u00e0 la fois une structure de pouvoir et un pouvoir structurant, le langage constitue de ce fait une prise majeure sur les rapports sociaux, pour les analyser, mais aussi les fragiliser. Les \u0153uvres s\u00e9lectionn\u00e9es pour cet ensemble mettent donc en avant le r\u00e9cit hachur\u00e9 et introspectif d\u2019une femme au gr\u00e9 de ses d\u00e9sirs, de ses craintes, de ses esp\u00e9rances. D\u00e9clin\u00e9e \u00e0 la premi\u00e8re personne \u00e0 travers un corpus constitu\u00e9 de dessins, de collages, de vid\u00e9os et d\u2019objets divers (morceaux de pl\u00e2tre, livres d\u2019artiste, coupures de magazines, etc.), l\u2019exposition s\u2019articule selon un temps di\u00e9g\u00e9tique o\u00f9 chaque tableau, chaque pi\u00e8ce, concourt \u00e0 tisser une identit\u00e9 toujours \u00e0 reformuler, \u00e0 recomposer. Le titre des \u0153uvres, toujours fortement imag\u00e9, concourt d\u2019ailleurs \u00e0 peindre ce portrait essentiellement abstrait et accompagne la lecture de l\u2019exposition tel un ab\u00e9c\u00e9daire ouvert.<br><\/p>\n\n\n\n<p>Plus pr\u00e8s du cabinet d\u2019\u00e9tude ou de la chambre \u00e0 coucher, l\u2019espace exigu de la salle du mus\u00e9e, d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 intimiste, incite autrement \u00e0 la proximit\u00e9, voire \u00e0 une certaine exp\u00e9rience sensuelle des \u0153uvres. La disposition singuli\u00e8re de \u00adcelles-ci dans l\u2019espace, rythm\u00e9e le long d\u2019une ligne d\u2019horizon l\u00e9g\u00e8rement plus basse que le regard, appelle en effet le corps \u00e0 s\u2019incliner et \u00e0 se rapprocher, avivant un rapport de promiscuit\u00e9 symbolique entre les \u0153uvres et le public. La polysensorialit\u00e9 est d\u2019ailleurs partie prenante de ce volet accord\u00e9 au je, certaines \u0153uvres telles que<em> Listen: <\/em>(2017) et <em>just another day<\/em> (2018), respectivement une pi\u00e8ce en braille emboss\u00e9e et une vid\u00e9o accompagn\u00e9e de sons d\u2019oiseaux, exacerbant l\u2019appel au corps et \u00e0 la subjectivit\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9 par la th\u00e9matique de ce chapitre. Il revient alors \u00e0 je d\u2019emp\u00eacher cette femme d\u2019\u00eatre subsum\u00e9e dans l\u2019identit\u00e9 collective.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns alignfull colored floating-legend-container is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1282\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle3-scaled.jpg\" alt=\"sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle\" class=\"wp-image-159154\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle3-scaled.jpg 1920w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle3-300x200.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle3-600x400.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle3-768x513.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle3-1536x1025.jpg 1536w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/94_HS01_Dubois_sophie-jodoin_rooms-to-move-je-tu-elle3-2048x1367.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption><meta charset=\"utf-8\"><strong>Sophie Jodoin<\/strong> <br><em>Room(s) to move\u2009: je, tu, elle<\/em>, vue d\u2019installation, Mus\u00e9e d\u2019art contemporain des Laurentides, Saint-J\u00e9r\u00f4me, 2018.<br>Photo&nbsp;: \u00c9liane Excoffier, permission de l\u2019artiste<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\">\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un corps \u00e0 soi<\/h2>\n\n\n\n<p><br>Troisi\u00e8me et derni\u00e8re d\u00e9clinaison grammaticale, <em>Room(s) to move\u2009: elle<\/em> propose enfin une approche clinique de \u00ab\u2009la femme\u2009\u00bb, identit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rique et anonyme par excellence. Tirant parti de l\u2019\u00e9tranget\u00e9 artificielle de la salle principale du Mus\u00e9e d\u2019art contemporain des Laurentides, cet ultime chapitre met en sc\u00e8ne huit assemblages th\u00e9matiques qui prennent la forme d\u2019autant de tables basses \u00e9clair\u00e9es au n\u00e9on et qui \u00e9voquent froidement la salle d\u2019examen, voire l\u2019autopsie. Figure end\u00e9mique de l\u2019humanit\u00e9, la femme est \u00e9ternellement contrainte \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Car <em>elle<\/em>, c\u2019est <em>l\u2019autre<\/em> de l\u2019Homme, ce dernier \u00e9tant le \u00ab\u2009v\u00e9ritable\u2009\u00bb sujet parlant, pensant, regardant. Cr\u00e9ature myst\u00e9rieuse \u00e0 comprendre et \u00e0 contenir, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 maitriser, la femme est ici sujet de la science, mais aussi son objet f\u00e9tiche, son corps \u00e9tant le lieu de toutes les interventions. Morcel\u00e9, diss\u00e9qu\u00e9, diagnostiqu\u00e9, sexualis\u00e9, il est m\u00e9ticuleusement scrut\u00e9 par l\u2019objectivit\u00e9 d\u00e9sincarn\u00e9e du scientifique imbu de neutralit\u00e9 et d\u2019universalisme. De quoi ce corps est-il fait\u2009? Ainsi, seul l\u2019Homme pourrait \u00e9tablir la nature des maux qui accablent cette cr\u00e9ature charnelle constitu\u00e9e de fluides, d\u2019hormones et d\u2019\u00e9motions\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La mat\u00e9rialit\u00e9 des pi\u00e8ces (la friabilit\u00e9 du pl\u00e2tre, le grain du papier, le gras des pastels) est d\u2019ailleurs soigneusement mise en relief, expos\u00e9e sans verre protecteur aux mains curieuses, l\u2019artiste risquant l\u2019int\u00e9grit\u00e9 des \u0153uvres au profit d\u2019une exp\u00e9rience sensorielle poignante. Historiquement li\u00e9e \u00e0 la chair, \u00e0 l\u2019irrationnel et aux sens, <em>elle <\/em>est \u00e0 la fois tout le monde et personne, un sp\u00e9cimen de <em>nature <\/em>\u00e9trange dont la biologie dicte le destin. Malade, vieillissant, incontr\u00f4lable ou hyst\u00e9rique, son corps est le barom\u00e8tre de la soci\u00e9t\u00e9 tout enti\u00e8re, la matrice nourrici\u00e8re d\u2019une g\u00e9n\u00e9ration dont elle a le fardeau de la sant\u00e9. Mais si le corps des femmes a fait les frais d\u2019une construction diff\u00e9renci\u00e9e par rapport \u00e0 celui des hommes et \u00e9t\u00e9 l\u2019objet privil\u00e9gi\u00e9 du discours m\u00e9dical, les \u00e9tudes dites du \u00ab\u2009<em>care<\/em>\u2009\u00bb avancent aujourd\u2019hui l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00e9thique f\u00e9ministe de la sollicitude qui puise dans cette dichotomie une agentivit\u00e9 au f\u00e9minin. Des \u00ab\u2009savoirs <span style=\"white-space: nowrap;\">situ\u00e9s<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Donna Haraway, <em>Manifeste cyborg et autres essais&nbsp;: Sciences, fictions, f\u00e9minismes,<\/em> Paris, Exils, 2007.<\/span>\u2009\u00bb et empathiques capables de mettre \u00e0 profit tout le syst\u00e8me sensoriel. Une r\u00e9silience qui informe d\u2019ailleurs l\u2019ensemble de <em>Room(s) to move\u2009: je, tu, elle<\/em> et que souligne avec intelligence et humour la touche espi\u00e8gle de l\u2019artiste. <em>Elle n\u2019est pas contagieuse<\/em> (2018), cette page de livre ponc\u00e9e ne laissant apparaitre que cette phrase incisive accueille d\u2019ailleurs le public de Saint-J\u00e9r\u00f4me, ne manquant pas de faire sourire et de pointer avec ironie la force inh\u00e9rente des femmes de faire fi des torts et des maux dont elles ont de tout temps \u00e9t\u00e9 accabl\u00e9es.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p><meta charset=\"utf-8\">Fid\u00e8le \u00e0 la facture minimaliste qu\u2019on lui connait, Jodoin nous propose une \u0153uvre-exposition accomplie qui mise sur les r\u00e9seaux de sens et les enchev\u00eatrements s\u00e9miotiques et mat\u00e9riels. L\u2019artiste s\u2019\u00e9mancipe du mode s\u00e9riel pour embrasser la notion d\u2019assemblage en tirant parti du pouvoir qu\u2019ont les mots et les choses de s\u2019informer mutuellement. Un projet que l\u2019on sent presque autobiographique et qui pourtant traite d\u2019une m\u00e9moire collective partag\u00e9e par plusieurs d\u2019entre nous. Image forte de ce \u00ab\u2009nous-femmes\u2009\u00bb, la vid\u00e9o <em>ni tout \u00e0 fait la m\u00eame ni tout \u00e0 fait une autre<\/em> (2017) fait \u00e9tat de cette sororit\u00e9 implicite. Seule \u0153uvre \u00e0 \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9e dans les trois volets de l\u2019exposition, elle laisse voir l\u2019image quasi immobile d\u2019un poignet (celui de Jodoin), de mani\u00e8re \u00e0 y exposer en boucle l\u2019imperceptible pouls de l\u2019artiste. <em>Memento mori 2.0<\/em>, l\u2019\u0153uvre exprime avec une \u00e9conomie de moyens digne de l\u2019artiste la d\u00e9termination, la vitalit\u00e9 et la force qui coulent dans nos veines. De l\u2019intime \u00e0 l\u2019extime, du sensible au sens\u00e9, <em>Room(s) to move\u2009: je, tu, elle<\/em> ouvre ainsi la voie \u00e0 une identit\u00e9 femme \u00e0 la fois universelle et unique en laquelle chacune se reconnait. Maitresse chez elle, Jodoin met en \u0153uvre une autre \u00e9criture, au f\u00e9minin, ponctu\u00e9e de d\u00e9sir, de chair et de prose.<\/p>\n<div style='display: none;'>Anne-Marie Dubois, Sophie Jodoin<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"Trilogie monumentale attestant du talent d\u2019une artiste au sommet de son art, l\u2019exposition en trois volets <em>Room(s) to move\u2009: je, tu, elle<\/em> de Sophie [NOTE count=1]Jodoin[\/NOTE][REF count=1]Exposition pr\u00e9sent\u00e9e par Expression (du 26 aout au 29\u00a0octobre 2017), le MacLaren Art Centre (du 29 mars au 17\u00a0juin 2018) et le\u00a0Mus\u00e9e d\u2019art contemporain des Laurentides (du\u00a05\u00a0juin au 29\u00a0juillet 2018).[\/REF] force l\u2019admiration. Laur\u00e9ate en 2017 des prix Louis-Comtois et Giverny Capital, qui r\u00e9compensent l\u2019excellence artistique, Jodoin est sans contredit l\u2019une des figures incontournables de l\u2019art actuel au Qu\u00e9bec. Ce projet bic\u00e9phale, r\u00e9fl\u00e9chi en collaboration avec la commissaire Anne-Marie St-Jean Aubre, est l\u2019occasion d\u2019une synth\u00e8se ouverte sur l\u2019artiste et sa pratique. Puis\u00e9s dans un imposant corpus d\u2019\u0153uvres cr\u00e9\u00e9es au cours des sept derni\u00e8res ann\u00e9es et fruit d\u2019un long travail d\u2019archivage, plus de 150\u00a0dessins, collages, sculptures et autres art\u00e9facts issus de l\u2019atelier de l\u2019artiste nous sont donn\u00e9s \u00e0 voir pour la toute premi\u00e8re fois. Jodoin fait le tour d\u2019horizon d\u2019une anthropologie de <em>la<\/em> femme et de ses possibles d\u00e9clinaisons, mettant en exergue le caract\u00e8re multiple et performatif de l\u2019identit\u00e9 \u00e0 travers une dialectique architecturale et discursive conjugu\u00e9e au f\u00e9minin.<\/br>","protected":false},"author":15,"featured_media":159150,"template":"","categories":[893],"numeros":[6512],"disciplines":[],"statuts":[],"checklist":[],"auteurs":[1066],"artistes":[1744],"thematiques":[],"type_hors-dossier":[5940,5941],"class_list":["post-153575","hors-dossier","type-hors-dossier","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category-off-feature","numeros-94-labour","auteurs-anne-marie-dubois-en","artistes-sophie-jodoin-en","type_hors-dossier-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/hors-dossier\/153575","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/hors-dossier"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/hors-dossier"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/15"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/159150"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=153575"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=153575"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=153575"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=153575"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=153575"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=153575"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=153575"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=153575"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=153575"},{"taxonomy":"type_hors-dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_hors-dossier?post=153575"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}