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{"id":176778,"date":"2008-01-01T19:05:00","date_gmt":"2008-01-02T00:05:00","guid":{"rendered":"https:\/\/esse.ca\/hors-dossier\/dispositif-a-action-sur-les-huit-personnages-dun-drame-psychologique\/"},"modified":"2026-02-06T11:08:16","modified_gmt":"2026-02-06T16:08:16","slug":"dispositif-a-action-sur-les-huit-personnages-dun-drame-psychologique","status":"publish","type":"hors-dossier","link":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/off-features\/dispositif-a-action-sur-les-huit-personnages-dun-drame-psychologique\/","title":{"rendered":"Dispositif \u00e0 action\u202f : sur les huit personnages d\u2019un drame psychologique"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-verse\">[In French]<\/pre>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">La notion de fiction engage un d\u00e9ploiement th\u00e9orique dont les racines et extensions rejoignent tant les domaines des \u00e9tudes litt\u00e9raires et \u00adcin\u00e9matographiques que certaines branches de la philosophie, \u00e0 la \u00adcrois\u00e9e de l\u2019esth\u00e9tique, de l\u2019anthropologie et des sciences cognitives. Par sa port\u00e9e polys\u00e9mique, la fiction peut \u00eatre entendue dans le sens d\u2019un genre litt\u00e9raire ou d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence directe \u00e0 la contre-v\u00e9rit\u00e9, d\u2019un monde s\u00e9mantique propre \u00e0 un auteur ou d\u2019une cons\u00e9quence d\u2019une construction <span style=\"white-space: nowrap;\">conceptuelle<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-1\" href=\"#footnote-1\"><sup>1<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-1\"><a href=\"#fn-ref-1\"> 1 <\/a> - Nous pouvons envisager, \u00e0 titre d\u2019exemple, la proposition de Kant visant \u00e0 \u00adrapporter les concepts de la raison \u00e0 des \u00ab\u202ffictions heuristiques\u202f\u00bb, \u00e0 des \u00adconstructions dont la fonction est d\u2019agir comme \u00ab\u202f[...] principes r\u00e9gulateurs de l\u2019usage \u00adsyst\u00e9matique de l\u2019entendement dans le champ de l\u2019exp\u00e9rience\u202f\u00bb. Emmanuel Kant, <em>Critique de la \u00adraison pure<\/em>, Paris, Gallimard, 1980, p. 646 (B799, III, 503).<\/span>, voire d\u2019un \u00e9tat mental particulier.<br><\/pre>\n\n\n\n<p>Partant, il s\u2019agit d\u2019une notion se pr\u00eatant parfaitement au terrain de l\u2019interdisciplinarit\u00e9, les d\u00e9veloppements sur la question faisant rarement appel \u00e0 une approche fixe, des croisements th\u00e9oriques \u00e9tant n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019essor d\u2019une r\u00e9flexion approfondie sur le sujet. Dans une perspective r\u00e9solument plus pratique, les travaux sur la fiction abordent de front la notion de repr\u00e9sentation, et ce, de fa\u00e7on marqu\u00e9e dans le champ des arts visuels. La \u00adpratique de la performance est \u00e0 cet \u00e9gard dans une position privil\u00e9gi\u00e9e pour \u00adinterroger les param\u00e8tres de la fiction, ces derniers \u00e9tant inh\u00e9rents \u00e0 son histoire, \u00e0 son essor et aujourd\u2019hui \u00e0 une r\u00e9flexion critique sur les codes et les fronti\u00e8res qui la fondent. Les variables investissant les modes de \u00adrepr\u00e9sentation et de r\u00e9ception propres aux champs cin\u00e9matographique et th\u00e9\u00e2tral ouvrent de ce fait sur une meilleure compr\u00e9hension des processus en jeu dans ce type de pratique artistique, plus \u00adparticuli\u00e8rement lorsqu\u2019il s\u2019agit de repousser les limites \u00e9tablies afin de g\u00e9n\u00e9rer \u00addiff\u00e9rentes formes d\u2019interm\u00e9dialit\u00e9. On peut toutefois \u00adconsid\u00e9rer que suivant la pluralit\u00e9 des genres propres au cin\u00e9ma, les th\u00e9ories qui s\u2019y rattachent semblent parfois plus appropri\u00e9es pour traiter de ces enjeux, car elles mettent en cause non seulement les diff\u00e9rents degr\u00e9s de fiction, mais aussi certains concepts fondamentaux de la transmission du r\u00e9cit. La personnification, le montage, l\u2019immersion, la feintise de la mise en sc\u00e8ne, les retomb\u00e9es dramatiques et le suspens sont au \u00adnombre de ces \u00advariables pouvant \u00ads\u2019intervertir ou s\u2019accorder, selon les axes de recherche privil\u00e9gi\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment dans ce cadre de r\u00e9flexion que s\u2019est inscrit le \u00adprojet <em>8 personnages engag\u00e9s pour peupler le sc\u00e9nario de drame psychologique<\/em>, pr\u00e9sent\u00e9 au centre Clark \u00e0 l\u2019initiative de Julie Favreau au printemps 2007. Se posant en marge, sur un terrain volontairement fragile, \u00e0 la fois \u00adaffirmatif et interrogatif, exploitant les limites des tangentes actuelles de la performance, <em>8 personnages <\/em>fut pens\u00e9 dans un rapprochement effectif avec le th\u00e9\u00e2tre, la danse, la repr\u00e9sentation musicale, la mise en sc\u00e8ne entendue au sens large et la vie quotidienne. Regroupant huit \u00adperformeurs, le projet se d\u00e9roula suivant une s\u00e9rie de repr\u00e9sentations hebdomadaires, pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 heures fixes au sein de l\u2019espace d\u2019exposition, lequel, pour l\u2019occasion, fut enti\u00e8rement transform\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le <em>Preview<\/em> de ce sc\u00e9nario en six actes offrait au public une premi\u00e8re vue sur l\u2019architecture modifi\u00e9e de la galerie\u202f: d\u00e8s l\u2019entr\u00e9e, un assemblage de panneaux raccord\u00e9s en hauteur formait un espace de visionnement et de circulation surplombant en pente la sc\u00e8ne centrale situ\u00e9e au niveau du sol. Cette introduction au projet, dont la d\u00e9nomination <em>Preview<\/em> se voulait d\u2019embl\u00e9e analogique au champ cin\u00e9matographique, \u00e9tait pens\u00e9e dans une optique d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment contraignante. De l\u2019immense et vertigineuse bo\u00eete noire sur laquelle le public s\u2019\u00e9tait rassembl\u00e9 provenait un rythme \u00e9tourdissant, une sorte de bande sonore en boucle faisant litt\u00e9ralement vibrer les spectateurs en attente d\u2019un \u00e9v\u00e9nement dont ils \u00e9taient alors les seuls acteurs. Pourtant, l\u2019origine de l\u2019orchestration sonore se trouvait au niveau inf\u00e9rieur, pr\u00e9cis\u00e9ment en dessous du public\u2009; le groupe rock montr\u00e9alais We Are Wolves improvisait \u00e0 l\u2019abri des regards. Le suspens de l\u2019attente tourna court \u00e0 la lev\u00e9e du rideau. Durant cinq minutes, on assista \u00e0 une repr\u00e9sentation entropique, tous les performeurs offrant simultan\u00e9ment une bribe gestuelle, visuelle ou sonore de ce qui allait venir au cours des semaines suivantes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignfull size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1271\" height=\"1920\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/62_AC04_Sabet_Marceau_Episode-La-grande-sortie-scaled.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-176422\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/62_AC04_Sabet_Marceau_Episode-La-grande-sortie-scaled.jpg 1271w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/62_AC04_Sabet_Marceau_Episode-La-grande-sortie-scaled-300x453.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/62_AC04_Sabet_Marceau_Episode-La-grande-sortie-scaled-600x906.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/62_AC04_Sabet_Marceau_Episode-La-grande-sortie-768x1160.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/62_AC04_Sabet_Marceau_Episode-La-grande-sortie-1017x1536.jpg 1017w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/62_AC04_Sabet_Marceau_Episode-La-grande-sortie-1356x2048.jpg 1356w\" sizes=\"auto, (max-width: 1271px) 100vw, 1271px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>Thierry Marceau<\/strong><br>\u00c9pisode <em>La grande sortie publique<\/em>, 2007.<br>Photo\u202f: Samuel Joubert<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Feindre la fiction<\/h2>\n\n\n\n<p>Il importe de s\u2019arr\u00eater sur la d\u00e9marche de Julie Favreau, dont le r\u00f4le \u00adrejoignait \u00e0 la fois celui du r\u00e9gisseur et du metteur en sc\u00e8ne. Bien qu\u2019elle \u00e9tait \u00e0 l\u2019origine du projet, qui impliquait un renversement \u00adsc\u00e9nographique par la transformation radicale de l\u2019architecture de la galerie en une \u00ad\u00e9trange salle de spectacle, l\u2019\u00e9criture du r\u00e9cit, dans sa fragmentation m\u00eame, \u00e9tait \u00e9tablie dans le dialogue, faisant de la notion de co-\u00adauteurat un principe de cr\u00e9ation. Il ne s\u2019agissait donc pas de faire ex\u00e9cuter par les \u00adperformeurs la narration polie d\u2019un sc\u00e9nario revu et corrig\u00e9. Chaque artiste \u00e9tait convi\u00e9 \u00e0 composer une sc\u00e8ne du drame psychologique pour ensuite la travailler en vue d\u2019une coh\u00e9rence, bien qu\u2019implicite, de \u00adl\u2019ensemble. La construction des personnages par les performeurs avait ainsi pour effet de renvoyer \u00e0 la pratique artistique respective de chacun, de fa\u00e7on \u00e0 cr\u00e9er, par moments, des projections caricaturales et parfois parodiques de leur d\u00e9marche habituelle, celle qu\u2019on raccorde \u00e0 leur jeu dans le r\u00e9el.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On reconnaissait ainsi certains \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s du travail de Jean\u2011Pierre Gauthier, exp\u00e9rimentant le potentiel sonore de divers mat\u00e9riaux par l\u2019usage de micros camoufl\u00e9s\u2009; alors qu\u2019\u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, M\u00e9d\u00e9ric Boudreault, costum\u00e9 en \u00e9trange et flamboyant personnage, attaquait parfois des objets inanim\u00e9s, rappelant par l\u00e0 ses diverses incarnations de super-h\u00e9ros maladroit, en se situant cette fois-ci quelque part entre Don Quichotte et une mascotte en peluche. La configuration sc\u00e9nique s\u2019accordait aussi \u00e0 un partage des territoires dans l\u2019agencement de fruits en plastique et de bonbons color\u00e9s avec des mat\u00e9riaux bruts (styromousse, bois, m\u00e9tal) trafiqu\u00e9s par Gauthier de mani\u00e8re \u00e0 amplifier leur r\u00e9sonance acoustique. Le caract\u00e8re envahissant du d\u00e9cor semblait ainsi motiver une certaine \u00adlogique de la dualit\u00e9, se projetant lentement sur le comportement des deux personnages. \u00c0 partir de pr\u00e9occupations et d\u2019actions \u00e0 premi\u00e8re vue d\u00e9tach\u00e9es, ils \u00e9clataient dans une in\u00e9vitable confrontation, \u00ads\u2019attaquant avec une d\u00e9rision palpable sous des envol\u00e9es de bonbons lanc\u00e9s en \u00admissiles. Ce qui constituait le premier acte du sc\u00e9nario en cours donna ainsi le ton\u2009; les performeurs devaient assumer la double t\u00e2che de pr\u00e9tendre enclencher une fiction tout en convainquant le public d\u2019un r\u00f4le qu\u2019on leur reconnaissait d\u00e9j\u00e0.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame processus d\u2019identification devant les apparitions de Thierry Marceau, arborant la silhouette d\u2019une Pamela Anderson affaiblie, \u00adcourant sur un exerciseur, entour\u00e9e de pharaons protecteurs ou s\u2019envolant dans les airs juste avant la tomb\u00e9e du rideau. Ces s\u00e9quences op\u00e9raient des renvois directs vers un terrain connu, celui-l\u00e0 m\u00eame qui a familiaris\u00e9 un certain public de la performance qu\u00e9b\u00e9coise avec le caract\u00e8re \u00e0 la fois humoristique et cynique des personnifications de Marceau. Dans une perspective de continuit\u00e9, lors d\u2019une soir\u00e9e intitul\u00e9e \u00ab\u202fLa grande sortie publique\u202f\u00bb, les spectateurs retrouvaient les aventures de la voluptueuse Pamela, entour\u00e9e pour l\u2019occasion d\u2019un groupe de prisonniers \u2013 compos\u00e9 de quelques spectateurs pr\u00e9sents \u2013, de sa garde de pharaons et de nul autre que Van Gogh \u2013 interpr\u00e9t\u00e9 par Mathieu Lef\u00e8vre. Cette fois-ci, par contre, le jeu allait plus loin. Alors que la repr\u00e9sentation exalt\u00e9e suivait son cours, Marceau apparaissait brusquement dans le r\u00f4le d\u2019un magicien, r\u00e9v\u00e9lant sous la perruque platine de Pamela, que l\u2019on croyait fermement \u00eatre incarn\u00e9e par l\u2019artiste, la pr\u00e9sence d\u2019un sosie s\u2019\u00e9tant pr\u00eat\u00e9 \u00e0 la duperie. Outre son impact d\u00e9sopilant, ce d\u00e9doublement soulignait avec force l\u2019imbrication t\u00e9nue de diff\u00e9rents registres, par la transposition des figures du performeur, du com\u00e9dien et du personnage, interrogeant une fois de plus la pratique de la performance en poussant ici la repr\u00e9sentation \u00e0 la fronti\u00e8re du pur divertissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que le cadre g\u00e9n\u00e9ral de <em>8 personnages<\/em> proposait une densit\u00e9 fictionnelle par les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 un sc\u00e9nario, \u00e0 un drame psychologique, \u00e0 des personnages tourment\u00e9s ou simplement \u00e0 la tomb\u00e9e du rideau, ces performances sc\u00e9niques eurent pour effet de soutenir un basculement constant entre l\u2019immersion dans la repr\u00e9sentation et la conscience d\u2019une repr\u00e9sentation en <span style=\"white-space: nowrap;\">cours<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-2\" href=\"#footnote-2\"><sup>2<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-2\"><a href=\"#fn-ref-2\"> 2 <\/a> - Notons que Christian Metz, dans <em>Le Signifiant imaginaire <\/em>(1977), proposait \u00adjustement de consid\u00e9rer la distinction entre l\u2019immersion partielle et l\u2019immersion totale du spectateur dans la repr\u00e9sentation. Les remarques de Jean-Marie Schaeffer dans <em>Pourquoi la fiction<\/em> (1999) proposent un d\u00e9veloppement substantiel autour de cette question.<\/span>. Ce type de renversement est pourtant connu dans la sph\u00e8re cin\u00e9matographique, notamment lorsque le montage se d\u00e9voile comme tel, rappelant au spectateur qu\u2019il assiste \u00e0 une construction. Comme le remarque Jacques Gerstenkorn\u202f: \u00ab\u202fTout se passe comme si le film lui-m\u00eame faisait spectacle de sa structuration, comme un v\u00eatement composite dont les coutures seraient par trop apparentes, laissant ainsi subsister dans le corps de l\u2019habit les cicatrices de sa <span style=\"white-space: nowrap;\">fabrication<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-3\" href=\"#footnote-3\"><sup>3<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-3\"><a href=\"#fn-ref-3\"> 3 <\/a> - Jacques Gerstenkorn,<em> La m\u00e9taphore au cin\u00e9ma. Les figures d\u2019analogies dans les films de fiction<\/em>, Paris, M\u00e9ridiens Klincksieck, 1995, p. 95-96.<\/span>.\u202f\u00bb Dans une optique analogique, <em>8 personnages<\/em> r\u00e9v\u00e9lait ses traits constitutifs en se r\u00e9fl\u00e9chissant devant son public, suivant une trame narrative fortement segment\u00e9e, mais \u00e9galement par l\u2019appropriation de l\u2019espace du spectacle, face auquel la performance tente g\u00e9n\u00e9ralement de se d\u00e9marquer. Dans sa propre mise en sc\u00e8ne, l\u2019ensemble du projet semblait ainsi sugg\u00e9rer, sur le mode d\u2019un laboratoire, une r\u00e9flexion sur les lieux de passage de la \u00adperformance vers le terrain de l\u2019interm\u00e9dialit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignfull size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1920\" height=\"1280\" src=\"https:\/\/esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/62_AC04_Sabet_Boudreault_Episode-terrain-mine-scaled.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-176418\" srcset=\"https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/62_AC04_Sabet_Boudreault_Episode-terrain-mine-scaled.jpg 1920w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/62_AC04_Sabet_Boudreault_Episode-terrain-mine-scaled-300x200.jpg 300w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/62_AC04_Sabet_Boudreault_Episode-terrain-mine-scaled-600x400.jpg 600w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/62_AC04_Sabet_Boudreault_Episode-terrain-mine-768x512.jpg 768w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/62_AC04_Sabet_Boudreault_Episode-terrain-mine-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/staging.esse.ca\/wp-content\/uploads\/2022\/09\/62_AC04_Sabet_Boudreault_Episode-terrain-mine-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><strong>M\u00e9d\u00e9ric Boudreault<\/strong> et <strong>Jean-Pierre Gauthier<\/strong><br>\u00c9pisode <em>Terrain min\u00e9<\/em>, 2007.<br>Photo\u202f: Alexis Bellavance<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Corps et sons en suspens<\/h2>\n\n\n\n<p>Le genre dramatique, par son \u00e9troite relation \u00e0 la trag\u00e9die, renvoie au champ du th\u00e9\u00e2tre qui, depuis ses origines, exploite la pr\u00e9sence du corps dans son potentiel gestuel et discursif. La chor\u00e9graphie des actions pos\u00e9es sur sc\u00e8ne est en ce sens un des points n\u00e9vralgiques de la transmission du r\u00e9cit, pouvant refl\u00e9ter avec acuit\u00e9 toutes les \u00adnuances des \u00e9tats et comportements humains, devan\u00e7ant parfois la force des mots. Pour <em>8 personnages<\/em>, Caroline Dubois et Belinda Campbell \u00add\u00e9velopp\u00e8rent diff\u00e9rents dialogues, le plus souvent physiques, \u00adengageant une \u00adlecture du corps en mouvement, dans une s\u00e9rie de \u00adtensions \u00addramatiques \u00adsoutenues. En faisant de la notion de chor\u00e9graphie un espace \u00add\u2019exp\u00e9rimentation, leur collaboration donna lieu \u00e0 des personnages perturb\u00e9s, vuln\u00e9rables ou inqui\u00e9tants, mais toujours intrigants, dans un parall\u00e8le justifiant la repr\u00e9sentation d\u2019un drame proprement \u00adpsychologique. La s\u00e9quence du \u00ab\u202fman\u00e8ge\u202f\u00bb, caract\u00e9ristique de cette tension \u00adpsychologique, donnait \u00e0 voir le personnage de Dubois, acceptant de porter le corps de Campbell sur elle, la faisant tourner, avec toute la \u00addifficult\u00e9 que cela peut comporter, sous ses cris sporadiques en mont\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puisement des deux personnages, jusqu\u2019\u00e0 un rel\u00e2chement total d\u2019une situation devenue schizophr\u00e9nique. Ailleurs, Dubois, dansant un solo au son d\u2019un chant classique, dans un \u00e9tat de vif \u00e9moi, exag\u00e9rant ses pas et envol\u00e9es corporelles devant les rires moqueurs d\u2019un groupe de figurants, provoquait des malaises calcul\u00e9s, ramenant du m\u00eame coup la question de la danse, ou plut\u00f4t de la repr\u00e9sentation de la danse, dans l\u2019espace de la performance. Chez Campbell, les gestes saccad\u00e9s \u2013 la marche militaire \u2013 ou fig\u00e9s \u2013 la s\u00e9quence de la position f\u0153tale, si pr\u00e9gnante \u2013 se combinaient \u00e0 des sonorit\u00e9s vocales grin\u00e7antes qui, sous le filtre d\u2019un porte-voix ou d\u2019\u00e9metteurs-r\u00e9cepteurs, d\u00e9voilaient une forte charge dramatique. De toute \u00e9vidence, les apparitions ponctuelles de Dubois et Campbell \u2013 en solo ou en duo \u2013 ont eu un impact imm\u00e9diat sur le cours du sc\u00e9nario, en composant un terrain de reconnaissance, permettant au public de retrouver au fil des semaines leurs personnages \u00e0 haute tension.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Fran\u00e7ois Truffaut\u202f: \u00ab\u202fLe suspens est d\u2019abord la dramatisation du mat\u00e9riel narratif d\u2019un film ou encore la pr\u00e9sentation la plus intense possible des situations <span style=\"white-space: nowrap;\">dramatiques<a class=\"fn-link\" id=\"fn-ref-4\" href=\"#footnote-4\"><sup>4<\/sup><\/a><\/span><span class=\"fn\" id=\"footnote-4\"><a href=\"#fn-ref-4\"> 4 <\/a> - Fran\u00e7ois Truffaut, <em>Le cin\u00e9ma selon Hitchcock<\/em>, Paris, Robert Laffont, 1966, p. 16.<\/span>.\u202f\u00bb La proposition principale de Mathieu Lef\u00e8vre, qui impliquait des chanteurs d\u2019op\u00e9ra r\u00e9citant ses faits et gestes, consistait en un encha\u00eenement d\u2019actions con\u00e7ues dans une progression tragique. Aux prises avec une \u00e9p\u00e9e, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Excalibur, Lef\u00e8vre ayant r\u00e9ussi l\u2019exploit de la retirer de son l\u00e9gendaire point d\u2019ancrage, se d\u00e9clara vainqueur, pour ensuite se hisser au-dessus d\u2019un gigantesque g\u00e2teau \u00adcr\u00e9meux, dans lequel il se camoufla. L\u2019\u00e9trange soldat qui en ressortit, v\u00eatu en homme-g\u00e2teau, une arme \u00e0 feu \u00e0 la main, se blessant, saignant \u00e0 vif \u2013 par quelque trucage humoristique \u2013, donnait suite \u00e0 cette mont\u00e9e dramatique \u00e0 la fois burlesque et troublante. Le suspens d\u00e9coulant des actions incongrues de Lef\u00e8vre correspondait en r\u00e9alit\u00e9 au caract\u00e8re excessif et irr\u00e9versible de son personnage, aux bavures impr\u00e9visibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Pascale Malaterre, pr\u00e9sentant le dernier acte du projet, contribuait \u00e9galement \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer une atmosph\u00e8re en tension. Dans un environnement faiblement \u00e9clair\u00e9, son personnage fantomatique, sous une grande cape noire, circulait nerveusement, r\u00e9pondant \u00e0 haute voix au son diffus\u00e9 d\u2019un r\u00e9cit d\u00e9cousu, parfois chant\u00e9, parfois murmur\u00e9, visant \u00e0 \u00admaintenir un climat de confusion, \u00e9voquant les lieux de l\u2019inconscient. Ce r\u00e9cit \u00adpr\u00e9enregistr\u00e9 trouvait \u00e9galement un prolongement dans le jeu de lumi\u00e8re des tubes n\u00e9on qui occupaient l\u2019espace sc\u00e9nique et dont les r\u00e9verb\u00e9rations correspondaient aux variations des fr\u00e9quences sonores \u00e9mises \u00e0 partir des consoles. L\u2019ensemble de l\u2019intervention provoquait une r\u00e9sonance \u00e9nigmatique, une perte totale des points de rep\u00e8re \u00adsc\u00e9nographiques et narratifs, cl\u00f4turant le sc\u00e9nario du drame \u00adpsychologique par la \u00adconsolidation du n\u0153ud.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Le g\u00e9n\u00e9rique et le particulier<\/h2>\n\n\n\n<p>\u00c0 la tomb\u00e9e du rideau, \u00e0 la fin de chacune des repr\u00e9sentations de <em>8 \u00adpersonnages<\/em>, le sc\u00e9nario se poursuivait en quelque sorte dans les \u00addiscussions du public et dans l\u2019attente de la suite des \u00e9v\u00e9nements. En ce sens, les interstices hebdomadaires ont permis au projet de prolonger le \u00adlaboratoire dans l\u2019espace du discours, dans le seul lieu o\u00f9 pouvait s\u2019\u00e9crire une v\u00e9ritable ligne de lecture, permettant de conjuguer les diff\u00e9rents tableaux sc\u00e9naris\u00e9s. L\u2019id\u00e9e du tableau en mouvement est ici centrale, notamment dans son extension aux probl\u00e9matiques du tableau vivant, mais encore davantage aux recherches actuelles sur le spectacle vivant. Ce type d\u2019exp\u00e9rimentation artistique, suivant le principe de la mise en sc\u00e8ne, op\u00e8re un d\u00e9cloisonnement des m\u00e9diums, une distanciation \u00adcritique activant avec pertinence les lieux communs de la fiction.<\/p>\n\n\n<div style='display: none;'>Aseman Sabet, Belinda Campbell, Jean-Pierre Gauthier, Liederwolves, M\u00e9d\u00e9ric Boudreault, Thierry Marceau<\/div>\n<div style='display: none;'>Aseman Sabet, Belinda Campbell, Jean-Pierre Gauthier, Liederwolves, M\u00e9d\u00e9ric Boudreault, Thierry Marceau<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1303,"featured_media":176420,"template":"","categories":[281,893],"numeros":[4171],"disciplines":[],"statuts":[335],"checklist":[],"auteurs":[1018],"artistes":[4212,2105,4213,4214,3470],"thematiques":[],"type_hors-dossier":[5941],"class_list":["post-176778","hors-dossier","type-hors-dossier","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","category-archive","category-off-feature","numeros-62-fear-ii","statuts-archive","auteurs-aseman-sabet-en","artistes-belinda-campbell-en","artistes-jean-pierre-gauthier-en","artistes-liederwolves-en","artistes-mederic-boudreault-en","artistes-thierry-marceau-en","type_hors-dossier-principal"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/hors-dossier\/176778","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/hors-dossier"}],"about":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/hors-dossier"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1303"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/176420"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=176778"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=176778"},{"taxonomy":"numeros","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/numeros?post=176778"},{"taxonomy":"disciplines","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/disciplines?post=176778"},{"taxonomy":"statuts","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/statuts?post=176778"},{"taxonomy":"checklist","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/checklist?post=176778"},{"taxonomy":"auteurs","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/auteurs?post=176778"},{"taxonomy":"artistes","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/artistes?post=176778"},{"taxonomy":"thematiques","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/thematiques?post=176778"},{"taxonomy":"type_hors-dossier","embeddable":true,"href":"https:\/\/staging.esse.ca\/en\/wp-json\/wp\/v2\/type_hors-dossier?post=176778"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}